Beaujolais

Lyon est la capitale de la cuisine française. En dehors du Rhône et de la Saône, elle est parcourue par un troisième fleuve, celui-ci de vin rouge, le beaujolais et qui n’est jamais limoneux, ni à sec.
                                                         Léon Daudet

Le vignoble du Beaujolais est un vignoble français situé dans le nord du département du Rhône et sur quelques communes de la Saône-et-Loire. Administrativement rattaché au vignoble de Bourgogne, l’aire de production correspond au piémont des monts du Beaujolais, entre Mâcon et Lyon.
Installé sur des terrains essentiellement granitiques au nord et calcaires au sud, il produit très majoritairement du vin rouge à base du cépage gamay. La variété des terroirs a permis de créer douze appellations d’origine contrôlée, deux régionales et dix communales ou locales. Même si c’est un vignoble très ancien, il est toujours présent dans l’actualité, notamment pour l’aura médiatique dont bénéficie le beaujolais nouveau.

Histoire : La région est peuplée depuis très longtemps, des vestiges d’outil en silex en attestent. Le peuplement celte fait de cette région un territoire partagé entre Éduens et Ségusiaves. À cette époque, les Romains (Columelle notamment) évoquent la vitis allobrogica. Cépage de la vallée du Rhône, il pourrait être l’ancêtre du pinot noir N, cépage à l’origine de la famille des Noiriens.
Au cours des invasions barbares, le gouais B est importé en Europe occidentale. Croisé avec le pinot noir N, il va donner entre autres, le gamay N et le chardonnay B.
Au Moyen Âge, la seigneurie du Beaujolais remonte à 957, date à laquelle Béraud fait construire son château de Pierre-Aigue au-dessus de Beaujeu.
Au Xe siècle, l’abbaye de Cluny et les seigneurs de Beaujeu s’allient militairement. Cette alliance stabilise le pays de Beaujeu. En 1140, une villefranche est fondée au bord de la Saône par Humbert III6, ce sera Villefranche-sur-Saône. Les seigneurs s’attirent les faveurs de la bourgeoisie locale et se créent un port pour faciliter le commerce dont celui du vin. En 1400, Édouard II de Beaujeu est dépossédé de sa seigneurie par le roi Charles VI, qui la donne à Louis de Bourbon.
Période moderne : En 1531, le Beaujolais est réuni au domaine royal comme fief familial de François Ier à la mort de Louise de Savoie. Au XVIIe siècle, le vignoble prend son essor. Il alimente le marché lyonnais grâce au transport de barriques sur la Saône. Le marché parisien est plus difficile à conquérir, le transport nécessitant le franchissement de cols des monts du Beaujolais pour rejoindre la Loire et le canal de Briare. Le chemin de fer sera un facteur de développement du vin. Les vins Georges Dubœuf rendent hommage au transport du vin par le rail dans leur musée du « hameau du vin ».

Période contemporaine : En 1790, les provinces du Forez, du Lyonnais et du Beaujolois forment le département du Rhône-et-Loire, à l’exception du canton de la Chapelle-de-Guinchay qui passe au département de la Saône-et-Loire (d’où le fait qu’une petite partie du Beaujolais se trouve dans ce dernier département). En 1793 le département est divisé en deux, le Rhône et la Loire, pour punir Lyon qui vient de se révolter (en limitant son influence à un petit département).
Le 29 avril 1930, par une décision du tribunal civil de Dijon, le vignoble du Beaujolais est rattaché administrativement à la Bourgogne viticole. À cette époque, le Beaujolais ne jouissait pas encore d’une grande notoriété, et le lien avec la Bourgogne toute proche semblait logique.
Le 11 septembre 1936 sont signés cinq décrets créant cinq appellations d’origine dans le vignoble du Beaujolais : le chénas, le chiroubles, le fleurie, le moulin-à-vent et le morgon. S’y rajoutent le décret du 12 septembre 1937 qui délimite l’appellation « beaujolais », puis le décret du 11 mars 1938 qui rajoute le juliénas aux appellations communales, les deux décrets du 19 octobre 1938 pour les appellations brouilly et côte-de-brouilly et enfin le décret du 26 août 1946 qui permet d’adjoindre le nom de certaines communes (celles qui forment aujourd’hui l’appellation beaujolais-villages) à l’appellation beaujolais.
Le saint-amour devient une appellation communale par le décret du 8 février 1946, portant le nombre de cru à neuf. Le décret du 21 avril 1950 « concernant l’appellation contrôlée Beaujolais-Villages » crée cette appellation. À partir de 1951, la sortie du beaujolais nouveau devient un évènement dont l’importance va croissant. Depuis 1985, la date de sortie correspond au troisième jeudi du mois de novembre.
La plus jeune appellation beaujolaise à être créée est celle protégeant le régnié, par le décret du 20 décembre 1988, portant le nombre des crus (les appellations communales) à dix.

