Méteil

Méteil : Le méteil est un mélange cultivé de céréales. Pour l’alimentation humaine, il s’agit traditionnellement d’un mélange de blé et seigle. Pour l’alimentation des animaux, il est réalisé en associant plusieurs céréales telles que le blé, l’orge, l’avoine ou le triticale avec des légumineuses comme le pois fourrager, la vesce, la féverole, etc.
Définition : Le méteil est un mélange de plusieurs céréales et légumineuses destiné à être récolté en grain ou bien en ensilage quand les plantes sont encore immatures. Dans le cas de l’ensilage, certaines exploitations d’élevage ajoutent des graminées fourragères à leur mélange.
Dans l’alimentation humaine, il désigne un mélange de céréales, le plus souvent de seigle et de blé.
Le mot méteil dérive du terme latin mistilium, lui-même dérivé de mixtus signifiant mélange. Il était à l’origine une culture composée d’un mélange de deux espèces : le seigle et le blé. Aujourd’hui, le terme méteil est employé pour des mélanges de céréales plus complexes, comprenant souvent une proportion notable de légumineuses.
En France, une définition légale du méteil figure à l’article R. 666-30 du code rural :
La dénomination « méteil » est réservée au produit de la culture et du battage d’un mélange de blé et de seigle, mélange dans lequel le seigle entre pour la proportion de 50 % au moins, à l’exclusion de tout mélange de blé et de seigle effectué postérieurement au battage.
Le méteil était à l’origine composé de seigle et de blé, avec une proportion variable de chacune de ces deux céréales suivant que le sol convienne mieux à l’une ou à l’autre, afin de tirer le maximum de rendement de la culture. Certaines dénominations particulières servaient à désigner des compositions de mélange précises. Par exemple, le passe-méteil était composé de deux tiers de blé pour un tiers de seigle.
Dans les mélanges utilisés aujourd’hui, on trouve un nombre plus important d’espèces susceptibles de rentrer dans la composition du méteil. Le triticale et le blé forment les éléments de base du mélange et assurent en grande partie le rendement de la culture. Par ailleurs, ces céréales peuvent servir de tuteur pour des légumineuses. L’avoine apporte au mélange son appétence et assure un taux de matière sèche plus élevé en cas de récolte en vert, ce qui facilite sa conservation. Elle présente également l’avantage de très bien lever et de prendre la place libre là où les autres espèces n’ont pas pu s’implanter. Du côté des légumineuses, la vesce commune est souvent utilisée, tout comme le pois fourrager. Ces légumineuses apportent aussi de l’appétence au mélange et permettent d’améliorer sa teneur en protéines. De plus, les légumineuses ont la remarquable capacité de fixer l’azote atmosphérique grâce à leurs nodosités. Elles permettent ainsi aux graminées de profiter de cet azote à moindre frais pour le cultivateur. Enfin ces plantes permettent d’assurer une bonne teneur en matière sèche lors de récoltes précoces.
La composition des méteils peut varier sensiblement d’une exploitation à une autre. Certains éleveurs ne mettent pas de blé, d’autres ajoutent du triticale ou de l’épeautre. Les espèces varient également en fonction de l’utilisation de la culture. On ne retrouvera pas les mêmes plantes dans un méteil récolté pour le grain et dans un méteil destiné à l’ensilage. A titre d’exemple, certains éleveurs ajoutent des graminées fourragères dans leur méteil destiné à l’ensilage, le plus souvent du ray-grass d’Italie.
