Diable : n.m. (mot venant du latin diabolus, diabolo).
Le mot « diable » a de nombreuses acceptions :
I) Personnification du mal :
1. Un, des diables.
Démon, personnage représentant le mal, dans la tradition populaire chrétienne.
Oreilles pointues, cornes, pieds fourchus, longue queue des diables, souvent de couleur rouge, dans l’iconographie populaire.
Gesticulations, grimaces, ricanements, cris des diables.
Petit diable (diablotin).
– « Le Diable boiteux », roman du romancier et dramaturge français Alain-René Lesage ou Le Sage (1668-1747).
Locution : Crier comme un diable, très fort.
2. Le diable : le prince des démons ou des diables (démon ; diabolique).
– « Le Diable et le Bon Dieu », pièce de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980).
– Citation de l’écrivain français André Gide (1869-1951) : « Nous nous efforçons de croire que tout ce qu’il y a de mauvais sur la terre vient du diable ».
Chasser le diable (exorciser).
Locution : Ne craindre ni Dieu ni diable.
Ne croire ni à Dieu ni à diable.
Signer un pacte avec le diable.
Donner, vendre son âme au diable : compromettre son salut par une action immorale.
Se faire l’avocat du diable.
Avoir le diable au corps : faire le mal avec assurance ; déployer une activité passionnée, une énergie, une vivacité surhumaines.
Spécialement (sur le plan érotique) :
– « Le Diable au corps », roman de l’écrivain et poète français Edmond Radiguet (1903-1923).
La beauté du diable : la beauté que confère la jeunesse à qui n’a pas d’autres agréments.
Faire le diable à quatre (par allusion aux diableries à quatre personnages) : faire beaucoup de bruit ; se démener pour obtenir ou empêcher quelque chose.
S’agiter, se démener comme un (beau) diable, avec une énergie extrême.
– Citation de l’écrivain américain John Fante (1909-1983) : « Je me démenais comme un beau diable, je plaidais autant avec mes mains qu’avec ma voix.» dans le roman Demande à la poussière (Ask the dust) (1939).
Familier : S’agiter comme un diable dans un bénitier.
Tirer le diable par la queue : avoir peine à vivre avec de maigres ressources (Ne pas pouvoir joindre les deux bouts).
Au Canada : Sentir le diable : sentir mauvais, puer.
Noir comme chez le diable : très obscur (lieu).
C’est, ce serait bien le diable si… : ce serait bien étonnant, extraordinaire si…
– Citation de l’écrivain, philosophe, poète et dramaturge français, membre de l’Académie française, Jules Romains (1885-1972) : « C’est bien le diable si je ne trouve pas dans ce village un bistrot où je pourrais casser la croûte ».
Au Canada et au Sénégal : Ce n’est pas diable, pas fameux, pas extraordinaire.
Sens vieilli ou plaisant : Que le diable l’emporte, se dit de quelqu’un dont on veut se débarrasser.
Le diable m’emporte si…, serment qui renforce l’idée exprimée.
Le diable m’emporte si j’y comprends un mot : je n’y comprends rien.
3. Au diable : très loin.
Habiter au diable.
Demeurer, être situé au diable vauvert (allusion au château de Vauvert qui passait pour être hanté par le diable), ou au diable vert.
Envoyer quelqu’un au diable, à tous les diables, aux cinq cents diables, le renvoyer, le repousser avec colère, impatience ou dureté (rabrouer, rebuter, familier : rembarrer ; envoyer paître, promener).
Allez au diable !
– Citation de l’écrivain américain Truman Capote (1924-1984) : « » Tu peux dire de ma part à ton rien de frère qu’il aille au diable » » dans le roman La Traversée de l’été paru en 2006.
Elliptique : Au diable les importuns !
À la diable : sans soin, de façon désordonnée.
Travail fait à la diable, bâclé.
– Citation de l’écrivain américain de langue française Julien Green (1900-1998) : « Je tiens ce journal comme je peux, à la diable ».
Cuisine : Sauce à la diable : sauce au vin blanc épicée (poivre de Cayenne, moutarde).
Poulet, palette à la diable.
Du diable ; de tous les diables : extrême, excessif.
Il fait un froid, un vent du diable.
Un vacarme de tous les diables.
En diable : très, terriblement.
Citation de l’écrivain, réalisateur et scénariste sénégalais Ousmane Sembène (1923-2007) : « Ils sont orgueilleux en diable ».
Locution régionale (Canada) : Être en diable, en colère, furieux.
4. Interjection : Exclamation qui marque la surprise, l’étonnement admiratif ou indigné (diantre).
Diable ! C’est un peu cher.
Où diable est-il caché ?
Que diable…
– Citation du dramaturge et comédien français Molière (1622-1673) : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ».
– Citation de l’écrivaine française Colette (1873-1954) : « Eh ! je n’en mourrai pas, que diable ! ».
II) Personne, chose comparée à un diable
1. Enfant vif, emporté, turbulent, insupportable (diablotin).
« Un bon petit diable », livre de la femme de lettres française, la comtesse de Ségur (1799-1874).
Adjectif : Il est bien diable, un peu diable (turbulent).
2. En bonne part : Un pauvre diable : d’homme malheureux, pauvre, pitoyable (malheureux, misérable).
Une bande de pauvres diables.
Un bon diable : un brave d’homme (bougre).
Un grand diable.
3. Diable de (valeur d’adjectif). Bizarre, singulier ou mauvais (drôle).
Un diable d’homme.
Une diable d’affaire.
– Citation de l’écrivain français Prosper Mérimée (1803-1870) : « cette diable de fille-là ».
III) Objet :
1. Petit chariot à deux roues qui sert à transporter des caisses, des sacs, etc.
– Citation de l’écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre (1905-1980) : « Des diables à la gare de Dunkerque, des wagonnets à Lens, des chariots à Anzin, j’ai fait que ça toute ma vie ».
2. Dans la pêche, un diable est un filet fixe pour pêcher le hareng l’hiver.
3. Jouet formé d’une boîte, de laquelle surgit, grâce à un ressort, un petit diable.
4. Diable : Ustensile de cuisine formé de deux poêlons en terre poreuse pour cuire les aliments à sec, sans addition d’eau ni de matières grasses.
5. Corne du diable : Les cornes du diable sont une préparation italienne (corna da diavolo) de petits piments farcis à la ricotta et conservés dans l’huile d’olive.
IV) Diable de mer : Appellation de poissons cornus ou effrayants (lotte, raie manta, rascasse).