Étymologie : Le Beaujolais tire son nom de son ancienne capitale Beaujeu. Anciennement Bellojovium, le fief fut créé en 955 pour doter Mathilde, sœur du roi Lothaire.

Vignoble : Le Beaujolais est situé en continuité du vignoble du Mâconnais, à cheval sur les départements de Saône-et-Loire (sur onze communes du canton de la Chapelle-de-Guinchay) et du Rhône (sur 85 communes, principalement de l’arrondissement de Villefranche-sur-Saône) Il s’étale sur 55 kilomètres du nord au sud et sur 20 km de large.
Le vignoble est adossé aux monts du Beaujolais ; il est exposé à l’est ou au sud-est. Le vignoble s’étage entre les premiers coteaux, séparés de la Saône par une vallée trop fertile pour la vigne et le début de la forêt beaujolaise entre 450 et 550 mètres selon l’exposition et le microclimat.

Orographie et géologie : Le Beaujolais viticole est partagé entre deux formations géologiques séparées par la rivière Nizerand.
Au nord du Nizerand, se situe une formation de roches plutoniques (granite) dite « granite de Fleurie ». Cette roche affleure en altitude sur des coteaux très pentus ; elle se désagrège en sable de pH acide (arène granitique). Depuis longtemps, l’érosion a amassé du sable au pied du relief : c’est essentiellement dans cette partie que le vignoble a été planté. Cependant, la vigne a aussi conquis le bas du relief, donnant des vignes difficiles à travailler et à mécaniser avec des pentes importantes. La vigne pousse sur un sol plus ou moins profond, bien drainé par le sable et pauvre. Il fallait ces conditions de culture pour freiner la fertilité importante du gamay.
Au sud du Nizerand, se situe une formation géologique sédimentaire. Il s’agit de coteaux calcaires entre le Nizerand et l’Azergues appelé « pierres dorées » ; le gamay doit y être maîtrisé par le viticulteur sur un terrain qui ne le limite pas. C’est cette partie du vignoble qui est la vitrine du vignoble, visible depuis l’autoroute A6 après le péage de Limas près de Villefranche-sur-Saône. Sur la partie amont de la vallée de l’Azergues, le sous-sol est constitué de schistes, centré sur les communes de Sainte-Paule, Ternand et Létra, le gamay retrouve un terrain à pH acide et pauvre. Il y donne des vins fins, fruités, charpentés et de bonne garde.

