Dioxyde de soufre en œnologie

Dioxyde de soufre : Le dioxyde de soufre (synonymes: anhydride sulfureux, SO2, sulfite, bisulfite, oxyde sulfureux) est un gaz de formule chimique SO2, c’est-à-dire qu’il comporte un atome de soufre et deux atomes d’oxygène.
C’est un additif alimentaire qui, du fait de ses propriétés, est largement utilisé en viticulture et en œnologie tout comme dans l’industrie agroalimentaire en général (fruits secs, charcuteries, moutarde, préparations culinaires pré-emballées, crustacés, céréales) ou dans l’industrie chimique.
Propriétés : Le dioxyde de soufre est utilisé en viticulture et œnologie principalement du fait de ses différentes propriétés :
– antiseptique: il a une action contre le développement des microorganismes (sélection des microorganismes avant les fermentations, opposition au développement des microorganismes pendant la conservation (lutte contre le développement des bactéries lactiques, des bactéries acétiques, des levures (pouvant provoquer la refermentation des vins doux), des Brettanomyces (pouvant former des phénols volatils tels que l’éthylgaïacol) et des altérations bactériennes telles que les maladies de la graisse, de la tourne ou de l’amer).
– antioxydant: il a une action de combinaison de l’oxygène dissous et permet notamment d’éviter – à l’extrême – la madérisation du vin. Il préserve les vins d’une oxydation trop intense des composés phénoliques et de certains éléments de l’arôme favorables au développement des qualités sensorielles au cours de la conservation. Cette propriété est à mettre en relation avec sa capacité à combiner l’éthanal, molécule produite dans le vin notamment en cas d’oxydation.
Par ailleurs, le dioxyde de soufre possède une activité anti-oxydasique (qui permet de diminuer l’activité d’enzymes naturelles du raisin et néfastes pour la qualité du vin, que sont la tyrosinase et la laccase) et une action de dilution des anthocyanes, molécules responsables de la couleur des vins rouges (cette dernière propriété n’est que très peu utilisée – voir macération sulfitique).
Cas d’utilisation dans le vin : Il semblerait que le dioxyde de soufre soit utilisé en œnologie depuis la fin du XVIIIe siècle.
En œnologie l’anhydride sulfureux est utilisé lors des différentes phases de la vinification et de la conservation du vin. Les moments choisis pour ces adjonctions varient d’un domaine à l’autre et dépendent des habitudes du vigneron ou du maître de chai, du type de vin élaboré, des choix techniques et de la qualité sanitaire de la vendange.
Ainsi un sulfitage pourra être effectué à ces différents moments :
– à la vendange
– à la réception de la vendange
– au pressurage
– à l’encuvage
– au mutage dans le cas des vins doux
– à la fin de la fermentation alcoolique
– à la fin de la fermentation malolactique
– durant l’élevage, la conservation et le stockage du vin
– avant le conditionnement.
Quantités utilisées dans le vin : Les quantités d’anhydride sulfureux ajoutées au raisin et au vin dépendent également des pratiques du producteur et des contraintes techniques liés aux produits élaborés.
Ainsi on retrouvera une concentration finale en anhydride sulfureux différente selon le type de vin auquel on a affaire. On peut considérer que cette concentration sera plus élevée dans un vin doux que dans un vin blanc sec, que dans un vin effervescent, que dans un vin rouge.
De manière générale les doses utilisés par ajout varient de 10 à 150 mg/L selon l’étape et le type de produit.

Réglementation : Dans l’Union Européenne c’est le Règlement Européen 1333/2008 qui régit de manière générale l’utilisation des additifs alimentaires et donc du dioxyde de soufre. Dans le cas particulier de l’œnologie le Règlement Européen 606/2009 énumère les pratiques œnoliques autorisées dans l’élaboration des vins.
