Sushi – Généralités et marché des sushis

Commercialisation des sushis : Au Japon, on peut manger des sushis dans un restaurant spécialisé, un sushiya luxueux mais aussi dans un bar à sushis au comptoir ou bien dans un kaitenzushi (littéralement « sushi tournant ») où les plats bon marché de couleurs différentes suivant leur prix tournent tout autour de la table (Voir, par exemple, le restaurant Sushi train à Genève – Suisse). Même dans ce pays pourtant réputé cher, on peut trouver dans les grandes villes des sushis tournants où les plus gros appétits seront satisfaits pour seulement une douzaine d’euros.
On en trouve également dans les supérettes japonaises, les konbini, de 400 à 600 yens (3 à 5 euros) la barquette. Dans les restaurants japonais, les plats sont parfois présentés en vitrine, sous forme d’une copie en plastique appelée sampuru. Cela permet au client de se rendre compte de l’aspect du plat qui lui sera servi. Certains amateurs collectionnent ces reproductions de tous les types de sushis.

En Europe, diverses filières permettent d’acheter des sushis. Plus particulièrement en France, les restaurants japonais dans leur très grande majorité proposent des menus sushis et yakitori parfois ensemble dans un même menu, ce qui est fort peu traditionnel de la consommation habituelle japonaise. On peut trouver aussi des kaitenzushi ou encore des chaînes de restauration orientées vers la livraison à domicile. Les autres types de commercialisation des sushis incluent la fabrication de sushis en temps réel en grande surface et les sushis industriels disponibles au rayon frais comme au rayon surgelé.
Nutrition et santé  : Le poisson est un aliment généralement considéré comme bon pour la santé, y compris les poissons gras riches en oméga-3, mais le poisson cru peut être à l’origine d’infections et de parasitoses (ex : Anisakiase (Anisakidés, nématodes parasites, bothriocéphales), Staphylocoque doré, Bacillus cereus), qui semblent, selon l’U.S. Food Drug Administration en augmentation aux États-Unis, à la suite de la consommation de poisson cru et certains poissons situés au sommet de la chaîne alimentaire (thon rouge par exemple) peuvent avoir bioconcentré certains polluants (PCB, dioxines, méthylmercure notamment).
Le risque de parasitose est diminué par des moyens simples : éviscération précoce des poissons et lavage rapide (dans les trois heures suivant la mort, afin d’empêcher la migration du parasite dans les muscles). Une détection des parasites déjà présents dans la chair est facilitée par « mirage » (observation par transparence à la lumière) des filets. Et si on ne veut pas cuire le poisson à cœur, une congélation (à au moins −20 °C durant au moins 72 heures, 24 heures suffisant pour certains) permet de tuer les parasites, mais en restant sans effet sur les polluants métalliques (plomb, mercure, cadmium). En France, les professionnels de l’alimentation désirant vendre ce genre de produit ont pour obligation de faire un contrôle visuel pour s’assurer de l’absence d’infestation visible par des parasites et un traitement par la congélation à −20 °C pendant au moins 24 h pour les produits à risque.
Selon la diététicienne anglaise Rachel Beller, auteur de Eat to lose, Eat to win, « un rouleau de sushi typique contient entre 290 et 350 calories. C’est aussi l’équivalent glucidique de deux à quatre tranches de pain ». Les sushis contiennent une très faible quantité de poisson, et le riz qui les accompagne est trop sucré et trop salé. Les sashimis par-contre contiennent des graisses oméga-3, des vitamines et des minéraux, et peu d’hydrates de carbone.
Les Japonais digèrent plus facilement les sushis : leur microflore intestinale est équipée de porphyranase, enzyme dégradant le porphyrane (polysaccharide des parois de Porphyra utilisée dans les sushis). Cette porphyranase étant présente chez des bactéries marines, les chercheurs pensent que les Japonais, grands consommateurs de sushis depuis des siècles, ont probablement hérité de cette capacité à dégrader les fibres des algues par transfert latéral des gènes bactériens marins vers le génome des bactéries de la microflore intestinale.

Production des sushis : Il est difficile de dater avec certitude l’apparition des premiers sushis. Elle aurait eu lieu aux alentours du Ve siècle av. J.-C., date à laquelle la riziculture s’installa au Japon.