Climatologie : Le climat du Beaujolais est un climat continental. Les hivers sont froids et relativement secs. L’influence continentale est renforcée par le vent du nord : favorable à l’état sanitaire du raisin, il est béni l’été et l’automne. En revanche, au printemps, il peut amener des gelées tardives dévastatrices. La fertilité des yeux secondaires du gamay N ne permet pas toujours de rattraper la perte et de donner un rendement correct. La Saône joue un rôle modérateur sur la rudesse du climat continental. L’altitude des coteaux par rapport à la rivière, isole la plus grande part du vignoble des brouillards hivernaux qui inondent fréquemment la vallée de la Saône. Les parcelles sont majoritairement orientées vers l’est ou le sud, assainissant le raisin des rosées matinales.
L’influence océanique est nettement atténuée par l’abri naturel des monts du Beaujolais. Parfois, les vents d’ouest donnent même un effet de fœhn. Ce vent d’ouest asséché et réchauffé sur le relief assainit le vignoble et accélère la maturité du raisin. Le Beaujolais, le plus méridional des vignobles bourguignons, reçoit aussi une influence non négligeable du climat méditerranéen. Les étés sont généralement ensoleillés, aidant la maturité du gamay, un cépage précoce. Une sècheresse estivale modérée donne de la concentration au raisin. En revanche, les orages sont redoutés, particulièrement lorsqu’ils amènent de la grêle.
La palette des vins du Beaujolais doit une partie de sa variété aux microclimats (liés à la pente, l’exposition, la protection du relief) tout autant qu’aux sols

Encépagement : Les vignes de raisin rouge sont essentiellement plantées en gamay N, dit « gamay noir à jus blanc » par opposition avec les gamay teinturiers. Ce cépage, exclu de Bourgogne par Philippe II de Bourgogne, (il le surnommait le « très déloyau plant ») a trouvé dans les sables granitiques du Beaujolais un terroir à sa mesure. Il y donne des vins fins, très aromatiques et permet de donner une gamme étendue allant du vin primeur (beaujolais nouveau) au vin de garde qui se bonifie de 2
à plus de 10 ans (moulin-à-vent, morgon, etc.).
Le gamay noir à jus blanc (un rouge intense limpide et vif). Il occupait plus de 95 % du vignoble. Jadis surnommé petit gamay, gamay rond ou encore bourguignon noir, ce cépage résistant et fertile appelle des soins de tous les instants pour conserver sa vigueur et maîtriser ses rendements. Son épanouissement passe par une densité de plantation serrée, entre 6 000 et 13 000 pieds à l’hectare.
Dans les Beaujolais-villages et les Crus, sa taille est courte (dite en gobelet, en éventail, en charmet ou encore en cordon), mais l’appellation Beaujolais permet également une taille longue. Elle ne conserve jamais plus de 3 à 5 cornes sur chaque cep pour un maximum de 10 bourgeons (les yeux).
Les vignes de raisin blanc sont essentiellement plantées en chardonnay B. Même si elles sont négligeables en surface, elles donnent de bons vins, équilibrés et aromatiques.
Le chardonnay (un vin jaune paille, aux parfums frais et fondus mêlant citron et fleurs blanches). Il sert à élaborer les Beaujolais blancs.
Une partie sert aussi à la fabrication du crémant de Bourgogne.La législation autorise d’autres cépages : l’aligoté B, le melon B, le pinot gris G, le pinot noir N, le gamay de Bouze N et le gamay de Chaudenay N. Il s’agit de cépages accessoires, dont les cahiers des charges des différentes appellations limitent l’emploi à 15 % de l’encépagement. Dans les appellations communales (les crus), seuls l’aligoté, le chardonnay et le melon sont autorisés comme accessoires.
Le gamaret, un nouveau cépage croisement de Gamay et de reichensteiner, obtenu en Suisse dans les années 1970 (Il est très présent dans les cantons de Genève et de Vaud). Assemblé à hauteur de 10 % au gamay, il apporte un certain nombre d’avantages :
1/maturité plus précoce que le Gamay ;
2/résistance à la pourriture ;
3/possibilité de vendanges plus tardives ce qui entraîne un surcroît de couleur, d’intensité aromatique et de tannins.
L’implantation du gamaret à titre expérimental en Beaujolais remonte à 1989. Le Beaujolais s’est donc donné le temps de la réflexion. Mais avec le gamaret, les Beaujolais pourraient tout simplement devenir de véritables vins de garde. Ce cépage offre en effet des vins tanniques faits pour le vieillissement. Il faudra cependant attendre encore quelques années cette révolution programmée qui mettra peut-être fin à la trop longue désaffection des consommateurs. Mais, d’autres cépages frappe à la porte du Beaujolais, réchauffement climatique oblige, comme la Syrah, le Viognier ou la Marsanne.

