Penser : verbe (mot venant du latin pensare « peser », « apprécier », qui a aussi donné peser.
Penser, au sens ancien de « s’occuper de, prendre soin de » a abouti à panser « soigner »).
Le verbe « penser » a de très nombreuses acceptions :
I) Verbe intransitif :
1. Appliquer l’activité de son esprit aux éléments fournis par la connaissance (former, combiner des idées et des jugements, juger, raisonner, réfléchir, spéculer).
La faculté de penser
– Citation du philosophe prussien Emmanuel Kant (1724-1804) : « Penser, c’est juger ».
– Citation du philosophe, journaliste, essayiste et professeur de philosophie français Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier (1868-1951) : « Penser c’est oser ».
– Citation de l’homme de lettres français Nicolas Boileau (1636-1711) : « Avant donc que d’écrire apprenez à penser ».
Un maître à penser.
– Citation de la romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française George Sand, nom de plume d’Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, baronne Dudevant (1804-1876) : « L’homme n’est pas fait pour penser toujours. Quand il pense trop, il devient fou ».
Exercer effectivement son intelligence.
Une chose qui donne, qui laisse à penser, qui fait réfléchir (méditer).
Caractères de la pensée : Penser juste.
– Citation du philosophe et moraliste français Blaise Pascal (1623-1662) : « L’homme est visiblement fait pour penser ; c’est toute sa dignité ; […] et tout son devoir est de penser comme il faut ».
– Citation de l’écrivain français Gustave Flaubert (1821-1880) : « Enfin je tâche de bien penser pour bien écrire ».
Façon de penser : opinion personnelle.
Je leur montrerai, je leur dirai ma façon de penser ! (voir).
– Citation de l’écrivain français Romain Rolland (1866-1944), prix Nobel de littérature en 1915 : « Ils appelaient traîtres, ceux qui ne pensaient pas comme eux ».
2. Exercer son esprit, son activité consciente (d’une manière globale : sentir, vouloir, réfléchir).
– Citation du mathématicien, physicien et philosophe français René Descartes (1596-1650) : « Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum).
Penser tout haut, dire ce qu’on a en tête.
– Citation de l’écrivain français, de profession marchand d’art, critique et, à l’occasion, journaliste Henri Roché dit Pierre Roché puis Henri-Pierre Roché (1879-1959) :« Enfin, dit-elle, voilà un homme qui dit tout haut ce que je pense tout bas ».
Penser dans une langue, avec les structures de cette langue.
Avoir un esprit, être capable d’une pensée abstraite (pensant).
Les animaux pensent-ils ?
II) Verbe transitif indirect penser à :
1. Appliquer sa réflexion, son attention à (réfléchir, songer).
Penser vaguement à quelque chose (rêver).
À quoi pensez-vous ?
N’y pensons plus : oublions cela.
Faire une chose sans y penser, machinalement.
Pensez à ce que vous faites.
– Citation de l’écrivain français Marcel Aymé (1902-1967) : « Je pense comme je respire, sans y penser ».
– Citation de l’écrivain et journaliste français Mathieu Lindon (né en 1955) :« Je pensais à comment j’écrirais, c’est-à-dire que je n’écrivais pas ».
2. Évoquer par la mémoire ou l’imagination (imaginer, se rappeler, se souvenir).
– Citation de l’écrivain et poète français Edmond Radiguet (1903-1923)« Je m’efforçais de ne plus penser à Marthe, et par cela même, ne pensais qu’à elle ».
Je penserai à vous.
Faire penser à (évoquer, suggérer).
– Citation de l’écrivain français Marcel Proust (1871-1922) : « Sa voix doucement musicale faisait penser à la plainte poétique d’une fée ».
Elle me fait penser à quelqu’un (rappeler).
3. S’intéresser à. (s’occuper -de-).
Pense un peu aux autres !
« Malgré sa passion pour moi, au fond, elle ne pensait qu’à elle » de Raymond Queneau (1903-1976) et H. Mills, dans le film « Monsieur Ripois ».
Penser à l’avenir, au lendemain : être prévoyant.
Elle ne pense qu’à s’amuser.
Penser à quelqu’un (pour un poste), le lui réserver.
4. Avoir dans l’esprit, en tête.
– Citation de l’écrivain français Albert Camus (1913-1960) : « “Vous êtes content ?” demanda la vieille. Il dit que oui, mais il pensait à autre chose » (Il est ailleurs).
Sans penser à mal : innocemment.
Il ne pensait pas à mal en disant cela.
Ne penser à rien : avoir l’esprit complètement libre.
Essayez de vous détendre et de ne plus penser à rien.
Locution familière : Avoir (bien) autre chose à penser (Avoir d’autres chats à fouetter).
Ne penser qu’à ça, qu’au sexe.
Garder en mémoire.
J’essaierai d’y penser.
Mais j’y pense, c’est aujourd’hui son anniversaire ! (se souvenir).
Considérer (quelque chose) en prévision d’une action.
J’ai pensé à tout (prévoir).
Je n’avais pas pensé à cela (Faire attention, prendre garde à).
C’est simple, mais il fallait y penser.
Pendant que j’y pense, il faudrait racheter du pain.
Pensez à fermer les fenêtres en partant.
Faites-moi penser à poster ma lettre (rappeler).
III) Verbe transitif :
A. Avoir pour idée, pour pensée :
1. Avoir pour opinion, pour conviction (estimer).
– Citation du romancier et dramaturge français Alain-René Lesage ou Le Sage (1668-1747) : « Je ne pus m’empêcher de lui dire tout ce que je pensais ».
