Bouteille

Bouteille : n. f. Une bouteille (mot venant du bas latin buticula : petite amphore, diminutif de buttis) est un récipient généralement de forme cylindrique à sa base et qui se resserre à son sommet. Les bouteilles sont le plus souvent en verre ou en plastique, fabriquées par le procédé de moulage par soufflage, parfois en grès, et servent à conserver des liquides alimentaires : eau, lait, vin, bière, huile, etc, ou non alimentaires : produits chimiques, détergents, parfums, etc. Par métonymie, le terme de bouteille désigne aussi son contenu (comme c’est le cas de « verre »).
Par métonymie, bouteille désigne également son contenu : « boire une bonne bouteille ».
Durant l’Antiquité, l’amphore est le récipient le plus utilisé pour le transport de liquides alimentaires, la cruche pour la mise à disposition de ces liquides. Néanmoins au premier millénaire avant JC, des spécimens de petites bouteilles (flacons à application, fioles) en verre translucides (verre creux épais car technique encore rudimentaire du moulage par soufflage par canne de verrier) ont été trouvés à Chypre, à Rhodes ou en Perse, sans que l’usage en tant que transport de liquides alimentaires soit attesté.
Son histoire remonte à l’Antiquité, le jour où fut inventée la canne à souffler le verre. Ustensile précieux protégé d’un clissage, elle servait de carafe pour le service du vin. Valut-elle un jour les nombreux surnoms dont l’affubla Rabelais dans Gargantua : fiole, bourrache, flacon, pinte, ferrière guedoufle, etc.
Dans la Rome antique la bouteille, appelée ampulla, désigne un vaisseau de toute forme ou de toute matière (dont le verre, matériau hérité des Phéniciens selon Pline), mais le plus souvent un vase au long col étroit (pour une bonne prise), au goulot petit, à l’épaule bien marquée et au corps en forme de sphère assurant une bonne assise. Progressivement, la forme des bouteilles évolue et devient plus cylindrique pour faciliter l’entreposage et le transport.
Au IVe siècle, le fond plat (en fait jamais rigoureusement plat) est progressivement remplacé par un fond piqué qui assure une meilleure stabilité. Appelé par les professionnels piqûre, ce culot concave s’est généralisé, à l’exception de la cuvée Cristal. Les bouteilles gardent des formes diverses (à quatre pans, cylindrique, gourde recouverte d’osier) et sont surtout utilisées dans les auberges, alors que dans les maisons le récipient pour l’eau est plutôt la cruche ou le pichet.
Du XIVe siècle au XVIIe siècle, elles portent des noms divers selon leurs formes : bulbe, hampe, globe.
Au Moyen Âge en Europe, le monopole de la production de verre est assuré par la verrerie de Murano où les maîtres verriers atteignent un niveau élevé de manualité dans la transformation du verre à chaud, technique découverte chez les Perses et les Byzantins. Leur maîtrise de la transparence, la coloration et la décoration du verre, leur permet de fabriquer à la Renaissance de nombreuses formes de bouteilles s’inspirant de celles des pièces de vaisselle en métal ou en céramique.
Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, même si les centres de production se développent partout en Europe, la bouteille de verre reste un produit coûteux et donc rare : les liquides alimentaires sont principalement transportés en tonneau et servis dans des cruches, pichets, gourdes en cuir ou en étain. En 1632, le diplomate anglais sir Kenelm Digby invente la bouteille de vin moderne
En France, la première fabrique spécialisée de bouteilles est fondée à Bordeaux dans la verrerie de Pierre Mitchell en 1723. Au milieu du XVIIe siècle, le développement en Angleterre de fours à charbon et la modification de la composition des matières premières (notamment en manganèse, ce qui donne des bouteilles en verre noires) permettent la production en série de bouteilles en verre plus lourdes et résistantes. Il fallut attendre 1778 pour que l’Encyclopédie de Diderot la consacre comme « presque le seul récipient en usage parmi nous pour le vin ». À cette époque, elle s’allonge, prend la forme cylindrique et se personnalise en « bourguignonne », suivie au début du XIXe siècle par le « bordelaise » et la « champenoise ». On passe alors au verre vert (pivette) et au verre blanc.
En 1894, Claude Boucher, maître verrier, fut le premier à fabriquer les bouteilles mécaniquement. Un triple objectif était atteint : la bouteille devenait le récipient le mieux adapté au transport, à la conservation du vin, à la présentation et au service de table. Toujours à la silhouette difforme, elles prennent progressivement la place des autres récipients à partir du XVIIIe siècle lorsque la technique de fours à charbon se propage. La première bouteille en plastique apparaît dans les années 1960, la première bouteille en aluminium dans les années 2000.
Les bouteilles sous pression : On appelle généralement bouteille de gaz ou bonbonne de gaz ou bouteille sous pression, un récipient ou réservoir sous pression, métallique ou pour l’alléger, en matériau composite, de forme cylindrique, plus ou moins allongé, conçu pour contenir un gaz à une pression nettement différente de la pression ambiante.

