Syrah

Syrah :  Le cépage Syrah est un cépage noir de qualité, tannique, qui donne des vins de bonne garde, dont l’arôme se développe en vieillissant.
D’abord un constat, voici un cépage, la syrah, porté aux nues partout dans le monde au point d’avoir rejoint en quelques années le groupe des six cépages les plus cultivés avec le merlot, le cabernet sauvignon, le pinot noir, le sauvignon et le chardonnay. Ses talent en font une référence internationale. Il sait se décliner en rouge, rosé, tranquille, effervescent, sec ou doux. Sa surface est passée de moins de 10 000 ha  au début des années 80, à plus de 146 000 ha aujourd’hui.  Ainsi, en un peu plus de 30 ans, a-t-il vu sa surface cultivée multipliée par 15. Aucune progression n’a été aussi fulgurante.

Qui en 1781* aurait pu imaginer le formidable destin de ce petit cépage local connu alors sous le nom de sira, sirane, sereine ou serine alors qu’il ne semblait se restreindre qu’au seul vignoble de l’Hermitage, dans les Côtes du Rhône septentrionales ? Il en est aujourd’hui la vedette incontestée, régnant sans partages (ou presque) sur de très prestigieuses appellations. Outre Hermitage (la quintessence de la syrah a-t-on pu dire !), il a gagné la Côte Rôtie, Croze-Hermitage, Cornas, Saint-Joseph, gagnant progressivement les Côtes du Rhône méridionales, l’Ardèche, la Provence et tout le Midi de la France où il fut utilisé comme cépage améliorateur. Il faut bien avouer qu’il possède de nombreuses qualités : il aime les sols pauvres, granitiques, il craint pourtant la sécheresse. Sa maturité est rapide. Il est vigoureux, il a une bonne résistance aux maladies quoique sensible à la pourriture. Ses longs rameux sont peu résistants au mistral, c’est pourquoi ils sont souvent attachés ou coupés courts. Son rendement est moyen mais plus élevé que le cabernet sauvignon. Seul, un rendement maitrisé lui garantit la qualité. Mais qui se rappelle encore qu’il servit à hermitager les plus grands Médoc lorsque la clientèle anglaise les trouvait un poil trop clairs ? Enfin, faudrait-il ajouter à cette longue liste que la syrah est l’un des cépages les plus riches en resvératrol, composé miracle aux effets cardio-protecteurs, antioxydants, anti-cancérigènes et anti-vieillissement !

* C’est à cette date qu’il est pour la première fois mentionnée avec l’orthographe sira.

Sa marche conquérante en France, sa terre d’origine semble irrésistible. Il s’y accapare près de la moitié des plantions mondiales, 70 000 ha loin devant l’Australie* avec 37000 ha suivi de l’Argentine (12 000), l’Afrique du Sud (9 800), la Californie (6 600), le Chili (2 500), l’état de Washington (1 180) et l’Italie (1 040 hectares). La Nouvelle Zélande l’acclimate depuis 2005. La syrah se développe également en Grèce, en Espagne et dans la région du Valais en Suisse. Faudrait-il assister pour se convaincre de son immense popularité au concours international Syrah du Monde, organisée chaque année par l’association Forum Œnologie ? Il se tenait en 2012 au château d’Ampuis (Côte Rôtie), l’une des prestigieuses capitales de la syrah. Six pays figuraient parmi les dix meilleures syrah 2012. L’Afrique du Sud, l’Australie et la France occupaient les trois premières places aux cotés du Chili et du Portugal.

*Il donne à l’Australie le Grand Hermitage, son vin mythique, élaboré dans la Barossa Valley en Australie méridionale. Ici, il est nommé chiraz, shiraz ou encore red hermitage. Il a été implanté en 1832. Aujourd’hui, il est l’un des cépages rouge le plus populaire d’Australie dont il représente 40% des variétés rouges. Décliné en vins effervescents, ce cépage donne naissance, par exemple, au fameux sparkling Shiraz.
Aucun autre cépage ne s’est paré d’autant de légendes. Selon la légende la plus ancienne, ce serait le vin des noces de Cana.
La plus tenace des legendes le fait venir, de Perse (Iran), de la ville de Shiraz ou Chiraz rapporté par les croisés jusque dans la vallée du Rhône, entre 1095 et 1291. Une autre voit en lui le vitis syriaca mentionné par Pline l’Ancien en Syrie. Du Moyen Orient, on passe aux Cyclades en Grèce. Ne serait-il pas originaire de l’île de Syra (ou Syros), d’où son nom. Traversons maintenant la Méditerranée jusqu’à la Sicile et la ville de Syracuse. N’est-ce pas Probus (232-282 après J.-C.), l’empereur romain qui le transposa aux abords de Lyon vers 281 ?

Toutes ces belles hypothèses furent battues en brèche par la science, en l’occurrence par des tests d’ADN. Il furent sans appel. Ainsi, en 1998, le test de paternité a permis une surprenante découverte. La syrah est le fruit d’un croisement naturel entre la mondeuse blanche (la mère) et la dureza (le père). Le mariage fut sans doute consommé dans un vignoble où les deux parents étaient cultivés, très vraisemblablement en Isère (Meredith et Boursiquot, 2008).

La mondeuse blanche (appelée dongine ou savouette) qui était autrefois largement répandue dans l’Ain, en Haute-Savoie et en Savoie n’est plus cultivée aujourd’hui que sur 5 petits hectares en Savoie. Quant au père, la dureza, il faut aller le chercher en Ardèche. C’est en effet un vieux cépage noir d’Ardèche, autrefois cultivé en mélange avec la syrah dans la Drôme et l’Isère, et dont il ne subsiste qu’un hectare éparpillé dans les vignobles. L’analyse de l’arbre généalogique complet de la syrah, fille de la mondeuse blanche et de la dureza montre bien d’autres surprises. Elle serait demi-sœur du viognier, petit-fille de la mondeuse noire, nièce du teroldego et arrière-petite-fille du pinot.

La syrah donne des vins d’une belle puissance, à la robes très colorée, sombre et profonde aux reflets violets d’encre, aux arômes de fruits rouges à noirs très mûrs (cassis, myrtille, cerise). Son nez de violette caractéristique se transforme avec le vieillissement vers des notes plus complexes où se mêlent le musc, la truffe, le cuir, le moka et des pointes épicées. La syrah permet d’obtenir des vins de grande qualité avec un potentiel de garde important.