Maison Dorée (La)

Maison Dorée (La) : La Maison Dorée était un restaurant située au 20 Boulevard des Italiens à Paris (9ème arrondissement). À l’angle du boulevard (aujourd’hui Boulevard des Italiens) et de la rue d’Artois (aujourd’hui rue Laffitte), préalablement à la Maison Dorée s’élevait l’hôtel Choiseul-Stainville. Y vécut le révolutionnaire d’origine italienne Cérruti (qui donna son nom à la rue d’Artois) puis Madame Tallien,  » Notre-Dame de Thermidor « , la plus célèbre des Merveilleuses, avant de devenir princesse de Chimay. Lui succéda le Café Hardy, célèbre sous l’Empire : « On pouvait y déguster (chez Madame Hardy, ou Hardi) les meilleures côtelettes de la capitale, des membres de volaille en papillotes savantes, des œufs farcis au foie gras, dits Verdier, des émincés de volailles aux truffes, des andouillettes farcies aux truffes…qui donneraient de l’appétit à un agonisant. »  C’était l’endroit le plus cher de Paris si l’on en croit les journaux de l’époque : « Il faut être bien riche pour dîner chez Hardy et il faut être hardi pour souper chez Riche » (le Café Riche était de l’autre côté de la rue Laffitte).L’établissement fut vendu « à prix d’or » en 1836 aux frères Hamel, déjà propriétaires du café de Chartres (Le Grand Véfour) au Palais Royal. Même si la date de 1839 figure sur la façade de l’immeuble, on ignore quand fut construit exactement le bâtiment de la Maison Dorée. À l’origine, le restaurant fut appelé « Le restaurant de la Cité ». Mais en raison de son aménagement luxueux, des peintures, des glaces, des dorures sur les balustrades et les balcons, le public lui donna l’appellation de « Maison Dorée » Le restaurant était divisé en deux parties, l’une sur le boulevard réservée au « tout venant », l’autre, rue Laffitte pour les habitués de marque, à l’abri des curieux, dans de luxueux « Cabinets ». Le plus demandé était le numéro 6, fréquenté par ce qui comptait le plus à Paris : princes, comtes et marquis ainsi que d’excentriques fortunés.
Les noctambules allaient y déguster notamment le boudin Richelieu, cuit sous leurs yeux sur un gril d’argent. Le champagne était de rigueur, mais les caves qui renfermaient le plus grand choix de vins du second Empire avec 80 000 bouteilles attiraient tout ce qui comptait de noceurs et de fêtards de la capitale. On pouvait y croiser le futur Edouard VII, Lord Sémour ou le baron de Saint Cricq. Des romanciers de l’époque y ont situé divers dîners : Honoré de Balzac avec Lucien de Rubempré. Dans À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, c’est en venant chercher Odette à la Maison Dorée et en ne la trouvant pas que Swann en tombe profondément amoureux. C’est à la Maison Dorée que le chef Casimir Moisson aurait créé le tournedos Rossini pour le compositeur Rossini qui était un habitué. Plusieurs rédactions de journaux se sont installées dans l’immeuble. En 1853, Alexandre Dumas installa au rez-de-chaussée la rédaction de son journal « Le Mousquetaire ».
C’est aussi à la Maison Dorée que se tint la 8ème et dernière exposition des Impressionnistes le 15 mai 1886. L’impressionnisme qui avait fait ses débuts au 35 boulevard des Capucines en 1874, se termine sur le boulevard des Italiens.
La Maison Dorée, a fermé ses portes en 1902. L’établissement a été morcelé en plusieurs commerces. En 1909, un bureau de poste y est installé. En 1974-1976, la BNP a installé son siège social dans l’immeuble. Le ministre de la Culture de l’époque Maurice Druon a imposé de conserver la façade sous la pression d’un comité de défense du quartier. L’architecte de la BNP a alors « conçu en une journée et dans la fureur contre les passéistes » un nouveau projet pour intégrer du neuf dans de l’ancien : par des « volumes en harmonie », une jonction assurée « par une cavité plantée de verdure qui permet d’échapper au heurt brutal des deux façades ». C’est la première transformation avec façadisme.