Civelle (poisson)

Civelle (poisson) : La civelle (mot venant du latin cæcus signifiant « aveugle ») est le nom donné aux alevins d’anguilles (anguilles argentées), des petits poissons  très prisés sur toute la côte ouest atlantique jusqu’au sud du Maroc (anguillas) vivant quelques mois en eau saumâtre (estuaires) où ils se pêchent de novembre à mars.
Avec un maximum de 2 900 alevins par kilogramme, la larve de l’anguille mesure 7 mm lorsqu’elle quitte la Mer des Sargasses pour rejoindre les eaux continentales où elle devient adulte en douze mois. Lors de son périlleux voyage, la civelle de l’anguille d’Europe rencontre de nombreux dangers. Elle est la proie des poissons prédateurs, de tortues, d’oiseaux marins puis des habitants de l’estuaire et elle doit affronter le parcours parfois très artificialisé des fleuves et rivières où elle devra encore pour survivre échapper à son principal adversaire, le pêcheur.
Jusque dans les années 1970, la pêche des civelles était surtout une activité secondaire destinée à compléter l’alimentation des habitants, agriculteurs ou riverains des cours d’eau pour la plupart. Le « plat du pauvre » était fréquemment au menu, jusque dans les cantines scolaires où les civelles étaient servies froides, sous forme de pain. Lorsqu’elles étaient trop abondantes, les poules s’en régalaient volontiers… À cette époque, l’anguille étant considérée comme un nuisible, la pêche de ces alevins n’avaient guère de limites. Peu à peu, un marché s’est organisé et l’activité s’est professionnalisée, augmentant ainsi fortement les quantités pêchées. La demande étant croissante, les quantités pêchées l’ont aussi été, atteignant 4 000 t/an dans les années 1978-1979, contre 110 tonnes seulement en 2010. Les acheteurs de cette denrée, autrefois locale, sont désormais des pays étrangers tels que l’Espagne, le Mexique, la Russie.
Récemment, un nouveau marché s’est ouvert avec les pays asiatiques qui demandent des civelles vivantes pour l’élevage. En effet, il a jusqu’alors été impossible de faire se reproduire des anguilles en captivité et la seule solution connue est de prélever des alevins. Les civelles sont élevées en Chine et revendues adultes au Japon, en Corée du Sud et à Taïwan où leur chair est très appréciée.
Les prix de vente de la civelle oscillent entre 150 et 200 euros le kilogramme ; on relève même le prix record de 1 000 euros.
Sachant qu’il faut environ 2 900 alevins pour obtenir un kilogramme, les pêcheurs prélèvent un nombre important de civelles qui n’atteindront jamais l’âge adulte et n’iront donc pas se reproduire dans la mer des Sargasses. De ce fait s’est rapidement posée la question du braconnage provoquant la diminution de la ressource voire la disparition de l’anguille. Plusieurs solutions ont été mises en place pour tenter d’y remédier.
Réglementations de la pêche à la civelle : Aujourd’hui, la pêche à la civelle est sévèrement réglementée en France.
Seuls les pêcheurs munis d’une licence sont autorisés à pratiquer cette activité, limitée dans le temps sur cinq mois, généralement de novembre à mars.
Les bateaux ne doivent pas dépasser une longueur de 10 mètres, une puissance de 150 chevaux et une vitesse de 3 nœuds. Leurs tamis à mailles très fines (diamètre de 1,20 mètre maximum) sont munis d’un long manche quand les civelles nagent en profondeur ou d’un manche plus court lorsqu’elles se trouvent à la surface. Les heures de pêche sont elles-mêmes réglementées.
La pratique de cette pêche par les professionnels atteint parfois 50 % de mortalité, (sans parler des autres alevins, bars, crevettes, soles etc… Qui eux sont rejetés par-dessus bord en état de compost).
Pour que les civelles et autres migrateurs (saumon, alose, lamproie marine, truite de mer, épinoche..) puissent mieux effectuer leurs migrations vers l’amont et leur dévalaison, les barrages doivent s’équiper en passes à poissons. Il existe des dispositifs spécifiquement dévolus aux civelles.
Malgré ceci, les populations anguille d’Europe se sont effondrées en une trentaine d’années, au point que l’anguille, qui était l’un des poissons les plus communs jusque dans les années 1970 (alors que la plupart des barrages étaient déjà construits) est devenue une espèce en voie d’extinction et classée vulnérable par l’IUCN et l’union européenne. Plusieurs causes sont pointées, qui sans doute cumulent leurs effets :
– la pêche trop intensive qui dans la seconde moitié du XXe siècle a atteint le stade de la « surpêche »,
– le braconnage (une civelle sur dix serait pêchée illégalement).
– les importants lâchers d’eau douce suscités par les grands barrages hydroélectriques,
– la pollution (l’anguille est un poisson gras qui accumule de nombreux polluants solubles dans les graisses (pesticides, dioxines, furanes et PCB en particulier). Elle se nourrit volontiers dans les sédiments qui au fil des années ont accumulé des métaux lourds, des pesticides et de nombreux autres polluants. Il est possible que femelles et mâles soient au moment de la reproduction (en mer des Sargasses) victimes des effets de perturbateurs endocriniens qu’ils ont accumulés dans leur organisme quand ils ont grandi dans les eaux douces.
– l’introduction d’espèces invasives et de parasites
– la diminution des zones humides (en taille, nombre et qualité).
Ce sont autant de facteurs qui concourent à l’extinction de la civelle dans de nombreuses régions d’Europe et d’Amérique.
Dans le sud-ouest de la France on les appelle pibale. La pibale est consommée soit frite soit à l’huile d’olive, avec du piment d’Espelette et du jus de citron ou encore avec une persillade, les pibales étant déglacées au vin blanc (marinière).