Menthe pouliot

Menthe pouliot : La menthe pouliot ou pouliot est une plante herbacée (famille des Lamiacées, anciennement Labiées – Nom botanique : Mentha pulegium L.), originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie tempérée. Connue depuis l’Antiquité comme plante médicinale, elle ne fut rattachée aux menthes qu’à l’époque moderne.
Après avoir été très estimée jusqu’à la Renaissance, sa consommation même sous forme d’infusion, est maintenant déconseillée en raison de la présence d’un composant très hépatotoxique, la pulégone, pouvant parfois être présent dans une concentration élevée (Voir encadré ci-après).
Description de la menthe pouliot : C’est une plante vivace par ses rhizomes, basse, de 10 à 55 cm de haut, fréquente dans les milieux humides, qui exhale une senteur citronnée.
Les tiges à section carrée, sont plus ou moins dressées, verdâtres ou grisâtres, très ramifiée. Étalées ou couchées, elles émettent très facilement des racines adventives à la face inférieure des nœuds.
Les feuilles, opposées, petites (0,8-1,3 cm x 5-6 mm), sont ovales ou oblongues presque entières (légèrement dentelées ou crénelées) et munies d’un court pétiole, base arrondie, apex obtu.
Les fleurs, qui apparaissent l’été, de juillet à fin septembre, sont rose lilas, parfois blanches, et sont groupées à l’aisselle des feuilles en glomérules (faux verticilles) largement espacés le long de la tige. Le calice est velu, glandulaire, tubuleux et la gorge est fermée par des poils connivents ; il est bilabié, à 5 dents inégales (les 2 dents inférieures sont plus étroites). La corolle gibbeuse (formant une bosse) est composée de 4 lobes semblables. Les 4 étamines sont saillantes. Les 2 carpelles sont soudés. Les fruits sont des akènes.
Distribution et habitat de la menthe pouliot : C’est une espèce spontanée dans l’ensemble de l’Europe, l’ouest de l’Asie (de Chypre au Turkménistan) et le nord de l’Afrique (du Maroc à l’Égypte) :
– Europe : toute l’Union européenne, Ukraine, Russie.
– Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte ; Éthiopie.
– Asie tempérée : Turquie, Iran, Israël, Liban, Syrie, Caucase, Russie, Kazakhstan, Turkménistan.
– En France, cette plante est irrégulièrement répartie, tandis qu’elle manque dans de vastes contrées, même siliceuses, elle surabonde dans d’autres.
La menthe pouliot s’est naturalisée dans de nombreux pays : Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Brésil, Argentine, Chili, Uruguay.
Elle est cultivée en Géorgie, Inde, Indonésie, Europe, Canada, États-Unis, Mexique, Cuba, Brésil, Chili.
La menthe pouliot croît de préférence sur la silice et les alluvions, dans les endroits humides, champs et prairies, bords des mares, lieux inondés l’hiver.

Historique des utilisations de la menthe pouliot : Le pouliot était connu et utilisé en Égypte et Mésopotamie antiques.
Dans l’Antiquité européenne, le pouliot était aussi bien connu sous le nom de blêchôn βλήχων en grec, par les médecins Hippocratiques (Vème siècle av. J.-C.), par le philosophe botaniste Théophraste (IVèmr siècle av. J.-C.) et le pharmacologue du ier siècle Dioscoride. Le pouliot, bien distingué des menthes, est reconnu comme abortif et emménagogue, deux propriétés qui vont continuer à lui être attribuées pendant deux millénaires. Les Romains le connaissaient sous l’appellation de pūleium, pūlēgium comme l’attestent les mentions chez l’encyclopédiste Pline, Hist.Nat., 20, 152 ou dans le livre de recettes culinaires De re coquinaria. Parmi les ingrédients des recettes attribuées au gastronome Apicius, on trouve des assaisonnements au pouliot sec (comme le melon au miel, poivre, vinaigre et pouliot). Le pouliot était recommandé contre les morsures de serpents, les piqûres de scorpions, contre la toux, le mal de tête … et « toutes les douleurs internes » résume bien Pline.
Avec l’effondrement de l’Empire romain d’Occident au Vème siècle, disparait aussi la médecine savante de l’Antiquité. Le galénisme revu par Rhazès et Avicenne ne reviendra en Europe occidentale qu’à partir des XIème-XIIème siècles. Par contre, l’œuvre de Dioscoride, resta accessible par des copies manuscrites de sa traduction latine De materia medica. Aussi retrouve-t-on au XVème siècle, les indications de Dioscoride du pouliot : « l’usage immodéré de cette plante dans la grossesse provoque l’avortement » lit-on dans De viribus herbarum de Odon de Meung. Le pouliot, bien distingué des menthes, est toujours resté une sorte de panacée.
Pour chasser les puces, on employait la fumée des fleurs fraîches brûlées, d’après l’Hortus sanitatis (XIVème siècle). Il figurait aussi parmi les plantes potagères recommandées dans le capitulaire De Villis au Moyen Âge.
Le texte de référence de Dioscoride, De materia medica, fut abondamment recopié jusqu’au début du XVIème siècle sans qu’il soit porteur d’un progrès notable dans l’analyse pharmacologique. Le tournant s’opère à l’époque de la Renaissance, où les riches commentaires du médecin Mattioli apportent une contribution nouvelle à la matière médicale, en s’efforçant de donner des descriptions botaniques précises, accompagnées d’illustrations, permettant de le distinguer du calament et du dictame. Matthiole indique que les Allemandes le cultivent avec soin, en pots ou en pleine terre, pour leur usage personne (« pour s’en servir en leurs privez affaires » traduction de A. du Pinet, 1627). Jacques Daléchamps à la même époque compile une très longue liste de bienfaits apportés par le pouliot (Histoire générale des plantes).

