Raison : n.f. (mot venant du latin ratio « calcul », « faculté de raisonner » et « jugement, intelligence », qui a donné aussi ration).
Le mot « raison » a de très nombreuses acceptions :
I) Pensée, jugement
A. la raison.
Attribut de l’être sensé, rationnel.
1. La faculté pensante et son fonctionnement, chez l’être humain ; ce qui nous permet de connaître, de juger et d’agir conformément à des principes (compréhension, connaissance, entendement, esprit, intelligence, pensée.
Doctrines, attitudes philosophiques fondées sur la raison (rationalisme).
Philosophie : Être de raison.
2. La faculté de penser, en tant qu’elle permet à l’être humain de bien juger et d’appliquer ce jugement à l’action (discernement, jugement, sagesse, bon sens).
Conforme à la raison (raisonnable, rationnel).
Contraire à la raison (déraisonnable).
Qui échappe à la raison (irraisonné, irrationnel).
La voix de la raison (sagesse).
L’âge de raison : l’âge auquel on considère que l’enfant a l’essentiel de la raison (environ 7 ans).
Ramener quelqu’un à la raison, à une attitude raisonnable.
Revenir à la raison.
Mettre à la raison : rendre plus raisonnable par la force ou l’autorité.
Opposé à instinct, intuition, sentiment).
Pensée discursive, logique. La raison et la passion.
Un mariage de raison.
3 Les facultés intellectuelles (d’une personne), dans leur fonctionnement.
État normal des facultés intellectuelles (lucidité).
Perdre la raison : devenir fou. Il n’a plus toute sa raison.
4. Dans des locutions: Ce qui est raisonnable.
Plus que de raison : au-delà de la mesure raisonnable, avec excès.
Sans rime ni raison.
Entendre raison.
5. Philosophie : Connaissance naturelle (opposé à ce qui vient de la révélation ou de la foi). R
Spécialement : Les lumières naturelles, la philosophie.
Culte de la Raison, institué en 1793.
Système de principes a priori qui règle la pensée (opposé à expérience).
La raison pure (théorique ou pratique), dans la philosophie kantienne.
Faculté (conçue comme naturelle ou octroyée à l’être humain) de connaître le réel et l’absolu à travers l’apparence et l’accident.
B. Jugement, attitude conforme aux faits (Dans des locutions, opposé à tort)
Locution : avoir raison : être dans le vrai, ne pas se tromper.
Vous avez bien raison. Il a eu raison de partir.
Donner raison à quelqu’un
Locution : À tort ou à raison.
C. Ce qui est juste, ce qui est de droit
Sens vieilli : Faire, rendre raison à qqn, lui rendre justice. Tirer raison : obtenir satisfaction.
Comme de raison : droit : comme de juste ; (Canada) évidemment. Pour valoir ce que de raison : ce à quoi on peut prétendre selon le droit.
II) Compte, proportion :
1. À raison de… : en comptant, sur la base de…
2. Sens vieilli : Part sociale, intérêt de chacun des associés.
Sens moderne : raison sociale : désignation d’une société (enseigne).
3. Rapport entre deux grandeurs, deux quantités.
Raison d’une progression : terme positif constant, qui, multiplié par un terme d’une progression ou additionné avec lui, donne le terme suivant (2, dans 2, 4, 8, 16 et 1, 3, 5, 7).
Raison directe de deux quantités : rapport tel que quand l’une des quantités augmente, l’autre augmente aussi.
Raison inverse : rapport tel que quand l’une des quantités augmente, l’autre diminue (proportion).
Locution prépositive : En raison inverse de.
Locution prépositive : À raison de : à proportion de, suivant (selon).
III) une raison, des raisons. Principe, cause
1. Philosophie : Principe d’explication ; ce qui permet de comprendre l’apparition (d’un évènement, d’un objet nouveau) (cause, explication, origine, pourquoi, principe).
La raison d’un phénomène.
Le principe de raison suffisante, selon lequel rien n’arrive sans qu’il y ait une cause.
Droit : Raisons de fait, de droit.
Raison d’État.
Sens courant : La cause, ce qui permet d’expliquer (un acte, un sentiment, un motif).
La raison pour laquelle il a refusé. Il est parti sans donner de raison.
Locution (avec par, pour, parce que) : Pour quelle raison ?, pourquoi ?
Pour une raison ou pour une autre : sans raison bien déterminée.
Si, pour une raison ou pour une autre, vous reveniez sur votre décision. Pour la bonne et simple raison que…
En raison de… : en tenant compte de, en considération de… (à cause de, eu égard à).
On l’épargna en raison de son grand âge.
Sens vieilli : Demander, faire, rendre raison de qqch., en demander, en donner l’explication.
Sens moderne : Se faire une raison : se résigner à admettre ce qu’on ne peut changer (en prendre son part*).
2. Cause ou motif légitime qui justifie (quelque chose) en expliquant (fondement, justification, motif, sujet).
Une raison d’agir, d’espérer.
Cet enfant est sa raison d’être, de vivre, ce qui à ses yeux justifie son existence (but, destination).
Avoir de bonnes, de fortes raisons de penser que…
Des raisons de famille, de santé.
J’ai mes raisons.
C’est une très mauvaise raison.
Ce n’est pas une raison !
Ce n’est pas une raison pour accepter !
Il n’y a pas de raison qu’elle refuse.
Raison de plus : c’est une raison de plus.
Locution : Avec raison ; avec juste raison : en ayant une raison valable, un motif légitime (à juste titre).
À plus forte raison : avec des raisons encore plus fortes, encore meilleures (a fortiori).
Sans raison : sans motif, sans justification raisonnable (à plaisir). Non sans raison.
Citation du poète français Jean de la Fontaine (1621-1695) : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».
Citation du philosophe et moraliste français Blaise Pascal (1623-1662) : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».
3. Argument destiné à prouver (allégation, preuve).
Des raisons puissantes. Il s’était rendu à mes raisons : il avait admis mon argumentation.
4. En locution vieillie : Réparation.
Demander raison d’une offense.
Sens moderne : avoir raison de quelqu’un, vaincre sa résistance.
Avoir raison des difficultés, des obstacles, en venir à bout.
Les excès ont eu raison de sa santé, l’ont détruite.
Contraires de raison : déraison, folie, instinct ; cœur, sentiment, tort.