Tonneau

Tonneau : Un tonneau est un conteneur de révolution servant à conserver les liquides de consommation. Inventé par les Celtes, et plus précisément par les Gaulois, le tonneau a traversé les siècles.
C’est un type de fût, ou futaille, en bois de forme et de capacité variables selon les régions. Il permet l’élevage du vin.

Histoire du tonneau : L’amphore est, dans l’Antiquité, le récipient le plus utilisé pour le transport de produits de base : le vin, l’huile d’olive, la bière (zythum et zythogala) et les sauces de poissons (de type garum).
Le cintrage du bois à chaud est connu très tôt des Celtes, des Phéniciens et des Égyptiens, notamment dans la fabrication des bateaux.
Hérodote mentionne au Ve siècle avant J.-C. un commerce de vin par voie maritime, entre l’Arménie et la Mésopotamie, utilisant des tonneaux en bois de palmier. Le palmier est un bois difficile à cintrer, aussi différents bois sont testés pour fabriquer des tonneaux. Le tonneau est souvent considéré comme une invention gauloise qui leur servait notamment à conserver la cervoise et à transporter des liquides comme de l’eau potable. Néanmoins, cette invention gauloise est attribuée par erreur par Pline l’Ancien, les tout premiers tonneaux étant fabriqués dans la région des Rhètes (les actuels Grisons en Suisse) que Pline confond avec les Gaulois, ils sont alors désignés sous le terme « cupa ».
Les plus anciennes traces iconographiques de tonneaux proviennent en fait d’Étrurie au VIe siècle avant notre ère, l’hypothèse de la paternité celte est aussi évoquée. Jules César mentionne son utilisation au cours d’un siège dans son Commentaires sur la Guerre des Gaules, la conquête romaine diffusant le tonneau gaulois dans l’Empire romain. Les Gaulois perfectionnent par la suite sa technique de fabrication et exportent le savoir-faire de grands centres de tonnellerie, utilisant principalement le tonneau (d’abord majoritairement en conifères) comme réutilisation en cuvelage de liquides, salaisons de poissons.
La substitution progressive du tonneau (plus léger, roulable ou transportable à dos d’animal) aux amphores (lourdes, fragiles, peu empilables) se répand dans la partie septentrionale de l’Empire romain à partir du IIe siècle où il est principalement utilisé pour la conservation et le transport du vin qui se faisaient jusqu’alors dans des amphores grecques. Son emploi se généralise à compter du IIIe siècle. C’est une reconnaissance de cet objet utilitaire et une révolution pour le marché du vin de l’Antiquité, probablement même un facteur de développement du marché du vin.
Souvent fabriqués en bois de chêne, les tonneaux peuvent être aussi en châtaignier et en acacia. Le foret est une pointe d’acier qui sert à percer le bois pour goûter le vin en cours de vieillissement ; le fausset – ou fosses – est une cheville de bois (souvent en noisetier) qui sert à reboucher le trou du foret. Enfin, la cannelle est un robinet de bois, fixé au tonneau pour permettre l’écoulement du vin ; on l’appelle « chantepleure » en Anjou et en Bourgogne.
Les premières corporations de bateliers gallo-romaines les utilisent le long des fleuves navigables à bord de lourdes barques, car ils sont plus maniables que les fragiles amphores romaines, et donnent moins de goût que les outres en peau d’ovins ou de bovins.
Sa diffusion se fait tout au long du Moyen Âge, du nord au sud de l’Europe, par le biais des rivières, des fleuves, des mers et des océans, des ports, des routes, des foires, des marchés régionaux ou internationaux (Foires de Champagne). Il accompagne l’essor des premières grandes villes marchandes italiennes, flamandes, allemandes (La Hanse), anglaises (Bristol) ou françaises (La Rochelle, Bordeaux, Nantes), puis se diffuse à d’autres continents, surtout à partir des Grandes découvertes et de l’accélération de la mondialisation, des conquêtes et du commerce transatlantique.

