Mildiou

Mildiou de la vigne  : locut. Le mildiou* de la vigne est une maladie originaire d’Amérique. Le mildiou est présent partout dans le monde où la vigne est cultivée et où les conditions climatiques sont favorables. Elle est due à un champignon Plasmospora viticola responsable d’une maladie fongique de la vigne qui se développe sur tous les organes verts : rameaux, feuilles, grappes, vrilles.  Cette maladie infecte la plupart des espèces du genre Vitis. Les cultivars de l’espèce vinifera y sont très sensibles alors que les espèces sauvages y sont relativement résistantes.

* francisation phonétique de l’anglais downy mildew qui évoque la substance collante sécrétée par les pucerons.

Il faut savoir que ce champignon, le plasmospora viticola, l’agent pathogène du mildiou, se conserve en hiver sous forme d’œufs (ou oospores) dans les feuilles mortes tombées à terre, au niveau des parties nécrosées. Au printemps, ces oospores germent dès que les conditions d’humidité sont favorables et que la température atteint 11°C. Cette germination donne naissance à des macroconidies (spores issues de la multiplication végétative) qui émettent elles-mêmes de nombreuses spores. Ces dernières, après formation de filaments mycéliens capables de pénétrer entre les cellules du tissu foliaire, provoquent la contamination primaire avec ensuite, une phase de propagation explosive de la maladie.

La première apparition en France date de 1878. Depuis, le mildiou constitue une menace pour le vignoble français. Le premier foyer de mildiou fut détecté près de Libourne. Jusqu’en 1892, les dégâts occasionnés furent relativement peu importants. Ce n’est qu’en 1893 que les dégâts causés par le mildiou eurent l’ampleur d’une catastrophe nationale avec 50 % de la récolte anéantie. Dès lors, années à mildiou et années sans mildiou se succédèrent selon les conditions climatiques avec un leitmotiv : le mildiou aime les années humides, le mildiou n’aime pas le beau temps.

Les dégâts du mildiou : Le mildiou peut causer des dommages directs à la vigne en provoquant la déformation des pousses, des vrilles et des grappes ou en provoquant la chute prématurée des feuilles, ce qui retarde le mûrissement des fruits et augmente la vulnérabilité de la vigne après les blessures dues à l’hiver. Heureusement, de nos jours, la biologie de ce champignon est bien connue et des outils adaptés permettent de proposer une protection, efficace et moins consommatrice de produits phytosanitaires (voir plus bas).

1/ Aux stades du débourrement et de la préfloraison

Pendant les périodes prolongées de pluie, par temps frais (11-24 °C), les lésions de mildiou apparaissent sous forme de petites taches jaune verdâtre sur la face supérieure de la feuille. De nombreuses lésions se fondent pour former des zones tachetées de brun. Sur le revers des feuilles, se forme un feutre blanc duveteux. Les feuilles gravement infectées peuvent se rider, s’enrouler, puis tomber au sol.

2/ Au moment de la préfloraison

Une fois infectées, les jeunes pousses et les grappes deviennent souvent rabougries et tordues. Le tissu atteint blanchit à cause de la sporulation et se vrille ou se tord en tire-bouchon . Les grappes et les pousses gravement infectées finissent habituellement par se rider et dépérir.

3/ Après la floraison

Des spores provenant des pousses et des feuilles à proximité peuvent être projetés sur des grains au moment où le fruit n’est pas plus gros qu’un pois. Les jeunes grains deviennent brun clair, ramollissent, puis s’égrènent ou se détachent facilement de la rafle. Les grappes fortement infectées sont recouvertes d’une sporulation blanchâtre et sont tordues en tire-bouchon, une caractéristique de la maladie.

4/ En fin de saison

Les feuilles infectées par le mildiou comportent souvent de nombreuses lésions et tombent prématurément. Le fruit exposé peut souffrir d’échaudage et ne pas parvenir à maturité normalement. Les grains infectés ne ramollissent pas et ne se couvrent pas d’un feutre mycélien. Ils prennent plutôt une coloration de vert terne à pourpre brunâtre et restent fermes. Le fruit infecté peut se rider et s’égrener, ce qui donne à la grappe un aspect clairsemé.

