Phytate

Phytate : Le phytate ou acide phytique ou acide myo-inositol hexaphosphorique est une biomolécule de formule brute C6H18O24P6. Elle est naturellement présente dans les graines2, plus précisément dans l’enveloppe ou le son de nombreuses céréales et légumineuses, en général sous la forme de sel de calcium ou de magnésium. L’acide phytique a en effet la propriété de chélater divers cations (Zn2+, Cu2+, Co2+, Mn2+, Ca2+, Fe2+) en formant des sels insolubles, les phytates. Cette propriété est exploitée en œnologie : le traitement au phytate de calcium est le seul qui soit autorisé (en France) pour déferrer les vins rouges (les vins blancs et rosés peuvent être déferrés au ferrocyanure de potassium).
En nutrition humaine : En raison de son effet chélatant (groupements phosphates anioniques qui séquestrent les cations), l’acide phytique peut contribuer, dans certains cas, à diminuer la biodisponibilité des minéraux et entraîner des déficits en calcium, fer, zinc… C’est notamment le cas lors de la « révolution néolithique » : sauf les ruminants (dotés d’un microbiote intestinal possédant un équipement enzymatique original, avec notamment ces phytases), les mammifères, hommes inclus, ne peuvent hydrolyser les complexes phytiques. Or, les premières céréales cultivées ont des graines riches en ces composés servant de défense contre les herbivores. Ce facteur a probablement joué un rôle dans la diminution croissante de la taille des hommes du Néolithique, de plus de 10 cm, phénomène lié en partie à cause de changements génétiques lorsqu’ils se sont adaptés au réchauffement climatique, mais aussi à leur alimentation : graines des céréales cultivées riches en acide phytique déminéralisant, baisse de l’apport protidique animal (liée à la diminution de la chasse au gros gibier et la consommation d’animaux d’élevage plus gras), agressions nutritionnelles (disettes et famines, conséquences des aléas climatiques sur les monocultures et des divers conflits), plus grande exposition aux épidémies (favorisées par la sédentarisation et les carences protéiques).
Bien que les graines sélectionnées depuis sont moins riche en acide phytique, cet effet de déminéralisation persiste et peut conduire aujourd’hui à des carences, notamment en fer, en calcium et en zinc.
Le pain : Cet effet de déminéralisation s’observe plus chez les consommateurs de pains à base de farines complètes (l’acide phytique étant très majoritairement présent dans les enveloppes des céréales) n’ayant pas subi une fermentation à base de levure / levain traditionnel(le). La fermentation au levain naturel (sans levure de boulanger, ni levure chimique) est lente et produit une acidité (pH<5.5) qui active des enzymes, appelées phytases, présentes dans la farine, produites par les levures, et surtout par les bactéries. Ces phytases dégradent l’acide phytique en inositol et phosphore minéral.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’une vitamine à proprement parler pour l’espèce humaine (capacité de synthèse par l’organisme), l’inositol appartient au groupe des vitamines B (« vitamine » B7). Environ 80 % du phosphore contenu dans les céréales est sous forme d’acide phytique. Il est donc aisé de comprendre le double intérêt nutritionnel de la panification au levain en ce qui concerne l’acide phytique, ceci en particulier pour les végétariens et, encore plus, les végétaliens dont les apports minéraux se font essentiellement par les céréales et légumineuses qu’ils consomment.
L’acide phytique est très souvent accusé de déminéralisation mais son action sur les différents minéraux est complexe et ne fait pas l’unanimité chez les scientifiques.
Amidon : La digestibilité de l’amidon est réduite par l’acide phytique. 2% d’acide phytique ajouté à de l’amidon de blé cru, réduit de 50% le taux de digestion de l’amidon. L’ajout de calcium normalise cette réduction, le calcium se liant avec l’acide phytique.
Minéraux : Le zinc : son absorption semble affectée par l’acide phytique. Une étude montre une diminution d’absorption d’environ 20 % avec un apport en acide phytique triplé. Mais les résultats sont sujets à controverse car les groupes examinés n’avaient pas une alimentation équivalente. Comme le notent les auteurs de l’étude, absorber 8 % de 3,5 mg de zinc contenu dans du pain complet apporte une quantité de zinc plus importante qu’avec la même quantité de pain blanc, dont 38 % du zinc est assimilé, mais qui n’en contient que 0,4 mg.
Une autre étude portant sur des rats démontre que ceux nourris à la farine complète ont globalement un meilleur apport en minéraux que ceux nourris à la farine blanche : l’acide phytique réduit en effet l’absorption de certains minéraux, mais ceux-ci sont présents en plus grande quantité dans la farine complète.
Une étude réalisée sur des porcs montre un effet comparable entre un ajout de zinc à la ration alimentaire de porcs et un ajout de phytase (une enzyme qui clive le phytate). La phytase a aussi pour effet de réduire le rejet de zinc par les porcs. Ces rejets de minéraux, en particulier le phosphore, participent à l’eutrophisation des milieux. Pour ces deux raisons (rejets et assimilation) des essais de transgenèse avec des gènes de phytase ont déjà été effectués sur les végétaux et sur les porcs eux-mêmes.
Une étude réalisée sur une population d’enfants iraniens et égyptiens mit en évidence le concept de biodisponibilité du zinc. Les enfants consommant un pain complet élaboré sans levain, mais riche en zinc, souffraient paradoxalement de plus de troubles associés à une carence en zinc (retards de croissance) que ceux consommant un pain blanc, élaboré au levain, mais plus pauvre en zinc : la phytase du levain rend le zinc disponible pour être assimilé.
Le cuivre : selon une étude, l’acide phytique n’a aucun effet sur l’absorption du cuivre. En outre, il ressort de cette étude que la métabolisation du cuivre peut varier sensiblement d’un individu à l’autre facteur indépendant de la teneur en acide phytique et en fibres. Il faut aussi savoir que l’absorption du cuivre est corrélée à celle du zinc.
Le magnésium : l’inhibition de l’absorption du magnésium est dose-dépendante quant à la quantité d’acide phytique.
Le fer : L’acide phytique est un agent chélateur du fer mais le monophytate ferrique contenu dans le son de blé est hautement biodisponible et n’affecte pas l’absorption du fer.
Solution à la déminéralisation : Il suffit de détremper les céréales pendant une nuit dans un milieu légèrement acide, de l’eau légèrement citronnée par exemple.
Il est conseillé d’éviter les préparations industrielles avec des céréales complètes non fermentées. En effet le pain complet au levain naturel élaboré suivant un processus lent (comme le permet le trempage des grains) permet l’action des enzymes de type phytase rendant ainsi plus élevée la biodisponibilité et l’assimilation de la richesse minérale des céréales complètes.