Traîner : verbe (mot venant du latin tardif traginare, famille de trahere, traire).
Le verbe « traîner » a plusieurs acceptions :
I) Verbe transitif :
1. Tirer après soi (un véhicule ou un objet quelconque).
La voiture traînait une caravane.
Déplacer en tirant derrière soi sans soulever.
– Citation du romancier français Henri Bosco (1888-1976) : « Je traînai une chaise-longue près de la cheminée ».
Le corps de la victime a été traîné sur plusieurs mètres.
Traîner la jambe, la patte : avoir de la difficulté à marcher.
Traîner les pieds : marcher sans soulever les pieds du sol ; sens figuré : obéir sans empressement, renâcler à faire quelque chose, prendre son temps pour accomplir une tâche ; faire durer exagérément les choses.
Traîner la semelle, la savate : vivre misérablement (traîne-savate, traîne-semelle).
Familier : Traîner ses bottes, ses guêtres quelque part : traînasser.
Sens figuré : Traîner quelqu’un dans la boue : l’accabler de propos infamants.
Traîner dans sa marche (une entrave).
Traîner un boulet, une casserole : Obligation pénible, charge dont on ne peut se délivrer.
2. Forcer (quelqu’un) à aller (quelque part).
– Citation du poète et écrivain français Alfred de Musset (1810-1857) : « On vous traîne au supplice ».
Elle a traîné son mari au théâtre.
Traîner qqn en justice.
3. Amener, avoir partout avec soi par nécessité (les gens ou les choses dont on voudrait pouvoir se libérer) (familier : trimbaler.
Elle est obligée de traîner ses enfants partout.
Sens figuré : Traîner sa tristesse, sa peine.
Familier : Qu’est-ce qu’il traîne !, qu’il est bête !
Supporter (une chose pénible qui se prolonge).
Citation de l’écrivaine française, prix Nobel de littérature, Annie Ernaux (née en 1940) : « J’ai traîné un rhume mêlé de toux durant tout le mois ».
4. Faire durer, faire se prolonger.
– Citation de l’écrivain et poète français Victor Hugo (1802-1885) : « Sa façon dormante et voluptueuse de traîner la fin des phrases ».
II) Verbe intransitif :
1. Pendre à terre en balayant le sol.
Attention, vos lacets traînent par terre.
Pendre.
– Citation de l’écrivain français Marcel Jouhandeau (1888-1979) : « Une lévite longue à souhait, traînant jusqu’aux pieds ».
2. Être étendu.
– Citation de l’écrivain français Pierre Loti (1850-1923) : « Les goémons traînant à terre ».
S’étendre comme une traînée.
– Citation du romancier, biographe, conteur et essayiste français André Maurois (1885-1967) : « Le ciel pâle, où traînent des nuées transparentes ».
Sens figuré : Subsister.
– Citation de l’écrivain français Anatole France (1844-1824) : « Des restes de barbarie traînent encore […] dans la civilisation moderne ».
3. Durer trop longtemps, ne pas finir (s’éterniser).
– Citation de l’écrivain égyptien de langue française Albert Cossery (1913-2008) : « Le repas traînait avec une lenteur désespérante ».
Ça n’a pas traîné !, ç’a été vite expédié (tarder).
Faire traîner les choses en longueur (éterniser).
Poursuivre une vie pénible, s’acheminer vers la mort.
Elle a traîné plusieurs mois avant de mourir.
Émettre des sons anormalement lents et bas (traînant).
– Citation de l’écrivain français Edmond Goncourt (1822-1896) : « Sa voix s’habitua à traîner et prit un accent gnian-gnian ».
4. Être posé ou laissé sans être rangé.
– Citation de l’écrivain français Gustave Flaubert (1821-1880) : « Des savates traînaient sur le tapis, des vêtements sur les fauteuils ».
Laisser traîner ses affaires.
Abstrait : Citation de l’écrivain français François-René de Chateaubriand (1768-1848) : « Des vieilleries qui traînent depuis quinze cents ans dans les écoles de la Grèce ».
Ça traîne partout : c’est rebattu, usé.
5. Rester en arrière d’un groupe qui avance.
Des enfants traînaient à quelque distance (traînard).
Aller trop lentement, s’attarder.
Ne traîne pas en rentrant de l’école.
Locution : Avoir une oreille qui traîne : chercher à entendre discrètement quelque chose qui ne vous est pas destiné.
Agir trop lentement (lambiner ; familier : traînailler, traînasser).
– Citation du romancier, philosophe, et journaliste français Paul Nizan (1905-1940) : « Il était lancé, il ne voulait pas traîner ».
6. Péjoratif : Aller sans but ou rester longtemps (en un lieu peu recommandable ou peu intéressant) (errer, vagabonder, familier : zoner).
– Citation de la femme de lettres française d’origine russe Nathalie Sarraute, née Natalia Tcherniak (1900-1999) : « On traîne dans les bistrots, on va les uns chez les autres ».
– Citation de l’écrivain français Anatole France (1844-1824) : « Elle avait un peu traîné avec de petits jeunes gens mal élevés ».
III) Verbe pronominal : se traîner.
1. Avancer, marcher avec peine (par infirmité, maladie, fatigue).
– Citation de l’écrivain français Émile Zola (1840-1902) : « Il lui fallut une canne pour se traîner dans la salle à manger ».
Familier : Voiture qui se traîne, qui avance lentement.
2. Aller à contrecœur : Il faut encore se traîner à cette soirée !
3. Avancer à plat ventre ou à genoux.
Sens figuré : Se traîner aux pieds de quelqu’un, le supplier à genoux, s’abaisser à des humiliations.
4. S’étirer en longueur, dans le temps.
La journée se traîne.
– Citation de l’écrivain français Anatole France (1844-1824) : « Puis la conversation reprit, faible et languissante, et se traîna en propos intimes » (se prolonger).
Contraires de traîner : pousser, soulever ; élever (s’), monter, planer ; dépêcher (se). ; courir