Alsace

Les vallées des grands fleuves de l’Alsace sont propices à la viticulture. La vallée du Rhin ne fait pas exception : sur ses rives, depuis le lac de Constance, à la frontière entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, jusqu’à Bonn, le vignoble se déroule sur les deux rives sans interruption notable. La partie française de cet immense vignoble du Rhin constitue le vignoble d’Alsace, qui court sur une bande de 15 km de large et 100 km de long depuis Strasbourg, au nord, jusqu’à Thann, près de Mulhouse, au sud. Cette ligne de terrasses, les collines sous-vosgiennes, au pied du massif des Vosges et en contre-haut de la plaine d’Alsace, est à la fois protégée des influences océaniques et bien ensoleillée, situation beaucoup plus favorable que celle du vignoble allemand qui lui fait face sur l’autre rive.
Aux cinq C de l’Alsace traditionnelle : Colombage, Coiffe, Cigogne, Choucroute et Cathédrale (de Strasbourg), pourrait sans doute s’ajouter un sixième pour Cépages, hommage aux quelque huit cents millésimes que portent son sol. Ici, chaque village possède cinq à six sols différents. Leurs noms s’égrènent le long des roues des vins, suivant l’une des plus formidables failles géologiques qu’ait connues l’Europe, aussi bouleversée dit-on que l’histoire des Alsaciens.

Ainsi, tout l’art de ces habitants viticulteurs fut d’adapter à la richesse de leurs sols, les meilleurs cépages : le chasselas ou sylvaner, bon vivant, le riesling vif et mordant, le pinot noir bien coloré, ferme et concentré ou le pinot blanc marqué par sa fraîcheur et son caractère, sans oublier le pinot gris bien structuré, très fruité, et lorsque arrive enfin le gewurztraminer, les mots ne sont plus assez forts : (…) Son côté exotique, épicé, floral où nous retrouvons notre passé – car n’oubliez pas que le Saint-Empire romain germanique, auquel nous appartenions, allait du Rhin à Istanbul. Dans le gewurz, nous redécouvrons l’Orient et les souks. déclarait, il y a quelques années, le président du Groupement des producteurs-négociants du vignoble alsacien.

La géologie

Dans une zone aussi âprement disputée que la riche vallée du Rhin, l’histoire du vignoble alsacien ne peut être que chaotique. Nulle part ailleurs en effet on trouve une telle diversité de sols viticoles : terrains argileux, calcaires, marneux ou granitiques, s’entremêlent. L’explication est simple : il y a cinquante millions d’années, Vosges et forêt Noire (en Allemagne) n’étaient qu’un seul massif qui s’affaissa, faisant alors émerger la plaine du Rhin. Le vignoble alsacien occupe exactement cette zone de rupture. C’est ainsi que la plupart des communes viticoles sont établies sur quatre ou cinq formations différentes et qu’il existe cinquante et une aires délimitées (des lieux-dits) de l’appellation Alsace Grand Cru.

L’histoire

On ignore si la tradition viticole y est antérieure à la conquête romaine ou si ce sont précisément les Romains qui y introduisirent la vigne, mais il est certain que, dès la fin de l’Empire et au haut Moyen Âge, la viticulture y était en plein essor. Pendant l’époque carolingienne, le commerce du vin avec les marchands frisons devient intense : le vin d’Alsace est bu et apprécié en Angleterre et dans toute l’Europe du Nord. Cependant, la guerre de Trente ans (1618-1648) donne un coup d’arrêt à cette expansion : le vignoble est ravagé, la famine règne, et les paysans préfèrent planter du blé. La vigne reviendra au XVIIIe siècle, mais, plantée en plaine. Elle produira des vins médiocres et abondants.

La situation s’aggrave avec l’annexion par l’Allemagne, après la guerre de 1870 : aux méfaits du phylloxéra s’ajoutent ceux de la législation allemande qui autorise sans sourciller le mouillage et le sucrage. Ce n’est qu’après le retour de l’Alsace à la France que les viticulteurs vont relancer une production de qualité, pour faire face à la concurrence des autres régions viticoles françaises et replanter sur les terrasses, les cépages régionaux en vigueur au XVIe siècle.

