Hotel Tresanton à Saint-Mawes, Grande-Bretagne
« Au poisson, à l’étain et au cuivre » : toast célèbre en Cornouailles parce que, tout récemment encore, c’était avec la pêche au pilchard et l’extraction de l’étain et du cuivre que l’on gagnait sa vie dans cette région de la pointe sud de l’Angleterre. La vie y était dure. Étant donné sa situation, la Cornouailles revêtait une importance militaire particulière. C’est de là que les Anglais remportèrent la victoire sur l’invincible Armada. Mais la paix revenue, ce coin d’Angleterre était tombé dans l’oubli. Avant le chemin de fer, il fallait en moyenne quarante-huit heures pour venir de Londres. Mis à part certaines places stratégiques, comme le château de Saint-Mawes et quelques domaines privés bâtis sur des fortunes minières, le pays restait isolé et humble, conservant son langage et ses traditions propres.
À la fin du XIXe siècle, la vie prit un tour encore plus désolant lorsque les grands bancs de pilchards cessèrent de passer le long des côtes. Au même moment, grâce à l’expansion de l’empire, on découvrait ailleurs des sources d’étain et de cuivre beaucoup plus importantes et plus accessibles. Autrement dit, la vie y devint quasiment insupportable. Du coup, la Cornouailles est restée la même, tandis que le reste de l’Angleterre se transformait à une vitesse record. Ses pittoresques villages de pêcheurs, ses petits ports idylliques, ses plages de sable blanc et ses paysages vallonnés sont encore intacts. Pas d’industrie dans cette région peu peuplée, un climat tempéré par le Gulf Stream (c’est le seul endroit où, à pareille latitude, des plantes tropicales peuvent survivre) : la Cornouailles avait tout pour devenir la Riviera britannique. Cette péninsule est aujourd’hui si courue que l’immobilier y est presque aussi cher qu’à Londres. Les petites maisons aux toits de chaume des villages côtiers changent de mains sans jamais apparaître sur le marché.
OIga Polizzi connaît très bien la région. La famille de son mari y a eu longtemps une maison de vacances, l’Anchorage, dans la baie de Saint-Mawes. Et c’est à quelques pas de là que le Tresanton fut ouvert, à la fin des années quarante, par Jack Siley, le parrain de son mari. Dans son âge d’or, il était l’un des hôtels les plus chic de Cornouailles. Mais avec la démocratisation des voyages internationaux, dans les années soixante-dix, il a connu un certain déclin. À chaque fois, raconte Olga Polizzi, que mon mari et moi allions faire un séjour à l’Anchorage, en passant devant le Tresanton, il me disait : « Tu devrais l’acheter et le remonter. .. » J’ai joué avec cette idée pendant des années.
Qu’Olga ait été tentée s’explique. Fille de lord Forte, elle savait mieux que personne ce qu’est un hôtel. Et elle avait passé presque toute sa vie professionnelle aux côtés de son frère, sir Rocco Forte, responsable de joyaux tels que l’Eden à Rome, le George V à Paris et le Waldorf à Londres. En 1995, le groupe Granada prit le contrôle de leur affaire. Ce fut l’occasion, pour elle, de créer son propre hôtel. Le Tresanton, au bord de la faillite, offrait un potentiel ; elle disposait de temps, d’expérience et, après le rachat par Granada, de moyens financiers. Le résultat ? Une nouvelle conception des vacances anglaises au bord de la mer. Le chef, Paul Wadgen a appris à cuisiner dans plusieurs restaurants de palace à Londres. L’hôtel brille parce qu’un magazine londonien a qualifié de » robuste absence de chichis « . Pas de petits napperons en papier, pas de mini-bars, pas de gravures de fleurs en vue. Tout y est simple et net, comme dans un bateau, Rapidement considéré comme le petit hôtel le plus élégant hors de Londres, le Tresanton est resté une affaire de famille. Et, quand l’hôtel manque de bras, toute la famille retrousse ses manches : Olga elle-même, ses deux filles, Alex et Charlie, et même son mari, l’écrivain et biographe William Shawcross, qu’on a déjà vu porter les bagages des clients jusque dans leur chambre.
Hotel Tresanton
Lower Castle Road, Saint-Mawes, TR2 5DR, Grande-Bretagne
Téléphone : +44 1326 270 055
Site internet : http://tresanton.com/