Pomme d’Api

Pomme d’Api : La pomme d’api est une variété de pomme (famille des Rosacées) dont une face est rouge vif, le reste étant jaune pâle. C’est un fruit de petite taille, aplati et de forme étoilée pentagonale.
L’origine de cette variété et de son nom est longuement décrite dans le Dictionnaire de pomologie d’André Leroy en 1873.
« L’ornement de nos desserts, l’Api, « Cette pomme qui veut être « mangée goulûment, sans façon, avec la peau tout entière » — écrivait avant 1688 Jean-Baptiste de La Quintinie, directeur des jardins potagers de Versailles, l’Api remonte aux dernières années du XVIe siècle. Le Lectier, d’Orléans, fut en 1628 celui de nos pomologues qui le premier la mentionna : « Petit Api et gros Api sont de garde, » dit-il à la page 23 du Catalogue des arbres cultivés dans son verger ». Olivier de Serres avait bien, en 1600, cité « la Melle ou pomme Appie » ainsi appelée, ajoutait-il, « de Appius Claudius Caecus, qui du Péloponnèse l’apporta à Rome » (Le théâtre d’Agriculture, p. 23-26); mais tout prouve qu’ici cet agronome illustre se trompa. Pline l’Ancien va le démontrer. Au livre XV de son Historia naturalis, ne lit-on pas : « Appius, de la famille Claude, est l’obtenteur des pommes Appiennes, qui lui doivent leur nom. Elles ont la peau rouge, la grosseur des Scandiennes et l’odeur du coing ».
Devant ce dernier caractère, chacun reste convaincu que l’Appienne ne saurait être l’Api, fruit fort éloigné de posséder l’odeur pénétrante du coing, puisque sa chair et son eau sont complètement inodorantes, dénuées même de saveur parfumée. Olivier de Serres aura probablement désigné là l’espèce Apium, connue aussi de le Lectier (« Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant », 1628), et maintenant appelée, par corruption, Apion dans le Midi de la France. Elle dégage une forte odeur de coing, se rapproche du volume, de la forme de l’Api, mais en diffère entièrement, ainsi que de l’Appienne romaine, par sa peau jaune d’or, toute parsemée de points gris roux.
L’Api, nullement identique avec les Appiennes, ne vient donc ni de Rome ni du Péloponnèse. Cela reste établi par l’autorité de Pline, par celle de Ménage, déclarant en 1650 « que les Mala appiana de Pline étoient différentes de nos pommes d’Apis » [Dictionnaire étymologique), puis aussi par celle du savant jésuite Hardouin. En 1585, dans ses remarquables commentaires sur le célèbre naturaliste romain, cet auteur s’aperçut effectivement que la description de la pomme Appienne ne concernait pas l’Api, et crut alors possible de la réunir à la « Petisienne », autre variété cultivée par les Romains; supposition insoutenable, vu l’absence, chez les auteurs latins, de tout détail pouvant servir à comparer ces deux espèces. D’ailleurs, un siècle et demi auparavant (1340) Charles Estienne avait déjà parlé de cette Petisienne, et de façon bien différente, car, observait-il, « elle est probablement identique avec la pomme de Paradis.
Ainsi, désaccord formel sur ce point entre ces deux érudits et j’ajoute, désaccord qui toujours renaîtra parmi les pomologues, quand ils tenteront de rattacher nos variétés à celles mentionnées par les agronomes romains, chez lesquels, sauf de très rares exceptions, on trouve uniquement le nom des fruits, au lieu de descriptions suffisantes pour les reconnaître. Maintes fois je l’ai constaté dans mes précédents volumes, en écrivant « l’histoire du Poirier »; on voit qu’à l’égard du Pommier cette indécision, ou, mieux, cette complète obscurité, se continue.
Une chose, cependant, m’étonne quant à l’origine de l’Api : c’est que l’erreur d’Olivier de Serres, faisant apporter du Péloponnèse à Rome, par Appius, cette charmante pomme, ait pu se perpétuer jusqu’en 1867, date à laquelle le Congrès pomologique attribuait encore, selon l’auteur du Théâtre d’agriculture, la même provenance à ce même arbre (voir « Pomologie de la France », t. IV, no 1} ; puis, peu après, d’entendre d’autres écrivains horticoles assurer, au contraire, qu’on ignore entièrement de quel pays il est sorti, facile était, pourtant, de produire l’état civil de ce pommier si répandu; Merlet, dans son « Abrégé des bons fruits », l’avait à trois reprises enregistré. Dès 1667, il dit ; « La Pomme d’Apis est de deux sortes, le Gros et le Petit : l’une et l’autre ont beaucoup d’eau, et n’ont point d’odeur comme les autres pommes, estant une pomme sauvage qui s’est trouvée dans la forêt d’Apis, et qui se garde très longtemps belle et bonne. ». Dans sa seconde édition, parue en 1675, Merlet reproduisit mot pour mot ce renseignement (p. 148), mais en sa troisième et dernière, celle de 1690, il le compléta sous divers rapports :
« L’Apis — y lit-on — est une pomme sauvage trouvée dans la forest d’Apis, en Bretagne… Elle se nomme en Normandie, ainsi que le Gros-Api, la pomme de Long-Bois, qui en effet s’élève beaucoup et charge par glanes ».
Ainsi c’est d’une forêt bretonne que sortit l’Api, à l’exemple du Bési d’Hérie, poire séculaire dont le berceau fut, aux environs de Nantes, la forêt d’Hérie, détruite vers 1640. Mais si je sais où cette dernière était située, j’ignore en quel lieu s’élevait celle d’Api, disparue probablement depuis un temps beaucoup plus long. Les cartes d’Ogée sur la Bretagne, gravées en 1771, m’ont seules montré près du Rheu, bourg voisin de Rennes, un petit hameau du nom d’Apigné, à l’entour duquel sont figurés quelques taillis. Serait-ce là que se voyait jadis la forêt d’Api, citée par Merlet ?… À d’autres le soin d’éclaircir ce point, encore obscur pour moi ».
Alexandre de Théis, dans son glossaire de botanique, note que le nom api viendrait du grec apios, tout comme apple en anglais et Apfel en allemand, et désignerait déjà la pomme.
Cette pomme a donné son nom à la célèbre chanson pour enfants « Pomme de reinette et pomme d’api » dont voici les paroles :

« Pomme de reinette et pomme d’api
Tapis, tapis rouge
Pomme de reinette et pomme d’api
Tapis, tapis gris ».