Vendanges et polémique : Traditionnellement, les vins du Beaujolais nécessitent une vendange en grains entiers pour pouvoir être vinifiés en macération carbonique ou semi-carbonique. Cependant, les premiers essais officiels de machine à vendanger ont été menés. Les conclusions de dégustations comparatives ont amené le comité national vin et eaux de vie de l’INAO a interdire formellement l’usage de la machine à vendanger. Cependant, une expérimentation officieuse s’est poursuivie dans les vignes. Dans un premier temps, cette opération a été condamnée par l’INAO.
La situation économique du Beaujolais a poussé certains viticulteurs à faire une nouvelle demande. En 2004, la récolte mécanique a été autorisée sur la seule AOC beaujolais sans mention de primeur.
En 2008, 25 hectares de beaujolais et 7 hectares de beaujolais-villages ont été autorisés. Le résultat de la vinification donnera lieu à des dégustations comparatives.
Les arguments des défenseurs de la machine à vendanger viennent de :
•    la nécessité de remplacer des vendangeurs parfois difficiles à recruter. En 2003, la précocité de la vendange, achevée fin août, a obligé les vignerons à appeler les vendangeurs sur leur lieu de congés.
•    Argument qualitatif : la machine à vendanger étant plus rapide, le vigneron peut se permettre d’attendre la maturité optimale pour récolter. Lorsqu’un gros orage est annoncé, il peut mettre en œuvre la machine avant l’arrivée de l’humidité, synonyme de pourriture grise.
•    Argument économique : le Beaujolais est le seul vignoble français avec le vignoble de Champagne a interdire la mécanisation des vendanges. Or, le prix de vente des vins du Beaujolais est au plus bas. Ce qui fait dire aux vignerons du Beaujolais qu’ils produisent un vin avec des conditions de grand cru pour le vendre au prix du vin de table.
Du côté des partisans des vendanges manuelles, les arguments sont d’une part en faveur d’une préservation de la qualité par le maintien d’une vinification particulière qui est impossible avec une vendange mécanisée, d’autre part que les coteaux escarpés sont les plus qualitatifs, mais leur pente ne permet pas la mécanisation (quel sera leur avenir si la machine à vendanger se généralisait ?).
Vinification et élevage :  La méthode de la macération carbonique explique beaucoup le type de vins très particulier qui y est produit. Le raisin est encuvé entier et la cuve fermée pendant quelques jours. La saturation de la cuve empêche les raisins de respirer, les obligeant à un mode de fonctionnement anaérobie. Cette évolution à l’intérieur du grain de raisin s’apparente à un début de fermentation. Elle produit un peu d’alcool et des précurseurs d’arômes. Ensuite, le raisin est foulé et une fermentation traditionnelle se poursuit. Ce processus porte le nom de macération carbonique. Pour assurer la continuité de ce mode de vinification, le beaujolais est issu d’un raisin vendangé manuellement. Des essais de récolte à la machine à vendanger sont menés pour tenter de réduire le coût en personnel d’un vin qui se vend en dessous de son coût de production.
Pour les vins destinés à être élevés et gardés plusieurs années, (beaujolais et beaujolais-villages non primeurs, ainsi que les crus du Beaujolais) la vinification est semi-carbonique, à mi-chemin de la vinification bourguignonne. Le raisin est récolté manuellement, encuvé entier sans éraflage. La fermentation débute comme pour une macération carbonique, mais au moment où le marc destiné au primeur est décuvé et pressé, les cuves destinées au vin de garde sont pigées et la macération se poursuit jusqu’à épuisement presque complet des sucres. Le vin est ensuite écoulé, le marc pressé et la fermentation malolactique peut s’enclencher tant que la température n’est pas trop descendue.
À partir de 1994, l’ITV-SICAREX du Beaujolais a mis au point la macération préfermentaire à chaud ou MPC. Cette technique consiste à chauffer la vendange à 60-70°C pendant quelques heures. La température fragilise la pellicule du raisin. Elle libère couleur et précurseurs d’arômes. Cette technique permet d’extraire plus d’arômes, plus de tannins et plus de couleur. Pour être bénéfique, elle nécessite, plus que pour une macération classique, une vendange à la maturité optimale. Les vins donnés par cette vinification ont une couleur plus intense, pourpre sombre à nuance violacée. À la dégustation, ils présentent un arôme puissant mais monolithique de cassis. L’usage massif de cette technique crée une polémique. Elle est accusée d’uniformiser les vins, typés par leur vinification et non plus par le terroir.