Historiquement, le riz servait à la conservation du poisson. Les Chinois, inventeurs de la méthode (par fermentation du riz et production d’acide lactique) jetaient le riz après fermentation. Cette méthode disparut de Chine par la suite. On trouve les preuves du développement de cette consommation durant l’Époque de Nara, par exemple le temple Kin-jinja de la préfecture de Shiga, dédié au champignon utilisé pour la production de narezushi. Dans ce type le plus primitif de sushi, le poisson était salé et enrobé dans du riz fermenté. Le nare-zushi était constitué d’un poisson éviscéré et pouvait être stocké pendant des mois, le riz fermenté préservant le poisson de la pourriture. Au moment de le manger, le riz fermenté était jeté et seul le poisson était consommé. Ce type de sushi était une source de protéines importante pour les Japonais.
À l’ancêtre narezushi, les Japonais ont préféré le namanare ou le namanari (生成, なまなれ, なまなり). Pendant la période Muromachi, namanare était le type le plus populaire de sushi. Le namanare était du poisson cru enveloppé dans du riz, consommé frais, avant que son goût ne s’altère. Contrairement au primitif narezushi le namanare est un plat, et plus uniquement une méthode de conservation du poisson.
Après le narezushi du VIIIe siècle et le namanare moyenâgeux, un troisième type de sushi est introduit, l’haya-zushi (早寿司, 早ずし). L’haya-zushi était assemblé de manière à ce que le riz et le poisson puissent être consommés en même temps. Le riz n’était plus utilisé pour sa fermentation mais mélangé à du vinaigre, du poisson, des légumes et divers ingrédients séchés. Ce type de sushi est toujours populaire de nos jours, chaque région possédant une déclinaison locale de ce type de sushis.
Au début du XIXe siècle, les yatai, de petites échoppes de rues vendant de la nourriture, deviennent populaires à Edo. C’est à ce moment que le nigiri-zushi (握り寿司) fut créé : consistant en un amas de riz oblong surmonté de poisson cru, il est le sushi connu mondialement. Après le séisme de 1923 de Kantō les chefs préparant les nigiri-sushi ont quitté Edo et se sont dispersés dans le Japon, popularisant le plat à travers le pays. Il a été inventé par Hanaya Yohei (華屋与兵衛 ; 1799–1858) à Edo à la fin de l’époque Edo.
Dans les restaurants les plus respectueux de la tradition, on peut trouver des itamae (板前, chef) spécialisés dans les sushis (le vocable itamae désigne un chef, qui peut être spécialisé dans les sushis ou dans un autre type de cuisine). Les chefs sont traditionnellement formés au Japon après des années d’apprentissage et d’entraînement. On distingue les grades de commis, de wakiita qui possède des devoirs étendus et enfin de chef.
Dans les restaurants moins huppés, des machines automatiques permettent la production en grand nombre de sushis et de maki. Le riz peut aussi être industriellement précuit et soit transporté en vrac dans de grands récipients soit en rectangles pré-formés pour les supermarchés, les hôtels, les traiteurs et les restaurants de sushi. Il existe enfin une production industrielle du sushi à destination des supermarchés, frais à consommer rapidement ou surgelé.
Les sushis industriels et la grande distribution : Les sushis sont devenus un important phénomène de mode dans de nombreux pays occidentaux, et notamment en France. En conséquence, de nombreux restaurateurs asiatiques se sont tournés vers ce type de produits (essentiellement des non-japonais : chinois ou vietnamiens), qui permet d’exercer des marges de bénéfice spectaculaires avec un investissement minimal. La plupart des supermarchés français proposent ainsi de nos jours des sushis industriels prêts à consommer (par exemple de la marque Sushi Gourmet), et plusieurs chaînes de restauration rapide ou de livraison à domicile ont également investi cette niche (comme Planet Sushi). Ces sushis industriels sont préparés longtemps à l’avance et en très grandes quantités à partir de poisson surgelé, ce qui nécessite d’ajouter un certain nombre d’additifs pour que le produit conserve ses propriétés visuelles, à défaut de ses qualités gustatives et nutritionnelles. Ainsi, le riz y est souvent « gonflé » au sirop de glucose-fructose et à la mélasse (qui le rendent plus sucré et donnent faim), additionné d’exhausteurs de goût (notamment le glutamate monosodique E621), et des colorants comme le Rouge allura AC (E129), un dérivé pétrochimique soupçonné d’être neurotoxique.
