Grimod de la Reynière (Alexandre Balthasar Laurent)

Grimod de la Reynière (Alexandre Balthasar Laurent) : Alexandre Balthasar Laurent Grimod de la Reynère est un écrivain et gastronome français (Paris 1758 – Villiers-sur-Orge 1837). Dernier-né d’une riche lignée de fermiers généraux, infirme de naissance, avec une main en forme de griffe et l’autre en patte d’oie, l’enfant, repoussé par sa mère, se révolta contre sa famille et, tout en faisant des études de droit, se fit remarquer par ses extravagances.
– Le goût du scandale : Alors qu’il venait d’obtenir son diplôme d’avocat, le jeune homme, qui avait publié des Réflexions philosophiques sur le plaisir par un célibataire, organisa un dîner mémorable, fin janvier 1783, où il convia ses invités par le faire-part suivant : « Vous êtes prié d’assister aux convoi et enterrement d’un gueuleton qui sera donné par Messire Alexandre Balthasar Laurent Grimod de La Reynière, écuyer, avocat au Parlement, correspondant pour sa partie dramatique du Journal de Neuchâtel, en sa maison des Champs-Élysées. On se rassemblera à neuf heures du soir et le souper aura lieu à dix.» Il y avait bien au milieu de la table un catafalque, et le maître des lieux affirma à plusieurs reprises que les divers mets avaient été préparés par « des cousins de son père ».
En clamant ainsi l’extraction plébéienne de ses ancêtres paternels, Alexandre, qui était effectivement petit-fils de charcutier, ne cherchait qu’à blesser sa mère, quant à elle d’origine aristocratique, mais il parvint surtout à se faire une réputation d’extravagance qu’il entretint soigneusement.
Dans l’hôtel particulier de son père, il tenait salon deux fois par semaine. Féru de littérature, il accueillait aussi bien Beaumarchais, Chénier ou Restif de La Bretonne que des rimailleurs ou des écrivains publics. La seule condition pour être admis était de pouvoir boire d’affilée dix-sept tasses de café. Il ne faisait servir que des tartines beurrées avec des anchois et, le samedi, de l’aloyau.
– De la retraite à l’épicerie : À la suite d’un scandale particulièrement éclatant, la famille du jeune avocat obtint contre lui une lettre de cachet. En avril 1786, Alexandre fut envoyé dans un couvent de Bernardins, près de Nancy, où il passa trois ans. C’est à la table du père abbé que Grimod découvrit l’art du bien manger, dans lequel il se perfectionna à Lyon et à Béziers, où il se réfugia ensuite.
Pour vivre, il choisit de se faire négociant. À Lyon, rue Mercière, il ouvrit un commerce d’épicerie, de droguerie et de parfumerie. Puis il parcourut longuement les foires du Midi.
Mais la mort de son père, en 1792, le rappela à Paris. Il renoua alors avec sa mère, qu’il sauva de l’échafaud, et entreprit de récupérer quelques bribes de l’héritage paternel, dont l’hôtel des Champs-Élysées, où il se remit à organiser des dîners extravagants.
– Une vocation de gastronome : Grimod se tourna ensuite vers une institution nouvelle, les restaurants. C’est de cette façon que naquirent les huit numéros de l’Almanach des gourmands, 1804-1812, guide anecdotique et pratique de Paris, comportant un « itinéraire nutritif», qui connut un grand succès. En 1808, il publia un «   Manuel des amphitryons », pour enseigner aux parvenus du « Nouveau Régime » l’art de recevoir. Il avait en outre institué un jury dégustateur, qui délivrait aux mets et aux victuailles que lui envoyaient des fournisseurs désireux de se faire de la publicité une sorte de brevet appelé «légitimation ». Parmi les membres les plus influents de ce jury, on comptait Cambacérès, le marquis de Cussy et le médecin et gastronome Gastaldy.
Le jury dégustateur dut cependant bientôt cesser de siéger, car certains jugements entraînèrent des protestations, et l’on accusa même Grimod de partialité intéressée.
Menacé de procès, il dut suspendre la publication de son almanach. À la mort de sa mère, il hérita des restes d’une immense fortune, épousa la comédienne avec laquelle il vivait depuis vingt ans et se retira à la campagne, où venaient le visiter ses amis de toujours. Il devait mourir un jour de réveillon.