Histoire du méteil : Aux XVIIIe siècle et XIXe siècle, la culture de méteil se développe pour valoriser les terres moyennes, c’est-à-dire pas assez riches pour que l’on puisse y faire pousser du blé dans de bonnes conditions, mais suffisamment pour que l’on hésite à se résoudre à n’y faire pousser que du seigle, certes bien plus rustique que le blé mais qui n’est pas aussi productif. Le méteil constitue donc un intermédiaire entre ces deux cultures, et est réputé pour mieux réussir que l’une ou l’autre de ces cultures prise indépendamment. Si une année est défavorable à une espèce, elle sera souvent favorable à l’autre, et le méteil offre ainsi une garantie supplémentaire. Par ailleurs, la valeur de la récolte est supérieure à celle du seigle pur. Les détracteurs de la culture lui reprochent à l’époque la différence de date de maturité des grains l’été, ou de donner une farine inégale. Toutefois, il semble selon d’autres spécialistes que l’on puisse trouver une date de récolte intermédiaire, en fin de période de récolte du seigle et au tout début de la période de récolte du blé, à laquelle les deux espèces présentent une maturité satisfaisante. Le problème de la farine est peu à peu atténué par le développement de la mouture économique5. Auparavant, le seigle était moulu différemment du blé, en resserrant les meules pour bien écraser cette graine. La farine de méteil était donc irrégulière puisque les deux grains se comportaient différemment sous la presse6. Les avantages du méteil lui permettent de prendre de l’importance dans les campagnes françaises. Ainsi, en 1817, le méteil représente 6 % des surfaces céréalières françaises avec 887 000 ha. Les rendements sont en moyenne de 11,1 hl/ha, soit un peu plus que le froment (10,25 hl/ha) et le seigle (8,5 hl/ha)7. En 1840, la proportion est conservée, mais la surface s’agrandit un peu 911 000 ha, pour une production totale estimée à presque 12 millions d’hectolitres. On est certes bien en deçà des chiffres des autres céréales cultivées comme le froment qui comptent 5,6 millions d’ha pour 70 millions d’hectolitre produits, l’avoine avec ses 3 millions d’ha et 49 millions d’hectolitres, le seigle et ses 2,6 millions d’ha pour 28 millions d’hectolitres ou l’orge qui comptent 1,2 millions d’ha produisant 16 millions d’hectolitres8. Au XIXe siècle, d’autres mélanges de céréales sont évoqués comme le méteil d’orge composé d’orge et d’avoine, mais ils restent anecdotiques.
À partir du milieu du XIXe siècle, le méteil commence à décliner lentement, au profit du blé qui a fait des progrès et le dépasse désormais en rendement. Dans les années 1980, l’apparition du triticale, un hybride de blé et de seigle, permet de trouver un compromis avantageux à l’utilisation du méteil sur les sols peu riches. C’est en effet une culture rustique, mais aux rendements nettement plus élevés que ceux du seigle. Ainsi, en 2010 la surface en méteil et seigle (les deux cultures sont décomptées ensemble) ne représente plus que 29 000 ha.
En revanche, on voit à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle se développer un autre type de mélanges céréaliers : des mélanges plus complexes incluant des céréales et des protéagineux, et généralement récoltés en ensilage au printemps, pour constituer des stocks de fourrages. Ces mélanges, également appelés méteil, ont été tout d’abord utilisés en agriculture biologique car cette culture est très peu consommatrice d’intrants, et ont par la suite été repris par l’agriculture conventionnelle.
Au début des années 2000, des éleveurs souhaitant diminuer leur consommation de protéines achetées sous forme de tourteaux de soja décident d’implanter des méteils composés à 80% de protéagineux tels la féverole, le pois, la vesce ainsi qu’un peu d’avoine et d’orge.
Ces mélanges à vocation fourragère, récoltés en ensilage, sont récoltés plus tôt que les méteils fourragers classiques riches en céréales. Le but étant de récolter un fourrage riche en protéines en acceptant de perdre en rendement vis à vis d’une récolte plus tardive. Ces mélanges du fait de leur faible teneur en céréales sont assez pauvres en énergie et doivent être complétés avec des céréales aplaties, du maïs humide ou de l’ensilage de maïs (épi et rafle) lors du rationnement.