Hiérarchie des appellations du Beaujolais : le vignoble possède deux appellations d’origine contrôlée régionales et dix communales.
Au sein du vignoble, l’AOC beaujolais est la plus vaste. Elle comprend tout le vignoble. La majeure partie de la production de cette appellation est commercialisée en primeur sous le nom de « beaujolais nouveau ».

La partie centrale et la frange nord du vignoble est éligible à l’AOC beaujolais-villages ; sa zone la plus vaste est située entre les vallées de deux rivières, le Nizerand et l’Ardières. Le beaujolais-villages est produit sur 38 communes et représente 25 % de la production beaujolaise : autour de 300 000 hℓ. Une partie de la production est commercialisée en primeur sous le nom de beaujolais-villages nouveau.

Les appellations communales : Dix appellations communales ou locales, appelées « crus du Beaujolais », existent. Ils se distinguent des uns et des autres par un arôme particulier :

  • Brouilly : la mûre et la prune
  • Chénas : la pivoine
  • Chiroubles : la griotte, la violette
  • Côte de Brouilly : la myrtille
  • Fleurie : la rose, l’iris et le réséda
  • Juliénas : la pêche
  • Morgon : la cerise, le sherry et la merise
  • Moulin à vent : la violette
  • Régnié : les fruits rouges et le lilas
  • Saint-Amour : le réséda.

Tous ces crus peuvent être commercialisés sous l’appellation : « Bourgogne gamay ».

Une classification à trois niveaux distingue les Beaujolais :

1/ Beaujolais /Beaujolais Nouveau
2/ Beaujolais-Villages /Beaujolais-Villages Nouveau
3/ Beaujolais supérieur.

Les 5 grands caractéristiques du Beaujolais :
Le Beaujolais a une notoriété internationale incontestable. Il la doit en partie à son Beaujolais Nouveau mais également à ses dix crus (voir plus haut). L’originalité de ce vignoble repose sur 5 éléments :

1/ Un unique cépage, le gamay noir à jus blanc qui couvre l’ensemble de ses appellations. Présent en Beaujolais depuis le début du XVIIe siècle, ce cépage a su accompagner les évolutions du vignoble et des traditions culturales collectives. Mais un second cépage va bientôt battre en brèche le monopole du gamay. En effet, les producteurs de vins de pays de la région du Beaujolais (Vin du pays des Gaules) peuvent maintenant planter du gamaret, (ce qui est autorisé également depuis 2010 pour les AOC).

2/ La plus importante densité de plantation au monde, de 9 à 10 000 pieds de vigne/ha.

3/ Une récolte manuelle qui mobilise chaque année 35 000 personnes.

4/ Une vinification unique au monde. Elle se fait à partir de grappes entières pour extérioriser au maximum le potentiel aromatique. La vinification beaujolaise est en fait une macération semi-carbonique. C’est une technique qui consiste à laisser les grappes de raisin entières dans une cuve hermétiquement close et saturée en gaz carbonique avec un objectif : extraire, en 4 ou 5 jours, un maximum d’arômes fruités et un minimum de tannins, sous l’effet de la fermentation intra-cellulaire (à l’intérieur de la baie). Pour cette raison, les raisins doivent être ramassés en très bon état, ce qui interdit l’utilisation de la machine à vendanger.