Vers 1650, ce récipient fut associé à une expérience célèbre : le crève-tonneau. Il permit d’écrire le Principe de Pascal sur la mécanique des fluides.
Héritée des anciennes mesures médiévales, une grande disparité jointe à un chevauchement des volumes sous des dénominations différentes ne fut pas abolie sous la Révolution. Elle perdura jusqu’au milieu du XIXe siècle. Les négociants en vin de Paris, par l’intermédiaire de leur hebdomadaire nouvellement créé, Le Journal de Bercy et de l’Entrepôt. Le Moniteur Vinicole, lancèrent une pétition à l’adresse de Napoléon III, qui fut publiée le 6 octobre 1856. Au nom des principaux propriétaires et négociants de France, ils demandaient à l’empereur « l’unité des mesures de jaugeage des vins » et l’application du système métrique sur les contenants dont les volumes variaient « d’une contrée viticole à l’autre et souvent dans un même département ». Les pétitionnaires expliquaient qu’ils s’estimaient frustrés, chaque année, d’environ 1 000 000 d’hectolitres et demandaient instamment l’application des textes de lois de 1793, 1812 et 1837.
Durant la Première Guerre mondiale, dès octobre 1914, l’Intendance afin d’améliorer la vie des poilus dans les tranchées ajouta une ration de vin à l’ordinaire des troupes. Tout soldat reçut quotidiennement un quart de vin. Cette ration fut reconnue insuffisante et doublée par le Parlement, en janvier 1916. Ce demi-litre fut augmenté à partir de janvier 1918, et la ration passa à trois quarts de litre par jour. C’est dire l’importance considérable que prit le tonneau pour le transport du vin jusqu’au front.
Or « si le vin ne manque pas, en revanche les tonneaux manquent au vin. Depuis le début des hostilités, la tonnellerie ne fabrique plus, et par contre les besoins qu’elle doit satisfaire ont sans cesse grandi… Si tous revenaient à leur point de départ ! Beaucoup, hélas! Une fois vides, s’égarent sur la route du retour ; beaucoup d’autres reviennent, glorieux blessés de guerre, aux douves cassées, brisques coûteuses… Des remèdes ont été cherchés : faute de bois de chêne, on a eu recours au bois du châtaignier dont l’usure sera plus rapide. Malgré tous ces palliatifs, l’Intendance pousse un cri d’alarme: « Si vous voulez du vin, ménagez les tonneaux », clame-t-elle désespérément ».

On recommande le vieillissement en fûts de nombreux vins rouges (Pauillac ou Chianti Classico par exemple) ou blancs (Bourgogne ou Chardonnay américain par exemple), de certains vins mutés ou spiritueux connus mondialement (xérès, sherrys, whiskeys, cognacs, armagnac, rhums, calvados) et de certaines bières (lambic, kriek, faro, bière rouge). Cette caractéristique est utilisée aussi pour fabriquer en Italie le vinaigre balsamique.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tonneaux étaient le mode de colisage le plus pratique pour le transport ou de stockage, bien que n’étant pas le plus économique. Toutes sortes de produits en vrac, des clous aux pièces d’or, y étaient stockés. Les sacs et les caisses étaient meilleur marché, mais ils n’étaient pas aussi robustes et ils étaient plus difficiles à manipuler à poids égal. En effet, un tonneau roule évidemment très bien comme un cylindre, mais s’il est debout, tout manœuvre adroit réussit à le déplacer sans effort en le roulant incliné, en équilibre sur son arête. Ainsi, des concours d’adresse se déroulaient autrefois aux halles où les livreurs devaient courir avec un tonneau. Les tonneaux perdirent peu à peu leur importance au cours du XXe siècle, en raison de l’apparition de la palettisation et de la conteneurisation de la chaîne logistique.
À la fin du XXe siècle, de tonneaux en tôle d’acier sont toujours utilisés pour le stockage et le transport de nombreux liquides, tels que l’huile, le pétrole et les déchets dangereux. La bière sous pression pour les bars est toujours livrée en tonneaux métalliques, soit en aluminium soudé (deux parties embouties ou en métal repoussé), soit en trois parties serties à la façon de certaines boîtes de conserve.
Au début des années 1980, une mode du goût du bois a créé une demande très forte vers des vins boisés. De nombreuses régions productrices ont créé des chais à futailles de bois pour fournir le marché. Aujourd’hui, le marché a trouvé un certain équilibre entre les vins boisés et non-boisés.
De nos jours, l’entonnage s’est maintenu dans le vocabulaire vinicole, il concerne l’action de remplir un fut de vin, mais peut également être étendu à celui des cuves, ou des camions-citernes et de leurs remorques.

De nombreux vignobles (France, États-Unis, Chili, Italie, Espagne, Argentine, …) mettent leur vin en tonneau pour la vinification, ou pour l’élevage. Cette pratique est coûteuse par suite du prix de la futaille, et par suite de l’absorption du vin par le bois du fût et de l’évaporation.