– Citation de l’écrivain français Théophile Gautier (1811-1872) : « Penser une chose, en écrire une autre, cela arrive tous les jours ».
Laisser, donner à penser quelque chose.
Cela laisse à penser ce qu’il est capable de faire (imaginer, juger).
Penser du bien, du mal de quelqu’un, de quelque chose.
Locution : Honni soit qui mal y pense.
Qu’en pensez-vous ? (Qu’en dites-vous ?).
Que faut-il en penser ?
Il ne sait (plus) que penser.
– Citation de l’écrivain français Philippe Djian (né 1949 ) : « Quand on me demande ce que je pense sur les jeunes de vingt ans, je réponds qu’ils ne manquent pas d’audace ».
Il ne dit rien mais il n’en pense pas moins : il garde pour lui son opinion ou ce qu’il sait.
Que va-t-on penser de nous ?
2. Dans un sens affaibli et moins affirmatif : Avoir l’idée de (admettre, croire, imaginer, présumer, soupçonner, supposer.) Contrairement à ce que j’avais pensé.
Jamais je n’aurais pu penser cela !, m’en douter.
Il n’est pas si désintéressé qu’on le pense.
– Citation du poète français Jean de la Fontaine (1621-1695) : « Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense » dans la fable Le Meunier, son fils et l’âne.
Qu’est-ce qui vous fait penser cela ?
Exclamation : (Familier Tu penses ! (Tu parles !).
– Citation de l’écrivain français Alphonse Daudet (1840-1897) : « Vous pensez si j’étais rouge et si j’avais peur ! ».
Penses-tu ! pensez-vous !, mais non, pas du tout.
Citation de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) : « Ils ne vont pas se battre ici, au moins ? – Pensez-vous, maman : ils sont pas fous ».
Vous n’y pensez pas !, c’est inconcevable, irréalisable.
Familier : Quand je pense qu’il a failli accepter ! (étonnement, indignation).
Sens vieilli : Citation du dramaturge et comédien français Molière (1622-1673) : « Je pense mes raisons meilleures que les vôtres » (croire, juger).
En incise Il aurait, pensait-il, l’appui de sa famille.
Ce ne sera pas, je pense, la première fois.
3. Penser que : croire, avoir l’idée, la conviction que.
Vous pensez bien que je n’aurais jamais accepté !
– Citation du dramaturge et poète français Jean Racine (1639-1699) : « Pensez-vous qu’Hermione, à Sparte inexorable, Vous prépare en Épire un sort plus favorable ? ».
Pensez-vous qu’il puisse refuser ?
Je ne pense pas qu’il puisse ; je pense qu’il peut.
De là à penser qu’il va vous trahir !
Tu te trompes si tu penses qu’elle te suivra partout.
– Citation de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) : « J’ai pensé que tu avais peut-être besoin de compagnie ».
Ne penses-tu pas que tu devrais intervenir ?
Familier : penser si, comme, combien.
– Citation de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) : « Alors tu penses comme on va te laisser entrer ici sans regarder tes poches ».
Tu penses si on a dû se dépêcher pour arriver à temps !
Suivi de l’infinitif : Nous pensons avoir résolu ces problèmes (espérer).
Par extension : sens vieilli ou littéraire (faillir, manquer).
Elle pensa se trouver mal.
B. Avoir dans l’esprit (comme idée, pensée, image, sentiment) :
1. Concevoir (une idée, une image).
Dire ce que l’on pense, ce qui passe par la tête.
– Citation de l’écrivain français Marcel Proust (1871-1922) : « Car s’il disait que la noblesse était peu de chose, qu’il considérait ses collègues comme des égaux, il n’en pensait pas un mot ».
Par euphémisme Il a marché dans ce que je pense (dans la crotte).
Il lui a flanqué un coup de pied où je pense, au derrière (Quelque part).
Employé et construit comme dire : Citation de l’écrivain, romancier, dramaturge, novelliste, diariste et épistolier français Roger Martin du Gard (1881-1958) : « Vous dites “vérité” et vous pensez “authenticité” ».
En incise : Citation de l’écrivain français Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) : « Il est dur, pensait-il, d’être un juge ».
– Citation de l’écrivain français Paul Valéry (1871-1945) : « Je me demande – pensa tout haut M. Teste – en quoi la “destinée” […] de l’homme m’intéresse ? ».
Penser que : imaginer (se représenter).
– Citation de l’écrivain français Gustave Flaubert (1821-1880) : « Je n’ai jamais vu un enfant sans penser qu’il deviendrait vieillard ».
Pensez qu’elle n’a que vingt ans ! (Rendez-vous compte).
2. Penser (et l’infinitif) : avoir l’intention, avoir en vue de (compter, projeter).
Que pensez-vous faire à présent ?
Avoir la conviction, croire.
Il pense avoir réussi son examen.
C. Considérer dans sa totalité, embrasser par la pensée (concevoir).
– Citation du philosophe, journaliste, essayiste et professeur de philosophie français Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier (1868-1951) : « Ma vraie devise d’homme : me penser moi-même le moins possible, et penser toutes choses ».
Concevoir la réalisation matérielle (d’objets concrets).
– Citation de l’écrivain français Marcel Aymé (1902-1967) : « Les murs ayant été pensés par un maître maçon, comme la charpente par un maître charpentier ».
Voilà qui est pensé ! (senti).
Un roman bien pensé.
Un équipement (bien) pensé, intelligemment conçu, pratique.
Contraires de penser : oublier ; désintéresser