5/ Le vignoble le plus escarpé de France : 50 % du vignoble présente des coteaux de pentes supérieures à 20 %, ce qui offre un ensoleillement exceptionnel aux innombrables petites parcelles de vigne. Bien évidemment, le travail manuel de la vigne est de rigueur sur ces coteaux non mécanisables.

L’interprofessionnelle du Beaujolais a l’intention de demander le classement de ses terroirs. Cette démarche a commencé en 2009 et devrait être initiée sur le cru moulin-à-vent. Cette étude préalable va chercher à délimiter, caractériser et nommer les zones spécifiques.

Autres vins produits : Légalement, le vignoble du Beaujolais est rattaché au vignoble de Bourgogne par le jugement du 29 avril 1930 du tribunal civil de Dijon, repris par la commission chargée par le décret du 31 juillet 1937 de créer l’AOC bourgogne (y compris pour les rouges de gamay de la Saône-et-Loire et du Beaujolais), modifié par le décret du 24 février 1942 qui le limite aux seuls beaujolais blancs, puis de nouveau étendu aux rouges issus du gamay le 6 mai 1946 pour quatorze communes beaujolaises (celles produisant les crus) ; aujourd’hui les appellations régionales bourguignonnes (bourgogne, coteaux bourguignons, bourgogne passe-tout-grain, bourgogne aligoté et crémant de Bourgogne) peuvent être produites sur 85 communes rhodaniennes, soit l’ensemble du Beaujolais (selon les deux décrets du 16 octobre 200940). Les beaujolais se rattachent aussi aux bourgognes par les pratiques, car le négoce bourguignon est depuis le début du XXe siècle un gros acheteur de beaujolais ; des négociations pour fusionner les interprofessions ont pour l’instant échoué.
Le Beaujolais n’en a pas moins une spécificité largement consacrée par l’usage, ce qui fait que la presque totalité des publications mentionnent le vignoble du Beaujolais comme un vignoble à part de la Bourgogne. Le premier argument est administratif, l’arrondissement de Villefranche-sur-Saône (où se trouve le vignoble du Beaujolais) appartient au département du Rhône et donc à la région Rhône-Alpes, et non à celle de Bourgogne. Le deuxième argument est géologique, le vignoble bourguignon est planté sur des sols argilo-calcaires, tandis que le vignoble des crus de beaujolais l’est sur des sols granitiques, schisteux ou sableux. Le troisième argument est historique, on le fait remonter à Philippe le Hardi qui en 1395 décida l’utilisation exclusive du pinot noir pour la production des vins rouges au nord de Mâcon et celle du « vil et déloyal gamay » au sud. Cette délimitation ancienne perdure et consacre des terroirs adaptés à chacun des cépages.

Le vin-de-pays-des-Gaules est un vin de pays créé par un décret du 2 novembre 2006 sur le territoire géographique des vins du Beaujolais. Il concerne les cépages non répertoriés en AOC ou des vins de gamay vendangés mécaniquement ou plantés à plus faible densité que le vin du beaujolais. Pour éviter une confusion des deux vins, le vin de pays des Gaules ne peut pas présenter de vin en primeur (selon le décret, les vins rouges doivent « avoir fait l’objet d’une durée d’élevage de trois mois minimum à compter de la récolte »).

Sa dénomination jugée vague a été attaquée auprès des instances européennes44,45 et n’a pas été reprise en IGP (indication géographique protégée, qui remplace les vins de pays)46. Le vignoble du Beaujolais ne produit donc actuellement que des vins d’AOC.

