Mourvèdre

Mourvèdre  : Le cépage Mouvèdre est un cépage noir d’ origine très incertaine, peut-être espagnole sans doute par la consonance (Monastrell, Murviedro, dans la région de Valence) ou plus ancienne encore ? Il aurait été introduit par les phéniciens, trois siècle avant J-C, dans le sud de la France ? Si le doute est encore permis, il a trouvé à coup sûr en Provence, à Bandol, sa terre d’enracinement devenant incontestablement le cépage star de cette appellation.

Alors qu’il était omniprésent sur une bonne partie du pourtour méditerranéen, la crise du phylloxera lui fut un temps fatale. On ne le replanta pas, essentiellement pour trois raisons : maturité trop tardive, mauvais rendement, et surtout rendement irrégulier. Il faut savoir qu’avec lui, la quantité de raisin peut varier du simple au triple d’une année à l’autre. S’il est capricieux, c’est aussi un grand sensible à pratiquement toutes les maladies majeures de la viticulture sauf la pourriture grise dont il est protégé par sa pellicule épaisse. Enfin, comment appréhender avec lui le moment propice des vendanges, quand cette pellicule fait obstacle par son épaisseur à toute information sur sa maturité.  C’est à Bandol qu’il rencontre son terroir de prédilection et le climat idéal qui lui permettent d’éviter au maximum les maladies tout en pouvant atteindre la maturité optimale en fin de saison. Deux atouts à cette réussite : un sol très pauvre, et la sècheresse estivale.

Orienté plein sud, le terroir de Bandol regarde la mer et bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel de près de 3 000 heures par an. Dans un amphithéâtre naturel, le vignoble s’étage en restanques (terrasses). Ainsi, de restanques en restanques, la vigne descend des collines vers la Méditerranée : 350 m pour les parcelles les plus hautes qui dominent la mer et le Bec de l’Aigle, 100 m pour les parcelles les plus basses. Un amphithéâtre boisé protège le vignoble des épreuves climatiques. Le trait d’ensemble est l’aridité quasi minérale des terrains, sol peu fertiles, riches en calcaires et bien drainés. D’ailleurs, pour préserver ce caractère si propice au mourvèdre, les rédacteurs du décret de 1941 ont pris soin de ne délimiter en aire d’appellation que les terres en coteaux. Le rendement d’un bon Mourvèdre tourne autour de 35 hectolitres par hectare. Si le terroir est trop productif, il est préférable d’en faire un rosé.

Ici, dans ces conditions, il donne des vins assez alcooliques et très colorés (jeune, il est presque noir), rudes, voire ingrats dans sa jeunesse, mais dotés d’une exceptionnelle aptitude à la garde du fait de son caractère tannique et de son pouvoir anti-oxydant. Il existe (et de plus en plus), des Bandol élaborés jusqu’à 70 % mourvèdre, cependant, l’assemblage avec d’autres cépages grenache, cinsault, ou plus marginalement syrah permet d’obtenir des vins plus souples et surtout, abordables plus tôt. Si dans sa prime jeunesse, il a tendance à se refermer (d’où s’en doute cette impression de dureté), seul, un élevage sous bois réussira à le calmer et à magnifier son potentiel qui est immense. Six ans, sept ans plus tard, le sal gosse est devenu un seigneur : robe brique sombre, un nez qui s’ouvre sur des notes mentholées, de buis, de cistes puis de fruits sauvages, airelles. C’est un vin qui est devenu franc, rond, souple avec une finale épicée de cuir, de cacao, et de girofle sur des tannins enrobés.

Entre aussi dans les Côteaux d’Aix, auxquels il donne un bouquet fin de style animal lorsqu’il est dominant. Meilleur cépage de Provence, il est associé au tibouren pour fournir le Porquerolles. C’est l’un des trois cépages complémentaires du Roussillon, et il entre dans le Collioures. Parfois appelé mourvès, mourvégué, négron, estrangle-chien, bon-avis, piémontais, balzac noir… On le rencontre aussi en Espagne, en Australie, et en Californie, sous le nom de mataro.