Fabrication du tonneau : La fabrication entièrement manuelle ne se retrouve aujourd’hui que dans l’artisanat, de nos jours le métier de tonnelier est toujours exercé mais de nombreuses machines l’assistent, notamment pour les travaux de force et fastidieux (rabotage, serrage…). Les réparations doivent encore aujourd’hui être effectuées manuellement.
Leur confection nécessite des troncs d’arbre, généralement de chêne, à l’état de billes qui sont fendus en quartiers. Ces derniers sont débités en merrains. Cintrés à chaud; ils forment les douelles. Celles-ci sont creusées d’une rainure appelée jable dans laquelle vont aller s’encastrer les fonds dénommés contres et chanteaux. Des cercles, en bois ou en feuillard maintiennent le tonneau qui peut être déplacé par roulage ou balancement.
Sa composition et son mode de fabrication, notamment la chauffe, ont une grande influence sur le goût du vin qui y sera élevé.
Le tonneau fini, vide, a un poids proche de 45 kg, pour une taille d’environ 90 centimètres de long et un diamètre de 60 à 70 centimètres.
Contenance des tonneaux : L’histoire et la géographie des régions viticoles ont donné naissance à une grande diversité de contenances. Les capacités varient ainsi en fonction de l’utilisation, de quelques dizaines à plusieurs centaines de litres. Ces volumes sont cependant standardisés à l’intérieure même des régions, mais on retrouve des dénominations différentes, et des variations de volumes d’une région à l’autre.
Les capacités les plus utilisées de nos jours sont de 228 litres pour le fût d’origine bourguignonne, et 225 litres pour la barrique d’origine bordelaise.
Le tonneau est utilisé comme unité de transaction financière, grâce à la régularité de sa manufacture. Quand elle est en cours d’utilisation, elle prend en Bourgogne le nom de « pièce ».

Autres dénominations :

– Barrique : Une barrique (de l’occitan gascon barrica), se distingue du tonneau par sa fabrication plus légère et sa durée de vie de quelques années.
Elle peut servir en plus de l’usage œnologique pour vieillir le vin, à stocker, conserver, expédier des liquides (bières, huiles, eaux-de-vie) et des marchandises solides (morue, sucre, etc.).
– Tonnelet : Un tonnelet est un petit tonneau.
– Fût : Un fût est un tonneau de 30 à 350 l.
– Pièce : Une pièce est un récipient vinaire servant essentiellement à la conservation et au vieillissement du vin, elle prend cette appellation en général lorsqu’elle est pleine uniquement.
– Baril : Un baril est un petit tonneau de contenance variable selon sa destination, utilisé pour le transport et la conservation de liquides, d’aliments ou de matières sèches (définition du CNRTL) ; ce peut être aussi un emballage cartonné (pour les lessives, par exemple) ; en métrologie, c’est l’unité de volume utilisée pour le pétrole.
– Foudre : Un foudre est un tonneau grande capacité, pouvant aller de quelques centaines à plusieurs milliers de litres.

En France, les tonneaux se répartissent ainsi :

– en Alsace, le foudre de 1000 litres environ (pour la conservation et la vente du vin) et Paume de 114 litres (pour l’expédition) ;
– dans le Beaujolais, la pièce de 216 litres, la feuillette (demi-pièce) et le quartaut (quart de pièce) ;
– dans le Bordelais, la barrique (fût le plus courant, de 225 litres) et le tonneau (900 litres, ou 96 caisses de 12 bouteilles), ainsi que la demi-barrique, ou feuillette, et le quartaut (quart de barrique) ;
– en Bourgogne, la pièce de 228 litres (24 caisses de 12 bouteilles), la queue (456 litres env.), la feuillette (demi-pièce) et le quartaut (quart de pièce) ;
– dans le Chablis, la feuillette de 132 litres ;
– en Champagne, la queue de 216 litres et la demi-queue ;
– en Anjou, en Saumurois et en Vouvray, la pièce de 220 à 225 litres ;
– dans le Mâconnais, la pièce de 215 litres ;
– dans le Midi, le demi-muid de 600 à 700 litres.

Dans d’autres pays, on utilise surtout la pipe (418 litres à Madère, 522 litres à Porto et à Tarragone) ; le puncheon à rhum, de contenance très variable ; le buts de 490 litres environ, pour le xérès et le whisky écossais ; le barre de 182 litres environ, pour le whisky américain.

Voir : Liste complète des différents contenants à vin.
Voir : Futaille
Voir aussi : Tonneau sous Argot de bouche.