Économie : Une particularité du Beaujolais est la survivance tenace du métayage. Les propriétaires terriens et les métayers partagent le vin produit. Cet état de fait a entretenu un négoce très puissant ; en effet, les propriétaires souvent occupés avec une autre profession laissaient le négoce se charger de la commercialisation. Au début des années 2000, plus de 80 % du volume de vin commercialisé l’était par le négoce.

 Exportation : Les beaujolais ont été exportés très tôt, le marché étant tiré par la vente des beaujolais nouveaux. Toutefois, depuis quelques années, le marché à l’export est en régression. Le volume est passé de 606 000 hectolitres en 1996 à 472 000 hectolitres en 2013.
En 2012, les premiers pays acheteurs sont le Japon (102 000 hectolitres), les États-Unis (76 500 hl), le Royaume-Uni (56 000 hl), la Suisse (50 000 hl) ou l’Allemagne (49 800 hl).

 Image de marque : Avec la désaffection du beaujolais primeur, les autres vins ont été entraînés dans la mévente. Les négociants ayant élargi leur gamme ont recentré leurs ventes sur d’autres vignobles. Georges Dubœuf, négociant local et premier exportateur de beaujolais nouveau a dû faire face à une condamnation pour tromperie en 2006. En 2008, une enquête de la gendarmerie fait apparaître des soupçons de fraude à la chaptalisation chez plus d’une centaine de viticulteurs, sur les millésimes 2004, 2005, 2006 et 2007.
Face à une réputation en baisse, la profession se bat et reçoit des soutiens de poids. En 2009, le télévisuel Bernard Pivot, un régional de l’étape et Périco Légasse, chroniqueur gastronomique, ont créé un comité de soutien au breuvage discriminé. Un virage qualitatif a été entrepris pour raisonner les traitements de la vigne et réduire l’usage des herbicides. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la viticulture raisonnée et de sa marque Terra vitis. C’est le cas du domaine du Breuil. Une réforme des mentalités s’opère et les vignerons ajoutent à leur profession celle de commercial ou d’hôtelier (chambres d’hôtes). Le faire-savoir relaie le savoir-faire.

Gastronomie : Les beaujolais sont associés depuis longtemps à la cuisine lyonnaise. Les vins rouges très fruités sont bien adaptés à la charcuterie locale (jésus et rosette de Lyon, saucisson brioché, fritons, etc.). Les tonnelets de beaujolais s’invitent aux buffets campagnards, de mariage et autres fêtes en plein air.
Le pot de 46 cl à fond très épais est utilisé pour servir le beaujolais au comptoir.
Les vins blancs et rouges trouvent de bons faire-valoir avec les fromages de la région : fromages de chèvre, (boutons de culotte, mâconnais ou charolais) les fromages frais (en faisselle ou la cervelle de canut) mais aussi les fromages à pâte molle à croûte fleurie, (camembert, saint-marcellin, brie…) ou les fromages à pâte persillée (bleu d’Auvergne, fourme de Montbrison, bleu de Bresse…).

Figures emblématiques du vignoble du Beaujolais : Philippe le Hardi (1342-1404), duc de Bourgogne : il a interdit la culture du gamay au nord de Mâcon, lui permettant de trouver son terroir de prédilection en Beaujolais.

  • Benoît Raclet (1780- 1844) : il a découvert le remède contre la pyrale de la vigne.
  • Victor Pulliat (1827-1896) : né à Chiroubles, il est devenu ampélographe puis il a constitué une collection de plus de 1 000 cépages. Il a créé le journal spécialisé le vignoble. En Beaujolais, il est considéré comme le sauveteur du vignoble par son travail au moment de l’invasion du phylloxera, car c’est lui qui a préconisé le greffage du gamay sur des vignes américaines.
  • Victor Vermorel (1848-1927) : il a inventé le pulvérisateur à dos. Fortune faite, il a financé des recherches et publications sur la vigne, dont Ampélographie, Traité général de viticulture, publié avec Pierre Viala en sept volumes publiés entre 1901 et 1910.
  • Jules Chauvet (1907-1989), négociant-vigneron : il a aussi étudié la chimie, l’influence des levures ou les types fermentaires. C’est le père spirituel des vins naturels.
  • Louis Orizet (1913-1998), ingénieur agronome de formation et écrivain : il fut inspecteur général de l’INAO, maire de Denicé et l’inventeur du beaujolais nouveau avec Georges Dubœuf.
  • Georges Dubœuf, né en 1933 : viticulteur puis négociant-éleveur, le vignoble du Beaujolais lui doit beaucoup de sa notoriété, ainsi que la mode du beaujolais nouveau.
  • Marcel Lapierre (1950-2010) : viticulteur, disciple de Jules Chauvet, il a été toute sa vie durant un défenseur et promoteur des vins naturels sans soufre.