Les grands caractéristiques du vignoble
Traditionnellement, le vignoble d’Alsace est à la fois le royaume des vins blancs et le seul vignoble de France à ne produire que des vins de cépage. Une règle qui, comme il se doit, présente tout de même quelques exceptions : d’une part, le cépage pinot noir est vinifié en rouge ou en rosé : d’autre part, deux vins ne sont pas des vins de cépage : l’edelzwicker, vin d’assemblage, et le crémant d’Alsace, vin mousseux de méthode traditionnelle. Il n’existe que trois appellations d’origine contrôlée pour l’ensemble du vignoble :

  • Alsace, suivi du nom du cépage,
  • Alsace Grand Cru qui distingue des vins de très grande qualité produits sur des terroirs sélectionnés,
  • Crémant d’Alsace.

Faut-il ajouter la production très surveillée et très exigeante des vins d’Alsace Vendanges Tardives et  Sélection de Grains Nobles à partir de vendanges surmûries ? Ils constituent aujourd’hui des appellations officielles dont bénéficient quatre cépages « nobles », le gewurztraminer, le pinot gris, le riesling et moins fréquemment le muscat.

L’ Alsace bio

Les viticulteurs alsaciens ne s’y sont pas trompés, 12% d’entre eux se sont convertis ou sont en cours de conversion; un pourcentage en progression constante. Le vignoble alsacien est à ce titre le vignoble le plus bio de France.

Plusieurs éléments peuvent expliquer cet engouement :

  • des démarches collectives locales, se rapprochant des pratiques de la bio, adoptées rapidement par les viticulteurs (vignes vivantes, association Tyflo) facilitent la conversion bio par la suite ;
  • de nouvelles formations proposées par les organismes locaux (CFPPA de Rouffach) sur la culture de la vigne en bio ;
  • le travail réalisé par l’agence de l’eau pour améliorer la qualité de l’eau dans le piémont vosgien (domaines essentiellement viticoles) qui privilégie le bio ;
  • la réduction de traitements autorisés en viticulture conventionnelle.

L’OPABA (Observatoire de la production biologique en Alsace) a d’ailleurs rédigé, avec des vignerons alsaciens cultivant en bio, une charte de vinification à usage volontaire.

Encépagement et production, les chiffres

La production globale des vins d’Alsace s’élève en moyenne à 1,15 million d’hectolitres (150 millions de bouteilles) par an pour une superficie plantée de 15 300 ha soit 19 % de la production française de vins blancs d’AOC hors effervescents. Tous les vins sont obligatoirement embouteillés sur le lieu de production. L’AOC Alsace représente environ 80 % des vins, 4 % pour l’AOC Grand Cru et 17 % pour l’AOC Crémant.

Le pinot blanc est le nouveau leader de l’encépagement alsacien avec 23,6 % des surfaces (il est surtout utilisé pour le Crémant) devant le riesling (21 %) ; suivent le gewurztaminer (15,7 %), le pinot gris (14,3 %), le sylvaner (10 %) le pinot noir (9,6 %) et le muscat (2 %).

Les vins d’Alsace représentent :

–  4 930 viticulteurs dont 1 840 disposent de plus de 2 hectares et exploitent 90% de la surface totale du vignoble.
– 960 opérateurs vendent leurs vins en bouteilles dont 210 commercialisent près de 90% des volumes.
Répartition des opérateurs en 2008 :
– vignerons indépendants : 20 % des ventes de vins d’Alsace
– coopératives vinicoles : 37 % des ventes de vins d’Alsace
– producteurs-négociants : 43 % des ventes de vins d’Alsace

Le climat

Aujourd’hui l’Alsace vient tout juste de dépasser son seuil moyen de température idéale (13,7°). Comment vont réagir les cépages « froids » de son vignoble (riesling, pinot gris, gewurztraminer) face au réchauffement climatique ? Avec une augmentation moyenne de la température de 0,06°C/an, Colmar présentera en 2030 le même profil de température que Lyon actuellement et en 2060 celui de Montpellier. Sans doute, ses cépages vont perdre de leur typicité et leur profil aromatique. L’Alsace pourrait se mettre alors au rouge avec notamment le cabernet sauvignon, cépage qui lui serait favorable car il débourre assez tard évitant ainsi les gelées tardives. Ou bien faudra t-il planter plus haut pour retrouver la fraîcheur des montagnes ? Mais certaines techniques peuvent ralentir cette inéluctable évolution : limiter la densité de plantation, acidifier les moûts, refroidir les chais et essayer à tout prix de conserver l’équilibre sucre/acidité. Le grand défi de ces prochaines années.