Ils occupent ainsi la place d’une culture dérobée dans l’assolement et libèrent le sol assez rapidement pour envisager une culture de maïs fourrage l’année de leur récolte. La fauche de printemps permet de laisser un sol relativement propre car les mauvaises herbes ayant poussés sont exportées avant la grenaison.
Autrefois, le méteil, comme la majorité des céréales à l’époque, était moulu pour obtenir de la farine qui servait notamment à faire du pain, base de l’alimentation. La farine de froment pouvait également permettre de confectionner une bouillie nourrissante, mais la farine de méteil, comme la farine de seigle, était peu appropriée pour cet usage. Les caractéristiques du pain de méteil sont intermédiaires entre celles du pain blanc, fait à partir du froment, et celles du pain de seigle, à l’odeur plus marquée. Son prix était donc inférieur à celui du pain blanc, fixé en 1766 aux deux tiers du prix de celui-ci, quand la livre pain de seigle valait la moitié d’une livre de pain de froment. Il faut toutefois prendre avec précaution le terme de pain de méteil employé à l’époque, puisque les boulangers nommaient par extension le pain obtenu à partir de farines inférieures de froment. Dans son ouvrage Avis aux bonnes ménagères des villes et des campagnes, sur la meilleure manière de faire leur pain, Antoine Augustin Parmentier décrit le pain de méteil comme « bon, savoureux et très nourrissant : il participe des deux grains farineux les plus propres à nourrir les Européens ». De son côté, Liger le décrit comme ayant « un goût agréable, mais il est moins nourrissant que le pain de froment ; comme le seigle est rafraichissant, il tient le ventre libre ».

Alimentation animale : Les mélanges céréales/légumineuses sont exclusivement utilisés pour l’alimentation animale. Récoltés en ensilage, ils constituent une source intéressante d’amidon, de protéines et de fibres digestibles. Ils sont par ailleurs très appétants s’ils ne sont pas récoltés trop secs. La valeur alimentaire du méteil dépend fortement de la part de légumineuses dans le mélange. La qualité du fourrage récolté est fortement liée au stade de récolte pour les fibres et le taux de protéines. Il ne joue pas tellement sur le taux d’amidon, puisqu’au fil du temps celui-ci diminue dans les tiges, mais augmente dans les grains.
Récolte du méteil : Les mélanges seigle blé étaient souvent décriés pour la difficulté à trouver une date de récolte correspondant à la maturité des deux espèces. En effet le seigle est généralement mûr avant le blé, et il faut donc récolter ce dernier avant sa pleine maturité.
Les mélanges céréales protéagineux sont récoltés au printemps, suivant le stade de la culture. Le taux de matière sèche ne doit idéalement pas être trop élevé (environ 35 %) pour que l’ensilage se conserve convenablement.
Dans le cas d’une récolte sous forme de grain, la date de récolte s’avère également difficile à déterminer, comme dans le cas du blé et du seigle, car les espèces ne sont pas mûres au même moment. Il faut donc faire un compromis afin d’avoir un maximum de céréales mûres (surtout dans le cas des céréales tardives comme l’épeautre) et de réduire au minimum les pertes de graines de légumineuses. En effet, dans le cas des pois, qui sont les plus utilisés, lorsqu’ils sont mâtures, les cosses s’ouvrent, les grains tombent au sol et sont impossibles à récolter.

Intérêt économique : Grâce au méteil, l’éleveur gagne en autonomie fourragère et céréalière et est ainsi moins dépendant des achats d’aliments à l’extérieur dont les prix sont fluctuant et généralement plus élevés.
De plus, les légumineuses étant riches en protéines, l’utilisation du mélange permet de diminuer de l’achat de concentrés azotés, et constitue un très bon aliment pour l’engraissement des animaux.
Enfin, cette culture permet de réduire fortement les apports de fertilisation azotée et la culture suivante bénéficie de l’azote fixé par la légumineuse restant dans le sol.