Tonneau

Tonneau : n. m. Barrique, fût, pièce, muid, etc. autant de synonymes qui varient en fonction de la régions ou de la taille. Le dictionnaire précise qu’il s’agit d’un récipient de bois formé de douves assemblées, retenues par des cercles, ayant deux fonds plats et servant au transport et au stockage du vin. Ainsi  fût est-il par dérivation, le nom du tronc de l’arbre ; tonneau vient du nom latin dolium qui veut dire arrondi. Etant souvent utilisé sur les bateaux, le tonneau est devenu l’unité de capacité des navires équivalent à 2,83 mètres cubes. La barrique par sa fabrication plus légère sert surtout à l’élevage du vin. Mais pour beaucoup, le tonneau est le tonneau bordelais de 900 l, une unité encore utilisée pour fixer le cours du vin* . Il est pratique car il contient 4 barriques bordelaise de 225 l, donc 4 fois 300 bouteilles.

* Le prix du tonneau de bordeaux générique était à 976 € en 2013.

L’origine du tonneau remonterait à 350 ans avant J.C. Les Celtes ont probablement été les premiers à élaborer des récipients de formes arrondies, étanches qui pouvaient  supporter des efforts (tel que le roulage) et des charges (l’empilage).  C’est au cours du XVIIe et XVIIIe siècles que les premières techniques d’élevage et de vieillissement en fût furent  mises au point, notamment à Bordeaux où le vin était alors expédié vers l’Angleterre en barrique et sur lies. Jusqu’au XXe siècle, le tonneau demeure le principal contenant de transport utilisé. Depuis, l’acier inoxydable, le béton et le plastique ont supplanté le bois pour stocker, conserver et transporter les liquides. L’usage du tonneau et le travail du tonnelier s’en trouva éclipsé. Heureusement les années 1980 virent le retour de la mode de l’élevage en barriques de chêne grâce notamment aux progrès en matière d’œnologie. Le critique américain Robert Parker eut sans doute une part importante dans ce regain, le fameux goût Parker mettant en avant les arômes issus du bois : toutes ces notes épicées, grillées et vanillées, dues aux molécules olfactives, fruits de l’élevage des vins en fûts de chêne (dit élevage sous bois).

Aujourd’hui, la vinification sous bois et l’art de la tonnellerie connaissent un véritable renouveau. Il suffit de se reporter aux polémiques nées de l’usage des copeaux pour saisir toute l’importance que l’usage du bois a pris en vinification. Le tonneau redevient donc à la mode pour le meilleur avec la stabilisation de la couleur, la limpidité, l’assouplissement des tanins et le développement des arômes. Le bois est l’apport nécessaire pour sublimer les grands crus, pour leur offrir cet ultime effort  de complexité et de force. Mais à ceux-là s’oppose la kyrielle des autres. Combien  de vignerons  veulent  tâter de la barrique sans que leurs vins soient à la hauteur (souvent pour un simple argument marketing !). Résultat, des vins aux défauts souvent  masqués par les arômes du bois. La réalité est là. Peu de crus, et en général des vins de garde, ceux qui ont une structure et une concentration suffisantes, supportent l’élevage en fût de chêne. Si le bois a pour vocation de se fondre et d’enrichir le vin à la manière d’un condiment, il risque d’écraser trop de petits vins par ses arômes et tanins qui vont jusqu’à supplanter ceux du raisin.
Moins de 3 % de la production mondiale de vin est vieillie en tonneaux de chêne français. Sur les 502.000 tonneaux  produits en France, 64,5 % de la production allait en 2011 à l’export. La tonnellerie française reste largement le leader mondial de ce secteur. Ses principaux  clients sont les Etats-Unis d’Amérique (37 %), l’Italie (11 %), l’Australie (11 %) et l’Espagne (10 %). Réalise-t-on suffisamment  qu’entre la naissance du chêne et la dégustation du premier verre de vin, il peut s’écouler plus de deux siècles ? Le merrain, pièce de bois composant les douelles de tonneaux, est la matière première principale du tonnelier. La production de merrains est l’une des spécialités françaises en raison de l’importance de sa production vinicole et d’alcool vieillis en fûts de chêne (Cognac, Armagnac…).