Les éléments matériels constitutifs d’une bouteille : Une bouteille classique comprend un corps, surmonté du col, plus étroit, lui-même terminé par le goulot (constitué du haut du col et de la bague verrière) qui reçoit le bouchon. Le fond de la bouteille, appelé aussi cul de bouteille ou culot, est généralement plat ou parfois bombé vers l’intérieur (piqûre). Une bouteille brisée forme des tessons, utilisés parfois pour hérisser le haut des murs de clôture.
– Bague en anneau, cordon, pleine, carrée : qui entoure la partie supérieure,
– Col droit ou enflé qui correspond à la partie effilée au sommet,
– Épaule tombante, arrondie ou droite : c’est la partie évasée qui relie le col au fût,
– Corps, appelé aussi fût ou ventre : droit, conique, renflé qui est la partie principale et la plus large de la bouteille,
– Fond qui peut être plat ou piqué (convexe) ou semi-piqué,
– Jable droit ou à talon.

Les bouteilles de verre utilisées pour le conditionnement des liquides alimentaires courants (eau, vin, sodas, bière) ont été couramment réutilisées jusqu’au milieu de la seconde moitié du XXe siècle. Elles étaient commercialisées avec une valeur de consigne que les consommateurs récupéraient en rapportant la bouteille vide dans les points de vente. Désormais, en France, la plupart des bouteilles est vendue en verre perdu et récoltée dans des conteneurs de collecte sélective pour en permettre le recyclage.

Les formes particulières des bouteilles :
– Une petite bouteille est un flacon ou une fiole.
– Une bouteille isotherme est une bouteille isolante constituée d’une double enveloppe de verre.
– Une fiasque est une bouteille au col très allongé en usage en Italie, notamment pour le chianti.
– Un clavelin est une bouteille de 62 cl, destinée à recevoir le vin jaune du Jura.
– Un pot lyonnais est une bouteille de 46 cl au culot épais, destiné à servir du beaujolais.
– Une mignonnette est une bouteille miniature, contenant en général une dose individuelle de boisson alcoolisée. C’est parfois un objet de collection.
– Une dame-jeanne est une grosse bouteille de grès ou de verre, d’une contenance de 20 à 50 litres, servant au transport de vin ou d’huile. Les dames-jeannes sont généralement clissées (protection en osier).

Les différents types de la bouteille : La bouteille renseigne sur l’origine du vin qu’elle contient.
Il existe, dans la réglementation française et européenne sur la contenance des bouteilles, certaines dérogations qui tiennent compte des spécificités des terroirs. En France, on trouve ainsi :
– la bordelaise. Elle a été créée par le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux. Elle est utilisée aussi pour les vins du sud-ouest ;
– la bourguignonne. Elle est utilisée pour les vins de Bourgogne mais aussi dans d’autres régions ;
– la Jura et la Clavelin pour les vins du Jura et de Savoie. Mais le clavelin, d’aspect rebondi, trapu, surmonté d’un col fin, est exclusivement réservé aux vins jaunes du Jura. Sa contenance, dérogatoire à la règle générale, est de 62 cl ;
– la Muscadet et l’Anjou pour les vins de la Loire ;
– la rhodanienne pour les vins des Côtes du Rhône ;
– la champenoise pour les champagnes. Il existe aussi des bouteilles spéciales comme celle du Dom Pérignon (Voir ci-après pour les différentes tailles de bouteilles de champagne) ;
– la flûte d’Alsace.  A l’aspect pointu et allongé, elle est utilisée pour les vins d’Alsace ;
– la gaillacoise utilisée pour les vins de Gaillac ;
– la flûte à corset, dont la partie cylindrique est resserrée à la base, est utilisée pour les vins de Provence et de Corse.

