Pois cultivé – Histoire du pois cultivé

Histoire du pois cultivé : Le pois est une plante très anciennement cultivée dans l’Ancien monde puisque sa culture a vraisemblablement commencé il y a environ 8 000 ans dans la région du Croissant fertile, dans le même processus que certaines céréales (blé, orge) et d’autres légumineuses (vesce, lentille). On a découvert dans des sites archéologiques du Néolithique de la Grèce à l’Irak entre 7 500 et 5 000 ans avant Jésus-Christ, des restes provenant soit de plantes de cueillette, soit de plantes domestiquées. Par la suite, sa culture s’est diffusée vers l’ouest (Europe) et vers l’est (Inde). On en trouve trace notamment dans le site archéologique de Troie, en Europe centrale (vers -4 000 ans), en Europe occidentale et en Inde (vers -2 000 ans). Des restes de pois ont été retrouvés notamment dans des habitats lacustres du début de l’âge du bronze en Suisse et en France (lac du Bourget). Le pois était cultivé dans l’Antiquité par les Grecs et les Romains. Il est notamment cité par Théophraste dans son Histoire des Plantes au IIIème siècle av. J.-C., puis par Columelle (De re rustica) et Pline dans son Histoire naturelle écrite vers l’an 77 de notre ère. Selon Columelle, le pois était semé, comme les autres légumineuses, à l’équinoxe d’automne, en « terre meuble et légère ».
Vers l’an 800, sous Charlemagne, le pois est cité sous le nom de pisos mauriscos parmi les plantes potagères recommandées dans le capitulaire De Villis. Les pois secs, faciles à conserver, constituent tout au long du Moyen Âge l’une des principales ressources alimentaires des classes pauvres. Ils sont souvent cuisinés avec du lard.
Dans le Viandier de Taillevent, qui remonterait au XIIIème siècle, se trouve la recette de la crétonnée de pois nouveaux, potée épaisse aux pois ; cependant, les « pois nouveaux » dont il est question ne seraient pas encore les « petits pois ».
L’introduction du pois dans le Nouveau Monde a été faite pour la première fois à Saint-Domingue par Christophe Colomb lors de son premier voyage en Amérique.
La consommation des gousses entières (pois mange-tout ou pois gourmand) est attestée depuis le XVIème siècle aux Pays-Bas et en France. Le mange-tout est mentionné par Jean Ruel dans son ouvrage De Natura Stirpium libri tres publié en 1536.
La consommation du petit pois (grain vert frais) s’est développée en France à l’époque de Louis XIV. C’est le 18 janvier 1660 que le sieur Audiger (ou Audiguier), officier de bouche de la comtesse de Soissons, présenta à la cour du roi Louis XIV, des pois verts en gousse rapportés d’Italie. Ils furent écossés et préparés à la française pour le roi, la reine et le cardinal et ce fut le départ d’une mode qui fit fureur à la Cour, flattée par la précocité du produit.
Au XVIIIème siècle, le poète irlandais Oliver Goldsmith, qui voyagea à plusieurs reprises en France, s’en prit à la cuisson des petits pois « à la française », qu’il accusait dans ses lettres de toxicité.
Thomas Jefferson, qui fut le troisième président des États-Unis, de 1801 à 1809, passionné de sciences et en particulier d’agronomie, s’intéressa beaucoup à la viticulture, mais aussi aux petits pois. Il en cultiva de nombreuses variétés dont il cherchait à améliorer la précocité dans son domaine de Monticello.
Au cours du XIXème siècle, la vogue des petits pois se répandit en France et le nombre de variétés s’accrut. Denaiffe et fils, sélectionneurs, en recenseront environ 250 dans leur ouvrage sur les pois potagers publié en 1906. Cette citation attribuée à Gustave Flaubert, qui élevait des canards, témoigne de cet engouement. Il avait coutume de s’écrier quand ses volatiles devenaient par trop bruyants : « Il me semble qu’il est temps d’écosser les petits pois ».
Vers la fin du XIXème siècle, se développe la production des « pois cassés », pois secs dont le tégument, relativement indigeste, a été retiré par abrasion.
Depuis le début du XXème siècle, la production des petits pois s’industrialise dans les pays occidentaux (Europe, Amérique du Nord) grâce au développement de l’appertisation en bocal ou boite de conserve et de la surgélation. Ce mouvement s’accompagne de la culture en plein champ qui se mécanise rapidement.
Dans les années 1920, un inventeur américain, Clarence Birdseye, fondateur de la société General Seafood, produit les premiers petits pois surgelés.
En 1926, la société américaine Minnesota Valley Canning Company, qui prendra par la suite le nom de Green Giant, crée la marque « Géant Vert » pour commercialiser des petits pois, plus grands que les petits pois habituels. Cette marque, toujours utilisée, est devenue la propriété de General Mills. La même année, en France, la société Bonduelle, qui est devenue le numéro un en Europe des légumes en conserve, produit à l’usine Bonduelle de Renescure (Nord) ses premières boîtes de petits pois.
À partir de 1979, un semencier américain, Rogers (filiale de Syngenta), commercialise, sous le nom de « sugar snap pea », un nouveau cultivar de la variété pois gourmand à gousse charnue dont le marché se développe aux États-Unis. Ce type de pois était déjà connu dans le passé ; parmi les pois sans parchemin présentés par Vilmorin-Andrieux dans Les Plantes potagères (première édition en 1883) figurait une variété appelée « pois beurre » aux gousses charnues dont l’épaisseur atteignait un demi-centimètre.
Le pois sec a connu un nouveau développement vers la fin du XXème siècle, orienté surtout vers l’alimentation animale, en Europe d’abord, puis au Canada et en Australie notamment.
En Europe, notamment en France, la culture du pois protéagineux s’est fortement développée dans les années 1970-1980 comme source de protéines pour l’alimentation animale. Le facteur déclencheur fut l’embargo décrété en 1973 par les États-Unis sur leurs exportations de tourteaux de soja, qui mit en évidence la dépendance stratégique de l’Europe vis-à-vis des importations de protéines d’origine végétale.
En France, les surfaces cultivées sont ainsi passées de 500 hectares en 1977 à 500 000 hectares en 1985. Depuis la fin des années 1990, les surfaces ensemencées en pois ont eu tendance à régresser du fait de la baisse relative des aides communautaires, et de la stagnation des rendements, jusqu’à atteindre 100 000 hectares en 2008. Instauré en 200936, un « plan protéagineux » français de subventionnement spécifique a fait remonter la surface cultivée à 182 000 hectares en 2011.
Depuis le début des années 1990, le Canada, cherchant à diversifier ses productions agricoles, a doublé sa production de pois secs (cultivés principalement dans les provinces de Manitoba, Saskatchewan et Alberta) dont il est devenu le premier producteur mondial et également le premier exportateur, notamment vers l’Inde – pour des débouchés en alimentation humaine essentiellement.
En 1998, une carte génétique consensuelle du pois est établie et validée par les résultats obtenus dans trois laboratoires différents.