 Les hospices de Beaujeu : Un Hôtel-Dieu est créé au Moyen Âge. Un testament y fait référence en 1240, attestant d’une existence dès le XIIe siècle. Il était destiné aux vieillards et indigents, voulu par les sires de Beaujeu. Il fut reconstruit entre 1685 et 1705.
Longtemps, les dirigeants durent se débrouiller pour le faire fonctionner avec des legs irréguliers. À partir du XVe siècle, les donations se multiplient, en particulier en terre. Le domaine s’accroît. En 2009, il regroupe 81 ha de vignes, 92 ha de forêts et un cuvage à Régnié. Les parcelles de vigne sont situées sur les AOC Beaujolais-villages, Régnié, Brouilly et Morgon. Elles sont exploitées par 10 vignerons métayers et 16 ha en exploitation propre.
Tous les ans, une vente aux enchères similaire à celle des hospices de Beaune se déroule au cuvage de la Grange-Charton à Régnié.

Fêtes viticoles :

  • Fête des crus : Depuis 2000, chaque année, un cru accueille cette fête. L’appellation qui accueille choisit un thème et organise des festivités : marché gastronomique, dégustations de vin, jeux pour enfants… Chaque cru a un espace pour faire découvrir aux visiteurs les vins de son appellation. (Saint-Amour en 2005, Régnié en 2006, Juliénas en 2007, Brouilly et côte de Brouilly en 2008, Chénas en 2009, Chiroubles en 2010 et Fleurie en 2011)
  • • Fête Benoît Raclet : Le dernier week-end d’octobre, cette fête perpétue le souvenir d’un bienfaiteur du vignoble. C’est devenu le rendez-vous annuel pour faire découvrir le nouveau millésime avec des vins ayant juste achevé leurs fermentations, prélude à la sortie des primeurs.
  • • Sortie du Beaujolais nouveau : La mise en perce du fût de beaujolais nouveau à Beaujeu donne lieu à la fête des sarmentelles. Quatre jours de dégustations et mâchons beaujolais (casse-croûte local) accueillent les visiteurs du monde entier.

La route des vins : Une route des vins a été créée sur les coteaux encépagés. Rénovée en 2010, elle se déroule sur 140 kilomètres et parcours trente-six communes, de Chânes à Limonest. Cet itinéraire balisé par des panneaux traverse la zone des crus, et les appellations beaujolais et beaujolais-villages. Pour en faire partie, chaque domaine devait disposer d’un caveau répondant à 73 critères qualitatifs. 94 ont été retenus en 2009 et 137 en 2010.
Cette route fait aussi la part belle aux nouvelles technologies avec un guidage GPS et des étapes commentées. (10 dès l’ouverture, mais 60 sont prévues).
Dans le vignoble, des édifices viticoles sont classés monuments historiques, comme le château de la Chaize et son cuvage de 108 mètres de long, le domaine de la Grange-Charton pour ses maisons de vignerons et son cuvage.
À Romanèche-Thorins, l’ancienne gare a été réaménagée par Georges Dubœuf pour en faire un lieu original de présentation du vignoble et de ses terroirs.

Carte du vignoble du beaujolais