Oïdium

Oïdium : n. m. L’oïdium de la vigne est la première maladie cryptogamique à pénétrer en France*. Elle fait son apparition dès 1845 (venue des États-Unis) dans une serre à vigne de Margate en Angleterre. Elle se propage ensuite en Belgique et en France pour atteindre le Languedoc en 1851. Elle est due à un champignon (comme le mildiou) l’Uncinula  necator ou encore appelé Erysiphe necator qui se développe sur tous les organes verts. Partout les vignes sont souillées d’inflorescences blanches. On l’appelle d’ailleurs la maladie de la cendre ou blanc de la vigne. C’est en général de mai à juin et par temps pluvieux, que le champignon s’attaque aux rameaux et aux grappes. Les feuilles deviennent jaunâtres et se nécrosent, donnant à la vigne cette impression d’avoir été blanchie. De 1853 à 1854, l’ensemble du vignoble du sud de la France est contaminé, un véritable désastre qui anéantit jusqu’au deux-tiers de la récolte. Partout, on arrache les vignes obligeant les populations à s’expatrier.

*L’oïdium est un champignon qui s’installe sournoisement dans les parcelles. Il provoque non seulement des pertes de rendement mais aussi une dégradation de la qualité du vin.

Traitement au soufre : Dès cette époque, on connaît les moyens de lutter contre l’oïdium aussi bien aux Etats-Unis (dès 1829)  qu’en Angleterre (1846). Le produit miracle ainsi trouvé est le soufre utilisé à sec en poudrage ou, en suspension dans l’eau par pulvérisation. Ce traitement sur la vigne est mis au point par Henri Marès vers 1850* et appliqué en France dès 1857. La vigne souffre, soufrons la vigne proclamait alors une lithographie d’Honoré Daumier. Deux autres inventions vont venir compléter ce traitement, l’une est due au languedocien Laforgue : la boîte à soufrer et l’autre à un propriétaire bordelais, le comte de la Vergne qui met au point le soufflet. Rien, même aujourd’hui n’est plus efficace que le soufre pour combattre cette maladie.

*On lui doit  d’avoir établi le protocole du soufrage des vignes.

Comment reconnaître l’oïdium : D’abord en faisant confiance aux sentinelles, ces rosiers plantés à chaque rangée de vignes. C’est eux les premiers attaqués.  En effet, l’une des grandes caractéristiques de l’oïdium, comparativement aux autres maladies épidémiques de la vigne est sa capacité d’expression très brutale sur grappes après la floraison sans manifestation alarmiste préalable sur la végétation. Sur les feuilles, il est ainsi possible d’observe des tâches diffuses de poussières grisâtres. La décoloration est moins marquée que dans le cas du mildiou.  Sur la face inférieure apparaît un feutrage grisâtre. La partie attaquée du limbe croît plus lentement provoquant la déformation de la feuille qui se crispe. Sur les sarments, le même revêtement poussiéreux grisâtre se développe. Les grappes et les grains contaminés se recouvrent d’une fine poussière grisâtre qui provoque des nécroses noires. La croissance des parties atteintes s’arrête, alors que la partie du grain sain continue de croître, par conséquent les baies éclatent et laissent apparaître les pépins. Ces lésions sont très favorables à la pénétration de la pourriture grise et compromettent la récolte.

Le traitement : La lutte contre l’oïdium ne peut être que préventive, systématique (il n’y a pas d’avertissements) et menée sans discontinuité durant la période de sensibilité de la vigne. Elle nécessite une bonne prophylaxie et une lutte chimique raisonnée. En effet, en raison de l’apparition de souches résistantes à certains IBS*, une attention particulière doit être portée au choix des produits. Elle doit donc débuter tôt, en phase avec les premières interventions contre le mildiou. Quant à  l’utilisation de soufre mouillable (8 g  par litre d’eau avant la floraison et 4  g par litre d’eau après floraison), celui ci a l’avantage de pouvoir être mélangé aux bouillies cupriques (Bouillie Bordelaise, oxychlorure etc.). Le délai d’utilisation du soufre permet de traiter encore une semaine avant la récolte, mais le soufre présent sur les baies peut être la cause de la formation de mercaptan lors de la vinification. Un délai de 3 semaines limite ce risque.

*l’utilisation massive des IBS (Inhibiteurs de la Biosynthèse des Stérols) a entraîné l’émergence de souches résistantes. Ces fongicides (ils datent des années 1960) imidazoliques et triazoliques représentent actuellement le plus gros marché des fongicides

Des règles strictes sont à respecter dont l’observation précise et méticuleuse de l’avancée de la maladie. C’est la seule manière de bien évaluer l’opportunité d’une intervention précoce.  Il faut en effet savoir que des traitements dits curatifs de rattrapages sur grappes atteintes sont inutiles. Après la fermeture des grappes, il faut alors choisir des produits anti-mildiou actifs sur oïdium pour minimiser les attaques sur feuilles et prévenir les formations de cléistothèces*.

*les cléistothèces sont produits à l’automne par le champignon à partir du mycelium qui recouvre les feuilles et les extrémités immatures des pousses. Après le lessivage des pluies, les cléistothèces se conservent dans les infractuosités des écorces. Au printemps, par temps pluvieux ces fructifications libèrent des ascospores responsables des contaminations.

Des mesures prophylactiques : Il est essentiel de mettre en œuvre, dès la mise en place du vignoble, les mesures prophylactiques ou agronomiques susceptibles de limiter le développement du parasite : aération des grappes (palissage, etc.) et équilibre de la vigueur des souches (choix du porte-greffe, fertilisation adaptée, enherbement). En outre, en permettant une meilleure pénétration des produits, ces mesures amélioreront l’efficacité des traitements*.

*Au moment des traitements, l’efficacité de la protection est fortement liée à la qualité de la pulvérisation, notamment en localisant les traitements sur grappes et en privilégiant l’application “face par face”.

Aux États-Unis, un bio-fongicide est employé dans la lutte contre l’oïdium. Il s’agit d’un champignon Ampelomyces quisqualis qui parasite et détruit l’oïdium de la vigne. Pulvérisé au moins 2 fois de suite entre 7 et 14 jours d’intervalle, selon la pression d’oïdium, ce fongicide permet de diminuer l’utilisation du soufre en fin de saison. Il est aussi appliqué en alternance notamment avec les IBS (voir plus haut).