L’élevage des vins en tonneaux (barriques) représente un coût important pour les producteurs sachant que le prix moyen d’une barrique de 225 l en chêne français se situe entre 600 et 650 €. Ramené à la bouteille, ce seul investissement se traduit par un coût de 0,7 à 0,8 € par bouteille à supposer que l’amortissement  de la barrique se fasse sur trois ans. Faudrait-il aussi y ajouter l’importante main d’oeuvre  liée au travail d’élevage  (ouillage, bâtonnage, entretien des barriques….) et les pertes en volume de vin. Les investissements et coûts engendrés par les barriques sont donc importants et leur rentabilité suppose une valorisation supérieure du vin à l’issue de l’élevage. Pas de problème donc pour les grands châteaux notamment qui élèvent leurs vins chaque année dans des barriques neuves (100% bois neuf) !

Ces chênes à tonneaux  sont des chênes de 150 ans et plus, de ces chênes extraits des grandes forêts du Tronçais dans l’Allier, de Cîteaux en Côte-d’Or, de Bertranges dans la Nièvre ou de Darney dans les Vosges, le nec plus ultra de la tonnellerie. Sur les 250 variétés de chênes répertoriées sur terre, seuls le chêne pédonculé, le chêne rouvre et le chêne blanc américain rassemblent les qualités suffisantes pour se  transformer en barrique.

Ces trois chênes à tonneaux :

  • Le chêne sessile ou rouvre (quercus petraea ou quercus sessiliflora) occupe en Europe une aire allant de la péninsule ibérique jusqu’à la partie méridionale de la Scandinavie. En France, on le trouve dans toute la moitié nord, dans les Vosges et dans le massif central (plus rarement dans le Jura, la Savoie et le Dauphiné). Il supporte les sols limoneux/sablonneux profonds, pauvres et bien drainants. Il possède un grain plutôt fin et un taux de tannin assez faible pour son espèce. Il est naturellement riche en composés aromatiques tels que l’eugénol (clou de girofle) et le méthyl-octalactone. Par ses caractéristiques, c’est l’espèce qui convient le mieux à l’élevage de vins fins.
  • Le chêne pédonculé (quercus robur) s’étend sur toute l’Europe, depuis la moitié nord de la péninsule ibérique jusqu’à l’Oural et le Caucase. En France, il n’est absent que sur le pourtour méditerranéen, les Alpes et la partie est du massif central. Il aime les sols fertiles, argileux et marneux. Plus fragile que le chêne sessile il supporte assez mal la sécheresse et les sols acides. Il possède le taux de tannin le plus élevé des trois espèces et un grain assez épais. Il dispose en revanche d’une faible teneur en composés aromatiques. Son bois est plus favorable à l’élevage des eaux de vie.
  • Le chêne blanc d’Amérique (quercus alba) provient, comme son nom l’indique, principalement des Etats-Unis (Middle-west : Ohio, Montana, Idaho, Kentucky, Tennessee, Missouri…). Il se caractérise par le taux de tannin le plus faible et un grain fin notamment lorsqu’il pousse dans des régions froides. C’est également la plus aromatique des trois espèces. En France, son utilisation pour l’élevage des vins demeure marginale.

Seulement 3 % du bois utilisé

A chaque automne, on se les arrache à prix d’or. Pourtant, de plus en plus, l’approvisionnement vient de là où ils sont les moins chers, de l’Amérique, de la Roumanie, de la Hongrie et surtout de la Russie. Le tonnelier ne s’intéressent qu’à la meilleure section de l’arbre, au premier tiers, celui qui est sans nœuds et sans défauts. Ainsi, 8 % des chênes abattus chaque année leur reviennent. Faut-il ajouter que pour fabriquer un tonneau, 3 % seulement du bois initial est utilisé ? Les chênes sont fendus et non sciés, pour la qualité des merrains séchés pendant deux ans à l’air libre. Après, c’est tout l’art du tonnelier qui entre sur les planches (!).

Une question de chauffe

Pour faire bref, le reste est une question de chauffe ! Par chauffe, on entend la cuisson de l’intérieur d’une barrique montée. Un brasero chargé de morceaux de chêne toaste l’intérieur des douelles. Selon le degré de chauffe, le bois exprimera des arômes complémentaires au vin plus ou moins toastés, grillés ou caramélisés. D’abord on commence  à 200° pendant 10 minutes minimum pour éliminer tout goût  désagréable du bois. Il faut savoir que le brûlage atteint 5 à 10 mm de bois sur des douelles qui font entre 22 et 30 mm d’épaisseur et que le vin s’imprègne sur 5 à 15 mm. Les composés bien présents dans le bois avant chauffage , ces cotés boisés, noix de coco, vont se fondre sous l’action du feu vers des caractères épicés, grillés vanillés, voire caramel, selon l’intensité de la chauffe. Ainsi, s’opère une lente dissolution des données aromatiques et des tannins du bois.

