Crevette – Classification des crevettes et généralités

Classification des crevettes : Les « vraies » crevettes se retrouvent toutes dans l’ordre actuel des décapodes, dans l’infra-ordre Caridea, notamment.
D’autres groupes de crustacés dont l’allure est proche de celle des « vraies » crevettes peuvent toutefois parfois être désignés ainsi : il s’agit des euphausiacés, pour les krills, et des mysidacés.
Le premier usage du terme en français apparait dans le Quart Livre de François Rabelais.

Décapodes : Il s’agit généralement des espèces parmi les plus grosses de l’ordre des décapodes (Decapoda, qui comprend aussi les crabes, écrevisses, homards, langoustes et galathées) avec cinq paires de pattes sans crochets mais dont les cils facilitent la nage ; elles sont de forme allongée et leur carapace est segmentée et sépare l’abdomen de la tête  (qui soutient aussi des antennes très développées et des mandibules). Bien que d’apparences similaires entre elles, ces crevettes se distinguent par leur structure branchiale qui les classe dans des sous-ordres et infra-ordres différents :
Tout d’abord l’Infra ordre Caridea : ce sont les « crevettes vraies » a proprement dites. Cet infra ordre comprend 16 super familles, aux espèces énormément diverses. On y trouve notamment :
– Les crevettes roses ou bouquet. Ce terme dénomme les espèces du genre Pandalus. Ce sont les crevettes « types », et les plus connues. La coloration rose n’est due qu’à l’effet de la cuisson : vivantes, ces espèces sont normalement translucides.
– Les crevettes grises ou communes, qui sont les espèces du genre crangon (Dont Crangon crangon) et qui sont les plus pêchées.
– Les crevettes-barbier : cette crevette  » nettoyeuse  » des parasites des poissons est du genre Lysmata grabhami. Elle  est l’équivalent Atlantique de Lysmata amboinensis. Les deux crevettes ont les antennes blanches et ne se distinguent que par le dessin de la queue.
Le sous ordre Dendrobranchiata, qui comprend :
– Les crevettes pénaéïdes, qui appartiennent à la super-famille des Penaeoidea (dans le sous-ordre Dendrobranchiata). Il en existe de nombreux types, de genres différents. On y trouve notamment le genre Penaeus, qui comprend la crevette brune (dite crevette varoise), la crevette bleue, la crevette banane…

– Les gambas (famille des Aristeidae), ou crevettes géantes.
Enfin, les infra ordre des Stenopodidea et des Caridea comprennent des espèces de crustacés décapodes à morphologie rappelant les crevettes vraies, appelés crevettes nettoyeuses. En effet, elles nettoient de leurs parasites les poissons qui en ont besoin. En échange de nettoyage, les crevettes mangent les parasites extraits de l’hôte.
– Krills : Le nom crevette désigne parfois aussi le krill (de l’ordre des Euphausiacea). Il fait partie du zooplancton. Par rapport aux autres crevettes ou crustacés, le krill possède une paire de pattes supplémentaires, souvent atrophiée, sous l’avant de l’abdomen et sa tête carapacée porte des antennes moins importantes. On y trouve notamment :
1. le krill antarctique, l’espèce la plus abondante sur Terre.
2. le krill arctique (présent aussi dans l’Atlantique Nord), dont fait partie la crevette nordique.

– Crevettes-mantes : Les espèces de l’ordre Stomatopoda rappellent vaguement les crevettes vraies, mais il ne s’agit pas de décapodes ; ils forment un ordre à part chez les crustacés. Ces animaux, appelés aussi squilles, doivent leur nom de « crevettes-mantes » à leur morphologie rappelant la crevette et à leurs pinces lestées de calcaire, repliées sous le corps de l’animal et très ressemblantes à celles de la mante religieuse. Comme elle, le crustacé déploie ses bras en une fraction de seconde pour capturer une proie à proximité.

– Mysidacées : Les Mysidacea est un groupe de crustacés du superordre des Peracarida, comprenant les deux ordres actuels Mysida et Lophogastrida, ainsi que l’ordre fossile des Pygocephalomorpha. Des données récentes indiquent que malgré leurs ressemblances externes, ces trois ordres ne seraient pas monophylétiques, et le taxon Mysidacea pourrait ainsi bientôt être obsolète.

