Huile de colza – Consommation et controverse ancienne

Dans les années 1960, l’huile de colza a fait l’objet d’études de nutrition sur des rats qui faisaient apparaître des lésions cardiaques, apparemment liées à la consommation d’huile érucique. Des associations de consommateurs se sont alertées et ont demandé son interdiction.
En France une importante controverse publique a eu lieu à ce sujet pendant toute la décennie 1970. Ce débat, que le gouvernement a cherché à neutraliser, portait bien au-delà des seules propriétés supposées ou avérées de l’huile de Colza, mais touchait aussi à la politique agricole, et aux choix qui y avaient présidé. Cette controverse intervenait dans un contexte de guerre commerciale, notamment entre l’Europe et les États-Unis au niveau des oléo-protéagineux et de l’alimentation animale. Concernant l’huile elle-même, les autorités françaises annoncent des mesures dilatoires à l’intention du grand public, tout en lançant un programme accéléré d’obtention de Colza 0 (sans acide érucique). En un temps très bref, une nouvelle variété est ainsi homologuée (peu résistante aux maladies elle sera remplacée par la variété mise au point avec la maison Ringot qui sera inscrite au catalogue en 1977). En 1974 les associations contestent l’innocuité prêtée au Colza 0 ; ayant déjà eu gain de cause sur des aspects réglementaires (étiquetage…) en butte à une forte détermination du gouvernement, ces associations ne poursuivent pas leur action. Des études ultérieures mettront en avant le rôle bénéfique de cette huile du fait de sa forte teneur en omega3.
L’huile de colza a été retirée, dans la pratique, de l’alimentation humaine, ce qui a permis à l’huile de tournesol de remplacer l’huile de colza sur le marché. Depuis, l’étude sur les rats a été relativisée et parallèlement, le colza a été sélectionné pour en ôter l’acide érucique. En dépit de cela, le nom de l’huile de colza a été associé pendant longtemps à une image de dangerosité alimentaire, qui n’a été finalement corrigée que dans les années 2000.Surtout depuis les années 2000, plusieurs arguments sont avancés pour mettre en valeur l’huile de colza :
-sa faible teneur en acides gras saturés (7 %).
-sa teneur en oméga-3, catégorie d’acides gras dont l’intérêt nutritionnel a été mis en avant dans plusieurs études scientifiques, ainsi que dans des livres grand public.
-son rapport oméga-6/oméga-3 de 1,9 (faible) permettant de se rapprocher de la valeur moyenne apportée par l’alimentation conseillée par l’ANSES (rapport 5), les autres apports alimentaires – la graisse de bœuf ou de canard par exemple – présentant un rapport beaucoup plus élevé. L’huile de colza se classe mieux que l’huile de noix (4,2), l’huile de soja (6,9), l’huile de germe de blé (7,1) et l’huile de tournesol (plus de 100).
Actuellement, selon l’ANSES, le rapport de la consommation oméga-6/oméga-3 actuel en France est fortement déséquilibré. Selon des études récentes de consommation alimentaire21, il serait compris entre 10 et 15, avec une moyenne à 12. L’ANSES recommande d’augmenter la consommation d’oméga-3 et de diminuer la consommation d’oméga-6 pour atteindre un rapport de 5.
De nombreux spécialistes des oméga-3 pensent qu’un rapport plus bas serait souhaitable car plus proche des conditions de vie datant d’avant l’ère industrielle. Notre physiologie, notre biochimie et nos gènes seraient adaptés à un rapport plus bas, qui a augmenté seulement très récemment avec l’élevage intensif et l’alimentation des animaux en céréales (maïs et tournesol, riches en oméga-6) au lieu des végétaux habituels (moins riches en oméga-6 et contenant davantage d’oméga-3).
Le caractère néfaste de l’excès d’oméga-6 dans l’alimentation est maintenant reconnu. Les huiles de tournesol et de maïs, et les graisses animales, en sont de grands pourvoyeurs. L’huile d’olive contient une certaine proportion d’oméga 6, le ratio oméga 6/oméga 3 étant d’un peu près 10:1 bien qu’on considère que cette huile a des effets anti-inflammatoires.
Il est important de noter que bien que les oméga 6 soient néfastes lorsque le ratio excède les 5:1, ils ont un effet anti-inflammatoire lorsque la quantité d’oméga 3 est adéquate (ratio en dessous de 5:1, l’idéal étant 1:1).
Cela s’explique par le processus de métabolisation des oméga 6, s’il n’y a pas assez d’oméga 3, les oméga 6 ne seront pas métabolisés en des acides gras anti-inflammatoires comme l’acide dihomo-gamma-linoléique, ce dernier permettant de bloquer la conversion de l’acide arachidonique, acide gras à caractère relativement inflammatoire. Pour pouvoir bien métaboliser ces oméga 6, il faut donc des oméga 3 mais également de la vitamine E (indispensable pour assurer l’effet anti-inflammatoire des oméga 3), du magnésium, des vitamines A, C, B6 et du zinc.
* Ce n’est donc pas la quantité d’oméga 6 qui compte mais le ratio oméga 6/oméga 3, malheureusement une grande partie des aliments gras courants contiennent beaucoup d’oméga 6.
L’huile de colza serait donc la meilleure huile à consommer au quotidien, avec l’huile de noix et l’huile d’olive. Le conseil de « varier les huiles » devrait donc surtout s’appliquer à ces trois huiles, et ne pas inclure des huiles trop riches en oméga-6 (tournesol, maïs, soja, pépins de raisin, arachide). L’huile est disponible pure ou en mélange. Elle doit être conservée à l’abri de la lumière pour limiter sa dégradation.
Aux États-Unis, une allégation concernant la réduction des maladies cardio-vasculaires a été approuvée par la FDA en 2006.