Les contenances inférieures à 75 cl : En matière de contenance des bouteilles de vin, la capacité standard est de 75 cl : un flacon de cette capacité est tout simplement appelé « bouteille » pour les vins de Bordeaux alors qu’on parle de « champenoise » pour les champagnes.

Particulièrement pour le champagne, bien que ces appellations soient parfois utilisées pour d’autres vins, les bouteilles (sauf celle de 75 cl) portent des noms particuliers :
– le huitième : 9,4 cl (inusité)
– le quart : 18,75 ou 20 cl (utilisé par les compagnies aériennes et parfois dans les boîtes de nuit)
– la demie : 37,5 cl (vendue en restaurant)
– une chopine pour 1/3 de bouteille soit 25 cl
– le médium : 60 cl (inusité)
– la bouteille : 70 cl (utilisée pour les spiritueux)
– la bouteille : 75 cl (format standard)

Les vins du Rhin peuvent ainsi être commercialisés en litre-flûte d’une contenance d’un litre, en bouteilles de 70 cl et en demi-bouteilles de 35 cl.
Pour les vins du Rhin et ceux d’autres régions de tradition, le quart correspond à une capacité inférieure à 20 cl.
Par ailleurs, les vins mousseux et pétillants peuvent être commercialisés dans des flacons de capacité particulière. Par exemple, la capacité nominale du médium champenois est de 57 cl (60 cl à ras bord).

Certains de ces termes sont également employés pour les bouteilles de vins de Bourgogne et de Bordeaux :
– une bouteille de 20 cl est appelée un Picollo
– 1/3 de bouteille soit 25 cl correspond à une Chopine
– une bouteille de 37,5 cl est appelée Demi ou Fillette
– pour une bouteille de 50 cl, on parle de « Chopine » pour les vins de Bourgogne mais de « Pot » pour les vins de Bordeaux et du Beaujolais (46cl).

L’une des bouteilles de vin ou de champagne les plus connues est le magnum, qui peut contenir l’équivalent de deux bouteilles de 75 cl, soit 1,5 litre.
Pour les vins de Bordeaux, il existe une contenance correspondant à 3 bouteilles de 75 cl (soit 2,25 litres). Ce type de bouteille est appelé une Marie-jeanne.
La plupart des bouteilles de champagne ayant une contenance supérieure au magnum portent le nom d’un roi biblique. Après la bouteille de 75 cl, et le magnum (1 litre et demi), on trouve :
– le Jéroboam (3 litres, soit 4 bouteilles), fondateur et premier souverain d’Israël, 931-910 avant J.C.
– le Réhoboam (4,5 l soit 6 bouteilles), transcription du nom de Roboam, roi de Juda et fils du roi Salomon selon la Bible.
– le Mathusalem (6 litres, soit 8 bouteilles), patriarche biblique ayant vécu 969 ans.
– le Salmanazar (9 litres, soit 12 bouteilles), Roi d’Assyrie, 859-824 avant J.C.
– le Balthazar (12 litres, soit 16 bouteilles), Régent de Babylone, N.C -539 avant J.C.
– le Nabuchodonosor (15 litres, soit 20 bouteilles) Roi de Babylone, 605-562 avant J.C.
– le Salomon (18 l soit, 24 bouteilles), fils et successeur du roi David, N.C -931 avant J.C.
Les capacités supérieures, jusqu’à 30 litres, portent aussi des noms, mais sont beaucoup moins courantes. La maison Drappier  et la maison Bollinger  sont à peu près les seules maisons à produire du champagne dans des bouteilles d’aussi grande contenance.
Les noms de ces bouteilles hors normes sont :
– Souverain (26,25 litres soit 35 bouteilles)
– Primat (27 litres soit 36 bouteilles)
– le Melchisédech* (30 litres soit l’équivalent de 40 bouteilles).