Généralités sur la crevette : La reproduction de la crevette : Les crevettes sont unisexuées (mâles ou femelles). Cependant, certains mâles peuvent se transformer en femelles après un certain temps, qui en moyenne se situe autour des deux ans.
De plus, la crevette femelle ne peut s’accoupler qu’après avoir effectué sa mue (changement de carapace). Cette capacité se retrouve notamment chez les crabes. En prenant en compte ces conditions, la femelle ne peut s’accoupler que trois fois par an : en général le cycle printemps, été et milieu de l’hiver est respecté.
La quantité d’œufs pondus par la femelle croît en fonction de son âge. Ainsi, à l’âge de trois ans, une crevette femelle peut pondre plus de 25 000 œufs. Une fois fécondés, les œufs sont suspendus par la femelle à son abdomen à l’aide d’un mucus naturel collant sécrété sur les soies, protection de la future progéniture face à ses congénères, ou autres prédateurs. Elle portera les œufs jusqu’à leur éclosion.
La durée d’éclosion varie selon la température de l’eau, et donc des saisons ; en été le processus peut prendre quatre semaines, alors qu’en hiver il peut durer jusqu’à environ trois mois.
On peut connaître l’avancement de la maturation d’un œuf grâce à sa couleur ; en effet plus l’œuf est foncé, plus il est mature et donc proche de l’éclosion.
Une fois les œufs éclos, la crevette ne se pose pas au sol ; elle nage dans l’eau et ne se posera qu’au bout de quelques mois au fond de l’eau.
La crevette grise était intensivement pêchée sur les littoraux d’Europe de l’Ouest au xixe siècle. Elle a localement fortement régressé
Pêche de la crevette : La crevette grise se pêche sur les grandes plages de sable fin en poussant un filet appelé pousseux, haveneau, havenet, bichette, ré, embrasseau, etc
On pousse ce filet parallèlement à la côte, avec l’eau jusqu’aux cuisses. Le pousseux est, comme son nom l’indique, poussé sur le fond. Les crevettes, qui s’enfouissent dans le sable, sont ainsi délogées, et réceptionnées dans la poche du filet, ou le pêcheur n’a plus qu’à les prendre.
La crevette rose, ou bouquet, se pêche, elle, sur les côtes rocheuses, où le pêcheur raclera son épuisette contre la paroi des roches recouvertes d’algues.

Alimentation et sécurité alimentaire avec la crevette : Beaucoup d’espèces sont comestibles et constituent donc des espèces commerciales ou des ingrédients de cuisine. La plupart étant dépositivores (se nourrissent de particules déposées sur le fond), elles sont susceptibles de contenir certains polluants qui se déposent sur les fonds où elles vivent : PCB, etc. Certaines espèces ont un taux de cuivre inhabituellement élevé pour des organismes marins. On ne peut pas parler de contamination car il est dû à un pigment sanguin à base de molécules de cuivre, l’hémocyanine, naturellement produit par la crevette.
Certains attribuent la décoloration orange de la crevette dite rose au moment de la cuisson à la forte teneur en cuivre de l’animal. Cependant, cette couleur provient en réalité de l’astaxanthine, dont la molécule ne présente aucune trace de cuivre.

L’élevage des crevettes à grande échelle est en plein essor, notamment en Asie du sud-est, et de manière parfois peu contrôlée. Cet élevage est particulièrement rentable étant donné le cycle de vie très court des crevettes, leur capacité à vivre en grande densité et leur régime alimentaire extrêmement généraliste. Pour ces mêmes raisons, cet élevage fait largement appel à des aliments issus de chutes industrielles (notamment des farines animales obtenues par recyclage des déchets, y compris les os et les cuirs). La crevette constitue ainsi une sorte d’équivalent du porc pour la mer : elle absorbe tous les déchets, ainsi que les pesticides et produits chimiques qui peuvent y être inclus.
Cet élevage a également un impact social et environnemental parfois préoccupant, puisqu’il se pratique en grande partie sur des littoraux tropicaux, et entraîne la conversion massive d’écosystèmes fragiles (récifs de corail, mangroves…) en fermes intensives souvent polluantes voire insalubres. Une étude de 20016 attribue ainsi à l’élevage de crevette la principale responsabilité dans le déclin spectaculaire des mangroves dans le monde, qui s’élève à plus de 35% pour la seule décennie 1980.