Coloration aromatique selon la chauffe

  • Chauffe faible (30 mn à 120°- 130°) : la barrique s’exprimera par beaucoup de tannins et peu de substances aromatiques (arôme légèrement vanillé).
  • Chauffe moyenne (35 mn à 160°- 170°) : la synthèse d’arômes est intense, maximale, avec un apport de tannins normal (vanille et arômes variétaux).
  • Chauffe moyenne forte (45 mn de 180 à 190°) : notes vanillées plus intenses, coco, légèrement torréfié (intéressant pour la fermentation malolactiques en barriques).
  • Chauffe forte (45 mn de 200 a 210°) :  des notes de brûlé et de caramel sont très présentes, mais la complexité est moindre que lors d’une chauffe moyenne (intéressant pour les liquoreux).

Au vinificateur d’effectuer le difficile choix de son type de tonneau selon la provenance du chêne et le degré de chauffe, en fonction du millésime et de son style de vinification.

La formule est simple : une oxydation ménagée tel un poumon. Un bon poumon doit être totalement étanche et poreux. Etanche pour ne pas fuir, évidemment, mais poreux pour laisser s’échapper les gaz par les vaisseaux du bois. Ainsi, le gaz carbonique va s’évacuer, tandis que l’oxygène y pénètre, modifiant la composition du vin en l’éclaircissant, le stabilisant, l’assouplissant, en atténuant les tannins les plus agressifs, en fixant sa couleur, et cela pendant les dix-huit longs mois durant lesquels séjournera le grand cru.

Petite liste des tonneaux les plus couramment utilisés

  • Barrique Bordelaise : de 225 l, c’est certainement le tonneau le plus fabriqué et distribué en France et dans le monde.
  • Pièce Bourguignonne : largement distribuée également, sa contenance est de 228 l. Plus petite en hauteur, son ventre est plus galbé que la barrique bordelaise.
  • Muid et demi muid : d’une contenance variable, allant de 400 à plus de 1000 l en fonction des régions où ils sont utilisés.
  • Foudre : tonneau de grande capacité allant de 1000 l pour le foudre de Moselle et jusqu’à la plus grande foudre en chêne du monde : 1.000.200 l, 100 tonnes à vide, 12,5 m diamètre entreposée dans les Caves Byrrh (Pyrénées orientales).
  • Pièce Champenoise : contenance de l’ordre de 206 l.
  • Feuillette : équivalent à une demi-barrique, soit de 110 et 130 l.
  • Quartaut : équivalent d’une demi-feuillette, soit environ 55 l.
  • Queue : d’une contenance variable, généralement équivalente à une double barrique, soit 456 l environ pour la queue de Bourgogne.

Traçabilité et développement durable

Aujourd’hui, de plus en plus de tonneliers se sont lancés dans des démarches  souvent collectives d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre (GES) selon l’outil Bilan Carbone de certification CTB Fût de tradition française (méthode de référence développée par l’ADEME) ou de type ISO (Organisation internationale de normalisation), HACCP (Hazard Analysis Critical Control) et PEFC* (Programme for the Endorsement of Forest Certification). Ces démarches attestent qu’au volume de barriques fabriquées sous ce label correspond effectivement un volume d’achat de bois issus de forêts gérées durablement ou mieux encore lorsqu’elles sont liées à des programmes de reboisement en partenariat avec l’ONF (Office National des Forêts). A l’export, de plus en plus de clients exigent  des barriques carbone neutral (quand le tonnelier participe financièrement à des actions destinées à contrebalancer ses émissions de carbone par des plantations d’arbres notamment). Ainsi, par exemple peut-on citer  Seguin Moreau qui depuis le printemps 2009, a initié la définition du bilan carbone d’une barrique à périmètre global, de l’arbre au chai avec certification de l’ADEME (agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie). A quand donc l’affichage sur les bouteilles  du poids carbone ? Sans doute plus tôt qu’on ne le pense.

*La certification PEFC couvre 5 millions d’hectares en France, soit près de 30% de la surface forestière nationale. 52 000 propriétaires forestiers français et 2 600 entreprises de la filière bois sont adhérents au label dont une dizaine de tonneliers et parmi eux,  le Groupe Charlois, 2ème groupe tonnelier et 1er fabricant de merrains au niveau mondial ou encore depuis mars 2005, Seguin Moreau qui fut la première tonnellerie certifiée PEFC.

Liste des tonnelleries certifiées CTB Fût de tradition française