Cas général : Ainsi les teneurs en anhydride sulfureux (c’est-à-dire en « SO2 total ») dans un vin commercialisé ne peuvent être supérieures à :
– 150 mg/L pour les vins rouges
– 185 mg/L pour les vins effervescents
– 200 mg/L pour les vins blancs et rosés
ou
– 200 mg/L pour les vins rouges contenants plus de 5 g/L de glucose+ fructose
– 250 mg/L pour les vins blancs et rosés contenants plus de 5g/L de glucose + fructose
– 300 mg/L voir 400 mg/L dans le cas de certaines dénominations géographiques de vins doux ou liquoreux.
Il est à noter que ces doses sont rarement atteintes dans les vins. En moyenne, les doses moyennes en France, sont de 75 mg/L pour les vins rouges et de 105 mg/L pour les vins blancs.
Cas des vins produits selon les principes de l’agriculture biologique :
En Union Européenne, le Règlement d’Exécution 203/2012 légifère sur les pratiques œnologiques autorisées en agriculture biologique.
L’utilisation de l’anhydride sulfureux dans les vins produits en agriculture biologique est réglementée ainsi :
– 100 mg/L pour les vins rouges ayant moins de 2g/L de sucres résiduels
– 150 mg/L pour les vins blancs et rosés ayant moins de 2g/L de sucres résiduels
– de 30mg/L inférieure à la réglementation générale (Règlement Européen 606/2009) pour tous les autres types de vins.
Historique de la réglementation sur l’anhydride sulfureux dans les vins :
En France, la dose maximale dans tous les vins était de 350 mg/L en 1907 et 450 mg/ en 1926.
En 1999, le règlement européen 1493/1999 fixait les teneurs maximales à 160 mg/L pour les vins rouges secs et 210 mg/L pour les vins blancs secs.
Formes d’utilisation en œnologie : Dans l’Union Européenne, seules les formulations suivantes sont autorisées en œnologie :
– Dioxyde de soufre sous forme gazeuse
– Bisulfite de potassium HKSO3
– Bisulfite d’ammonium NH4HSO3(cette forme n’est autorisée que sur moût ou sur moût en fermentation)
– Méta-bisulfite de potassium K2S2O5
– Combustion de soufre fleur conduisant à la formation du gaz (cette forme est particulièrement utilisée pour l’asepsie des contenants en bois)
Étiquetage : Pour les pays de l’Union Européenne, depuis 2005, au-delà d’une teneur de 10 mg par litre exprimée en SO2, l’étiquetage est obligatoire (dans la langue du pays de consommation). En France, l’étiquette du vin doit mentionner « contient des sulfites » ou « contient du SO2 ».
En effet, l’anhydride sulfureux aurait des propriétés allergènes, notamment chez les personnes asthmatiques.
Anhydride sulfureux et santé humaine : Le SO2 constitue une atteinte grave à la santé humaine. À l’état de gaz dissous, c’est-à-dire à l’état « libre », le SO2 est un corrosif sévère pour les muqueuses de tous les organes qui subissent son contact ou en sont imprégnés. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fixé à 25 milligrammes la dose journalière admissible, sans préciser sous quel état.
Cas des vins « sans soufre » : Un vin « sans soufre » est un vin élaboré sans ajout de sulfite. Le concept est fortement relayé médiatiquement du fait d’une prise de conscience des consommateurs dans le prolongement de la mouvance des vins biologiques et des vins biodynamiques. Cependant ce type de vin ne représente qu’une faible proportion des vins mis sur le marché.
Les principales limites à l’élimination complète des sulfites dans l’élaboration du vins sont des contraintes techniques (conditions de conservation, risques de refermentation ou d’altération, style aromatique recherché) au regard des exigences des consommateurs. On notera également le confort pour le producteur qui protège ainsi son produit des éventuelles altérations.