Au départ, une première parade fut trouvée grâce à la bouillie bordelaise, le plus ancien des fongicides de contact anti-mildiou. Contrairement à l’oïdium qui se développe à l’extérieur de la vigne en la recouvrant de mycélium, le mildiou vit à l’intérieur des tissus de la plante. Seul traitement efficace, le sulfate de cuivre. Celui-ci, employé seul, brûle les feuilles de la vigne. Pour neutraliser son acidité, ou la diminuer, on mélange le sulfate de cuivre avec une base, généralement de la chaux ou du carbonate de soude, ce qui forme une sorte de bouillie. La fameuse bouillie bordelaise n’est autre que ce mélange de sulfate de cuivre, de chaux grasse et d’eau à la différence de la bouillie bourguignonne qui remplace la chaux par du carbonate de soude.

Trois traitements au moins sont nécessaires :

  • lorsque les pousses ont atteint 10 à 15 cm,
  • aussitôt après la floraison,
  • au commencement de la véraison.

On peut aussi sulfater une quatrième fois au mois d’août, ce qui permet de conserver les feuilles jusqu’au bout pour favoriser un bon mûrissement. Si la saison est humide, il faut sulfater presque chaque semaine, et l’on peut arriver au total de 7 ou 8 sulfatages dans l’année.

Les mesures prophylactiques : Le vigneron doit par tous les moyens réduire les conditions favorables à la formation de foyers primaires par la suppression des zones humide, lieu d’où se propage en général la maladie ; l’épamprage précoce pour éliminer les feuilles basses, la destruction des jeunes plantes issues de semis naturels ; le palissage et rognage doivent être soignés.

La lutte chimique : La lutte chimique est aujourd’hui encore, le seul moyen efficace comme mesure essentiellement préventive contre le mildiou. Ainsi, en appliquant un fongicide sur les organes sains avant toute contamination (même si certains produits ont une action curative), il est possible de se prévenir de la maladie. Le nombre et l’époque des traitements sont déterminés par les caractéristiques des produits et l’estimation du risque de contamination. Pour cette lutte, les viticulteurs disposent aujourd’hui de trois grandes familles de produits :

1/ Les produits de contacts

Ils sont appelé contact car ils se déposent sur les feuilles.
Avec leur action préventive, cette famille se compose de produits minéraux tel le cuivre et de produits organiques de synthèse tel le mancozebe et le folpel. Les produits de contact ont cependant deux inconvénients majeurs :

  • ils sont lessivables, c’est à dire qu’ils disparaissent quand il pleut plus de 20 mm.
  • leur durée d’action n’excède pas 8 jours.

2/ Les produits pénétrants

Ces produits, comme leur noms l’indique, entre et se positionne à l’intérieur des feuilles, ce qui les mets ainsi à l’abri du lessivage.
Dans cette famille de produits, on trouve entre autre le diméthomorphe et le cymoxanil.

3/ Les produits systémiques

Dans cette famille, on trouve des matières actives comme le phoséthyl aluminium ou le métalaxyl. Ces types de produit pénètrent eux aussi dans les feuilles et sont donc à l’abri du lessivage mais contrairement au produits pénétrants, ils circulent dans la sève ce qui permet de protéger les jeunes pousses. Leur persistance d’action est de 12-14 jours.

Beaucoup de familles de molécules anti-mildiou sont affectées par des résistances. Il est donc important d’avoir de nouvelles familles pour diversifier le portefeuille des produits anti-mildious de la vigne. On a également besoin de préparations fongicides permettant de gérer correctement les résistances, le cas échéant, c’est-à-dire qui garantissent l’efficacité même en situation dégradée.

Aujourd’hui la lutte contre le mildiou est modélisée selon le système EPI (Etat Potentiel d’Infection) qui permet de prévoir l’agressivité du mildiou dès la phase hivernale. Complétée par les observations sur le terrain des réseaux de lutte raisonnée, cette prévision offre au vigneron un marge de manœuvre certaine qui lui permet d’affiner sa stratégie afin de ne pas abuser des produits de traitement.

 

Le marché des anti-mildious est important. Le nombre de traitement est bien-entendu en relation avec l’importance et la fréquence des précipitations. N’oublions pas que la pression épidémique a souvent été importante ces dernières années.

En prenant l’exemple de la Champagne, les viticulteurs ont effectué ces dernières années, en moyenne, entre 8 à 10 traitements, et même jusqu’à 11 en 2009. En 2010, année plutôt sèche, ils sont revenus à un niveau plus faible avec en moyenne 7,5 traitements. Les viticulteurs champenois ont la particularité, il est vrai, de traiter avec des cadences resserrées, du fait de la fréquence des précipitations. Le délai moyen de renouvellement est en règle générale de 10 jours.