* Cette bouteille fut baptisée Melchisédech, du nom du grand prêtre roi de Salem (Jérusalem) en Canaan, à l’époque d’Abraham. Une exclusivité de la maison de champagne Drappier. Elle est haute de 110 cm et pèse 52 kilos, une fois remplie. La maison trouva en Italie un verrier capable de la réaliser. Le taux de casse durant la fabrication est supérieur à 30 %. Pour cette bouteille géante, il fallut construire un pupitre en chêne renforcé pour la manipuler car le remuage et le dégorgement se fait à la main.
Un moyen mnémotechnique permet de mémoriser les principales tailles de bouteilles dans l’ordre croissant de contenance : «  Car de bon matin je remarquais mal sa banalité naturelle » (quart, demi, bouteille, magnum, jéroboam, réhoboam, mathusalem, salmanazar, balthazar, nabuchodonosor).
Dans le Bordelais : On parle de Double Magnum pour une bouteille de 3 litres et de Jéroboam pour une bouteille de 4,5 litres.
Une bouteille de 6 litres est appelée une Impériale, tandis que la bouteille de 18 litres porte le nom biblique de Melchior.

Les bouteilles scientifiques :
– La bouteille de Leyde est l’ancêtre du condensateur.
– La bouteille de Klein est une surface fermée, sans bord et non orientable, c’est-à-dire une surface pour laquelle il n’est pas possible de définir un « intérieur » et un « extérieur ».
– La bouteille d’Ekman est un instrument pour collecter l’eau de mer à différentes profondeurs afin d’en permettre l’analyse.

Les fermetures de bouteilles et l’arrivée du PET : La fermeture des bouteilles se fait de diverses manières : bouchon de liège, classique pour le vin, capsule en métal ou en matières plastiques (bière, soda…), bouchon vissé métallique ou plastique (lait), bouchon en verre (produits chimiques, parfums), etc.
Après les capsules à vis et les bag in box, voici les vins présentés en PET. Exposée à Vinitech à Bordeaux et au salon de l’emballage à Paris, la bouteille en PET recyclable connaît beaucoup de succès dans de nombreux pays, surtout aux USA.
L’introduction en 1992 de la nouvelle bouteille en PET fut une révolution. Grâce à la recherche dans le domaine des matériaux, l’industrie des eaux minérales naturelles décide la première de remplacer le PVC par un nouveau polymère de plastique : le PET (polyéthylène téréphtalate). Ses propriétés sont mieux adaptées au marché de la bouteille plastique. Inaltérable, il ne casse pas, ce qui évite tout risque de coupures. Il est flexible et plus résistant, ce qui va permettre de réduire le poids des bouteilles. Plus légère, plus solide, plus souple, la bouteille en PET est aussi transparente que le verre.
Aujourd’hui, l’effort de recherche se poursuit sur le PET, afin de mieux exploiter toutes les potentialités de ce polymère parfaitement neutre et 100% recyclable.
Le succès du PET est d’abord venu de l’alternative à l’oligopole verrier qu’il représentait. Les metteurs en marché invoquent aujourd’hui son meilleur bilan carbone et ses avantages pratiques : légèreté et résistance.

Les expressions liées à la bouteille :
– Avoir de la bouteille : avoir de l’expérience, se dit en général de personnes d’un certain âge ou ayant une grande expérience sur un sujet.
– Avoir un penchant pour la bouteille : apprécier avec excès l’alcool, être alcoolique.
– Jeter une bouteille à la mer : appeler à l’aide avec l’espoir d’être entendu.

Voir Bouteille sous Ustensiles de cuisine et de restaurant.
Voir  Bouteille sous Argot de bouche.
Voir  aussi Bouteille de vin sur Argot de bouche

Faites semblant de pleurer, car les bouteilles font toujours semblant d’être vides.

Jean Cocteau,  écrivain, poète, dramaturge, dessinateur et cinéaste français (1889-1963)