Techniquement un vin sans soufre ajouté est possible quand la conjonction de différentes contraintes se rencontrent :
– grande maîtrise technique
– moyens technologiques adaptés
– cépages et profils produits conformes au style induit par cette pratique
– conditions de stockage et de conservation contrôlées (température, durée)
Les risques d’un vin sans soufre ajoutés sont principalement l’oxydation, la refermentation, la piqûre acétique.
À noter que les levures de fermentation produisent naturellement de 5 à 30 mg/L de SO2. Aussi les vins sans sulfites ajoutés contiennent tout de même du SO2. Ils sont souvent soumis à l’étiquetage des allergènes.
Les techniques courantes de dosage dans les vins
Les deux méthodes ci-dessous sont référencés par l’OIV (l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin). Les teneurs calculées sont en mg/ L.
1. La méthode de Franz Paul : Le principe sur la distillation du dioxyde de soufre en milieu acide.
Après entraînement par un courant gazeux (d’air ou d’azote), le SO2 est fixé et oxydé par barbotage dans une solution diluée et neutre de H2O212. L’acide sulfurique formé est dosé par acidimétrie dans une solution de NaOH. La méthode est capable d’extraire autant du SO2 libre par un courant froid d’environ 10°C que du dioxyde de soufre total, et ce, par un courant chaud d’environ 100°C.
Cas du dioxyde de soufre libre : On insère dans le montage un ballon de 250 ml avec 50 ml d’échantillon + 15 ml de H3PO4. Dans le barboteur, on verse 2 à 3 ml de peroxyde et 2 gouttes du réactif indicateur. Puis, on neutralise avec 0,01 M de NaOH. Par la suite, on installe le barboteur à l’appareil et l’on fait barboter le courant gazeux pendant 15 minutes. Le dioxyde de soufre libre s’oxydera en acide sulfurique pour être à la toute fin titré de la même façon.
Cas du dioxyde de soufre total : Si la teneur est supérieure à 50mg/L, on utilisera 20 mL d’échantillon auquel seront ajouté 5 mL de H3PO4. Le mélange est amené dans le barboteur et neutralisé. Il sera porté à ébullition et on le maintiendra pendant le passage du courant gazeux. Puis, on effectue le dosage acidimétrique avec 0,01M de NaOH.
2. La Méthode de Ripper : C’est une méthode usuelle qui se base sur l’oxydation du vin en milieu acide. Le dosage directement sur le vin (SO2 libre) se fait par titrage iodométrique.
Cas du dioxyde de soufre libre : Dans un erlenmeyer (fiolde à base conique et d’un col cylindrique) de 500 ml, on ajoute 50 ml de vin ,5 mL de l’indicateur d’amidon, 30 mg d’EDTA auquel on ajoute 3 ml, d’acide sulfurique. Le mélange est ensuite titré avec la solution d’iode à 0,025 M
Cas du dioxyde de soufre total :
a – Pour évaluer la décombinaison lié à l’éthanal : Au mélange précédent, on ajoute 8 ml de solution de NaOH 4M. On agite une seule fois et on laisse reposer pour libérer le SO2.Par la suite, on verse ce mélange dans une fiole qui contenait au départ 10 ml d’H2SO4 au 1/10. On titre avec la solution d’iode précédente en employant l’indicateur d’amidon.
Pour évaluer la décombinaison total du SO2 lié aux autres constituants du vin :
b – On ajoutera au même mélange 20 ml de la solution de NaOH 4M. On agite une seule fois et on laisse reposer, on dilue avec 200 ml d’eau froide et on verse d’un seul coup comme précédemment H2SO4 30 ml au 1/10. On titre avec la solution d’iode 0,025 M en employant l’indicateur d’amidon.
Soufre en viticulture : Le soufre (soufre fleur ou soufre mouillable) utilisé en poudrage ou en pulvérisation lors du soufrage de la vigne au cours du cycle végétatif n’a aucun lien avec les concentrations en anhydride sulfureux des vins.
Voir aussi :
Sulfite
Soufre
Œnologie