Économie du sushi : Le sushi est devenu un plat international, consommé au Japon, mais aussi dans les pays asiatiques (Chine, Asie, Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan) en Amérique, en Europe. La cuisine japonaise, considérée comme saine et équilibrée, s’est répandue dans les années 1990 à travers le monde. En 2012, on comptait environ 30 000 restaurants dits japonais dans le monde : 14 000 en Amérique du Nord, 10 000 en Asie et 2 500 à travers l’Europe. On estime à 66 % la proportion de sushis parmi les restaurants japonais en Amérique du Nord.
Marché du sushi : La nation consommant le plus de sushis en Europe est la France. En 2010, on compterait en France 1 580 restaurants de sushis contre 1 750 fast-food de hamburgers. Cependant le chiffre d’affaires annuel du premier serait de 864 millions d’euros contre 4,5 milliards d’euros pour le second. En 2011, on compterait 1 600 restaurants de sushis, soit 1 % de la restauration commerciale, pour un chiffre d’affaires annuel de 690 millions d’euros. 70 % des commandes sont à emporter, 66 % des restaurants sont à Paris. Les restaurants japonais leaders en France ont régulièrement fait appel à des chefs français tels que Thierry Marx ou Cyril Lignac pour adapter leurs produits aux attentes des consommateurs français.
Sushi Shop, fondé en 1998, est en 2011 la plus grosse chaîne de sushis en France avec 70 restaurants (la chaîne travaille avec la cheffe Anne-Sophie Pic), suivent Planet Sushi (39 restaurants), Eat Sushi (33), et O’Sushi. Le leader français du marché du sushi à destination des supermarchés en frais ou en surgelé est Yedo Sushi. Le leader sur le marché des sushis préparés directement en supermarché est la société KellyDeli, qui opère les stands des supermarchés Carrefour.
Le marché japonais du sushi est énorme, la taille du marché étant de 1500 milliards de yen (environ 11 milliards d’euros), la part de marché des kaitenzushi étant de 500 billion de yen (soit près de 4 milliards d’euros). La production étant très inférieure à la demande, le Japon importe beaucoup de produits de la mer. Les produits les plus importés pour la préparation des sushis sont les crevettes, le thon, le saumon et la truite. On estime à 45 000 le nombre de restaurants de sushis au Japon.
La cuisine japonaise aux États-Unis d’Amérique est principalement le fait de chefs américains : environ 10 % des établissements dits japonais sont effectivement tenus par des Japonais. Elle est en vogue, puisque les ouvertures de restaurant japonais a augmenté de 250 % entre 2002 et 2012. Grand marché en Californie, l’industrie du sushi aux États-Unis d’Amérique se rapproche donc d’une cuisine fusion.
Impact environnemental des sushis : Alors que de nombreux stocks de poissons sont en régression, la demande en thon rouge n’est pas sans conséquence sur les stocks halieutiques, notamment en Méditerranée où la surpêche de cette espèce préoccupe les ONG et la commission européenne.
Le sushi dans la culture : Il est traditionnel de servir du chirashizushi lors de Hina matsuri (雛祭り, littéralement « fête des poupées ») une fête qui a lieu au Japon le 3 mars, jour consacré aux petites filles. Il existe aussi les ehōmaki (恵方巻), de longs makis qui doivent être mangés en un seul morceau lors de Setsubun, une fête de début d’année.
Les restaurants de sushis occupent une bonne place dans la liste des restaurants étoilés par le Guide Michelin ; 5 restaurants japonais de sushis ont 3 étoiles.
Les « mangas culinaires » sont des mangas ayant pour cadre le milieu gastronomique ; certains, comme J’aime les sushis par exemple, ont lieu dans l’univers du sushi.
Le film Jiro Dreams of Sushi est un documentaire sur Jirō Ono, un des meilleurs maîtres sushi au monde, tenant un petit restaurant de sushis dans une station de métro de Tokyo ayant reçu 3 étoiles au guide Michelin. Le film français Sushi sushi a pour cadre le milieu du sushi en France.
L’épisode City Sushi de South Park a pour histoire la lutte entre le tenancier du City Wok et du City Sushi. Le groupe de hard rock Mr. Big a appelé un de ces albums Raw Like Sushi. Il existe une reprise d’une chanson de Serge Gainsbourg ayant pour titre L’Homme à tête de sushi.