À l’époque de la Renaissance, commencent à apparaître avec Brunschwig, des ouvrages vantant les traitements obtenus par la distillation des plantes médicinales. Mais le premier à donner un traitement détaillé de la distillation des plantes aromatiques (comme la menthe, le calament et le pouliot) est le polymathe napolitain Della Porta, d’abord dans Magia naturalis (1589) puis De distillatione, libri IX. (1608). Il récupère « l’huile parfumée de pouliot » surnageant sur le distillat et la recommande pour fortifier l’estomac, contre les douleurs de matrice et pour provoquer les menstrues etc.
La grande réputation du pouliot s’est éteinte peu à peu après la Renaissance.
Pourtant, l’écho de cette haute estime retentira jusqu’au XXème siècle chez l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi qui en vente les grands mérites en ces termes : « Le pouliot est une des Menthes sauvages les plus agréablement parfumées ; sa senteur citronnée persiste bien au séchage et son infusion est une des plus délicieuses qui soient. » (Le livre des Bonnes Herbes, 1999). Il lui reconnait de nombreuses propriétés médicinales, comme d’être un bon expectorant et un sédatif de la toux, « à la fin d’un repas, une infusion de Pouliot (délicieuse, surtout si on lui joint du Serpolet à part égale) facilite beaucoup la digestion, combat les fermentations, les lourdeurs de tête ; c’est l’une des meilleures boissons digestives, très salutaire, en particulier à ceux qui souffrent d’insuffisance hépatique » (à la décharge de Lieutaghi, signalons que l’édition originale de ce texte est de 1966, avant que l’extrême toxicité de la pulégone ne soit établie – Voir encadré ci-après).

En France, d’après l’arrêté du 24 juin 2014, Mentha pulegium  n’est pas autorisée dans les compléments alimentaires.
La menthe pouliot est contre-indiquée chez la femme enceinte et allaitante. L’huile de menthe pouliot ne doit jamais être ingérée.
Pour l’Union européenne, un règlement interdit d’ajouter la pulégone en tant que telle aux denrées alimentaires. Et dans les denrées alimentaires contenant naturellement de la pulégone, une teneur maximale est donnée pour chacune d’elles, comme indiqué ci-dessous :

Teneurs maximales en pulégone (en mg/kg), naturellement présente
dans les arômes et les ingrédients alimentaires (d’après Annexe III (*), 2008)
Confiseries contenant de la menthe (à l’exception des micro-confiseries) 250
Micro-confiseries destinées à rafraîchir l’haleine 2 000
Gommes à mâcher 350
Boissons non alcoolisées contenant de la menthe 20
Boissons alcoolisées contenant de la menthe 100

(*) Parlement européen, Conseil, « RÈGLEMENT (CE) No 1334/2008 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 16 décembre 2008, relatif aux arômes et à certains ingrédients alimentaires possédant des propriétés aromatisantes qui sont destinés à être utilisés dans et sur les denrées alimentaires ».

Emplois culinaires de la menthe pouliot :
Au Portugal, la liqueur de Poejo, de la région de l’Alentejo, est à base de menthe pouliot. Cette plante est aussi très utilisée dans la cuisine portugaise comme plante condimentaire pour ses feuilles très aromatiques.
En Algérie, le pouliot entre dans un certain nombre de plats. Le rfiss est un mets sucré à base d’une galette émiettée ; une variété, la rfissa el aachab, traduit par « rfiss aux herbes », est préparé avec une grande variété d’herbes et de plantes, dont pouliot ou l’origan.  La rfissa accompagne la viande, surtout le poulet.
Batata fliou, un plat traditionnel algérien originaire de la région de Blida, est un ragoût de pommes de terre à la Menthe pouliot, ainsi que serdine bel fliou (sardines à la menthe pouliot). On peut encore citer : tikourine (boulette de semoule), mdecha (soupe).
Au Maroc, la menthe pouliot parfume les galettes de semoule.
En Italie et Espagne, très utilisée pour la confection des bonbons.
En Espagne, on aromatise une soupe (gazpacho de invierno) et les escargots. On l’utilise aussi en Sicile, en Sardaigne, en Bosnie et en Turquie.
C’est une plante mellifère, très visitée par les abeilles pour son nectar.

Voir Menthe, Menthe citronnée, Menthe poivrée.