Alsace

Cette appellation (74 % de la production totale) est complétée par l’indication facultative d’un nom de cépage.

2/Alsace Grand Cru

L’appellation Alsace Grand Cru (4 % de la production totale)  est complétée obligatoirement par la mention du lieu-dit (des terroirs délimités selon des critères géologiques et climatiques stricts) et du millésime. Elle comporte aussi généralement la mention du cépage. Elle est réservée à 51 vignobles d’alsace et seuls les cépages nobles (Riesling, Gewurztraminer, Muscat et Pinot gris) sont autorisés.  Toutefois, le décret du 21 mars 2005 autorise l’utilisation du cépage Sylvaner et les vins d’assemblage dans certains Grands Crus.

L’appellation est soumise à des conditions de production particulières, à un rendement des vignes à l’hectare strict et à une teneur en sucre précise (un degré minimum naturel d’alcool).  La superficie de ces vignobles d’exception varie entre 3 et 80 hectares, sur des sols d’une forte typicité. La géologie, l’exposition et la pente contribuent à leur inimitable personnalité. Les Grands Crus d’Alsace représentent une production annuelle moyenne de près de 45 000 hl, soit 4% seulement de l’ensemble des vins d’Alsace.

3/Crémant d’Alsace

Cette appellation (22 % de la production totale) avec 33 millions de bouteilles produites recoupe un vin effervescent conçu selon la méthode traditionnelle.

4/Les 2 mentions particulières à l’Alsace

Deux mentions viennent compléter les appellations Alsace et Alsace Grand Cru lors des années exceptionnelles et selon des critères rigoureux (vins moelleux et liquoreux):

Vendanges Tardives. Cette mention peut être utilisée pour les vins d’Alsace issus des 4 cépages nobles (Riesling, Muscat, Tokay Pinot Gris et Gewurztraminer) récoltés en surmaturité (haute teneur en sucre) lors d’années exceptionnelle.

Sélection de Grains Nobles. Cette mention peut être utilisée pour les vins d’Alsace issus des 4 cépages nobles (Riesling, Muscat, Tokay Pinot Gris et Gewurztraminer). Les raisins utilisés doivent avoir été plusieurs fois triés et doivent être atteints par la pourriture noble, le Botrytis cinerea.

La route des vins

La route des vins d’Alsace traverse sur plus de 170 km, tout le vignoble au pied des Vosges. Partout, vignes impeccables, villages ceinturés de vieux remparts, maisons à colombages, églises romanes ou gothiques,  winstubs et caves accueillantes. Pourtant, il faut savoir quitter les sentiers battus pour se perdre de la porte de Thann (au sud) à celle de Marlenheim (au nord) au long de tant de sentiers viticoles. C’est la meilleure manière de renconter les vignerons, de déguster leurs vins au rythme lent d’un promeneur à pied. Il n’y a  que l’embarras du choix ? Il existe 38 sentiers viticoles de Barr à Zellenberg. Il faut compter d’une à deux heures pour serpenter au cœur des vignes et des cités pittoresques, pour goûter à l’Alsace des couleurs et des saveurs.

La bouteille alsacienne

Cette bouteille très typique est dite «  flûte d’Alsace » avec son long col caractéristique. Une bouteille exclusive protégée par la loi ! Elle est obligatoire pour les vins de l’AOC Alsace et de l’AOC Alsace Grand Cru.

Les appellations d’Alsace

L’Alsace est l’une des rares régions où les vins sont désignés par le nom du cépage dont ils sont issus à 100% (à l’exception de l’Edelzwicker issus de l’assemblage de plusieurs cépages alsaciens).

Le vignoble alsacien ne compte que trois AOC seulement et 2 mentions particulières au vignoble alsacien.

Carte vignoble alsacien
Bouchon de vin d’Alsace