Vins de la vallée du Rhin

A l’instar du Rhône, de la Loire ou du Danube, le Rhin est un grand fleuve à vin. Le Rhin (Rhein) long de 1 320 km prend sa source en Suisse et se jette en mer du nord dans un grand delta situé aux Pays-Bas. Il longe ou traverse six pays : la Suisse, le Liechtenstein, l’Autriche, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Pas étonnant qu’il fut de tout temps un fleuve frontière. Victor Hugo (1802-1885) disait qu’en 30 siècles, il avait tutoyé 30 peuples. Sur ces deux rives, depuis le lac de Constance, à la frontière entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, jusqu’à Bonn, le vignoble se déroule sur les deux rives sans interruption notable.
En France, il marque d’abord et très brièvement la frontière entre la Suisse et la France puis, sur 180 kilomètres, celle entre la France et l’Allemagne constituant l’épine dorsale de l’Alsace, territoire pluriculturel balloté par des ascendants germaniques et romains. C’est là que nichés sur les flancs des collines descendant des Vosges vers la plaine du Rhin, le vignoble alsacien s’étend sur 80 km, au-dessus de la grande plaine d’Alsace. Cette ligne de terrasses, les collines sous-vosgiennes, au pied du massif des Vosges et en contre-haut de la plaine d’Alsace, est à la fois protégée des influences océaniques et bien ensoleillée, situation beaucoup plus favorable que celle du vignoble allemand qui lui fait face.

Une grande faille géologique : Il faut savoir que  ce vignoble  est planté sur une des plus formidables failles géologiques qu’ait connu l’Europe. Il y a 50 millions d’années, l’ancien massif Vosges-Forêt Noire se fracture, donnant naissance aux deux chaînes de montagnes et à un fossé d’effondrement : la plaine du Rhin. Les changements de climat et l’érosion ont ensuite modelé le paysage pour lui donner le visage que nous connaissons et sa multitude de terroirs qui fait la richesse de son vignoble. La géologie alsacienne présente ainsi une véritable mosaïque, du granit au calcaire, en passant par l’argile, le schiste, le grès occupant une superficie d’environ 15500 hectares.

Patrimoine viticole mondial de l’Unesco : En Allemagne, la partie la plus belle de la vallée du Rhin  est celle où le fleuve traverse le massif schisteux rhénan, entre Bingen et Coblence. L’Unesco a d’ailleurs classé cette région (Le Rhin moyen, le Rheingau et le Rheinhesse), sur la liste du Patrimoine  viticole mondial de l’Unesco : 120 km de coteaux viticoles abrupts, de châteaux romantiques et légendaires (celle de la Lorelei notamment). Plantées sur des terrasses, les vignes ressemblent à  des nids d’hirondelles s’accrochant aux murs. Le climat et le sol influencent le caractère de ces vins rhénans. La terre pierreuse d’ardoise et les falaises rugueuses, protégées contre le vent, sont rapidement chauffées par le soleil. Autant de conditions optimales pour le riesling, expression exceptionnelle de ce terroir riche en minerais, avec un arôme fin et une acidité mordante. Sans aucun doute, le riesling est la vedette incontestée du Rhin jusqu’à couvrir les deux tiers du vignoble.
La pax romana  laissa le long du Rhin des routes, des villes mais surtout y introduisit la culture de la vigne, dans le Palatinat notamment. Lors de la conquête de la Gaule par les armées de César, une distinction se fit entre les populations du nord du Rhin buveurs de céréales fermentées (la cervoise), donc barbares avec celles du sud du Rhin consommateurs de vin donc évidemment civilisées. L’Alsace n’est-elle pas aujourd’hui encore un concentré de ces deux approches, où bière et vin se côtoient avec bonheur !

Les abbayes dans la viticulture rhénane : Le développement de la viticulture en Alsace comme ailleurs est le fait des moines. Il s’opéra, à l’instar de Cîteaux en Bourgogne, grâce à deux monastères rhénans, l’abbayes bénédictine de Fulda (Hesse) et l’abbaye cistercienne d’Eberbach près d’Elteville dans le Rheingau. Toutes deux ont énormément fait progresser la qualité des vins rhénans.
Eberbach est  le berceau du riesling, fruit de croisements effectués par les moines. Il possède bien des avantages pour la région : il résiste au froid et il mûrit tard. C’est là, à Ebernach, qu’il sera utilisé pour la première fois à grande échelle. Cette abbaye qui était devenue  l’une des plus grandes  d’Allemagne avait également adapté  le pinot noir, amené de Bourgogne avec le succès que l’on sait.
A Fulda, on venait  de découvrir et par hasard,  les vertus de la pourriture noble, celle qui offre à Sauternes ou aux Layon (Loire), ses grands liquoreux et ici sur les bords du Rhin, le Spätlese ou vendange tardive, vin aux rendements nettement plus faibles mais au prix de vente beaucoup plus fort.

L’apogée du vignoble alsacien : Elle fut atteinte au XVIe siècle : C’est également le siècle du début des réglementations viti-vinicoles. Le vin d’Alsace devient alors un vin réputé et l’Alsace est  le premier producteur et exportateur de la région rhénane. Les vins du Rhin partaient jusqu’aux ports de la mer du nord, achetés aux Pays-Bas et aussi exportés vers l’Angleterre. Durant les siècles suivants le vignoble alsacien subit les aléas de l’histoire. Une succession de péripéties mirent à mal le vignoble, à commencer par la guerre de Trente ans au XVIIe siècle, qui mit un terme à cette prospérité. Plus tard, en 1871, l’Alsace est annexée par l’Allemagne, favorisant une production quantitative plutôt que qualitative. Le vignoble alsacien connut sa plus grande superficie vers les années 1828, avec une surface 30000 ha qui fut suivie par une crise importante de commercialisation à cause de la surproduction. Le Phylloxéra accentua encore la crise condamnant les producteurs à remplacer les cépages dévastés par des cépages hybrides de qualité bien inférieure. En 1902 la superficie du vignoble était passé à 9500 ha. Les deux tiers du vignoble alsacien avaient disparu.
Le vignoble alsacien renaît véritablement au lendemain de la première guerre mondiale lorsque les viticulteurs s’engagent dans une politique de qualité en choisissant de produire des vins élaborés à partir de cépages typiques. Dès 1945, cette politique est prolongée par la délimitation des aires du vignoble et la fixation de règles strictes de production et de vinification. Enfin, elle est couronnée par la reconnaissance des Appellations d’Origine Contrôlées Alsace en 1962, Alsace Grand Cru en 1975 et Crémant d’Alsace en 1976.

L’Alsace en chiffres :

  • 15 600 hectares de vignes AOC en production.
  • 1,15 million d’hectolitres de production annuelle moyenne de vins AOC
    (plus de 150 millions de bouteilles) dont 90% de blancs.
  •  18% de la production française de vins blancs AOC hors effervescents.
  • 119 communes viticoles.
  • une mise en bouteille à 100% dans la région de production
  • une bouteille exclusive protégée par la loi : la flûte d’Alsace
  • 4 700 viticulteurs dont 1 820 disposent de plus de 2 ha et exploitent 90 % de la surface totale du vignoble.
  • 940 opérateurs vendant en bouteilles dont quelque 210 commercialisent près de 90 % des volumes.
Vignobles surplombant la vallée du Rhin