Forcer : verbe (mot venant du latin populaire fortiare, famille de fortis : fort).
Le verbe « forcer » a plusieurs acceptions :
I) Verbe transitif :
1. Faire céder (quelque chose) par force.
Forcer une porte, un coffre, un tiroir (briser, enfoncer, fracturer, rompre).
Forcer une serrure (crocheter).
Forcer un passage, l’entrée d’une ville (s’emparer, emporter, prendre).
Forcer le blocus, un barrage.
Sens figuré : Forcer la porte de quelqu’un, pénétrer chez lui malgré son interdiction.
2. Faire céder (quelqu’un) par la force ou la contrainte (astreindre, contraindre, obliger).
Il faut le forcer.
Forcer la main à quelqu’un, le faire agir contre son gré.
Agir contraint et forcé.
Forcer à… (quelque chose).
Cela me force à des démarches compliquées (condamner, entraîner, obliger, réduire).
J’y suis forcé !
Forcer à, forcer de (et l’infinitif).
Forcer un malade à manger.
Me voilà forcé de partir.
3. Sens vieilli : Venir à bout de (un adversaire).
– Citation de l’historien et professeur de français Charles Rollin (1661-1741) : « Il fallut les poursuivre et les forcer [les assiégés] de maison en maison » (traquer).
Forcer une femme, lui imposer un rapport sexuel non consenti (violer).
S’assurer la maîtrise, la disposition d’une puissance comparable à un adversaire humain.
Forcer le destin.
Forcer la chance.
4. Sens vieilli : Soumettre à une pression, une sujétion (les sentiments, les volontés).
Il prétend forcer les consciences (tyranniser).
Je ne veux pas forcer ton cœur, ton inclination (violenter, faire violence à).
Sens moderne : Obtenir, soit par la contrainte, soit par l’effet d’un ascendant irrésistible.
Forcer l’admiration, l’estime de tout le monde (s’attirer, emporter, gagner).
Forcer le respect.
5. Pousser au-delà de l’activité normale, de l’état normal ; imposer un effort excessif à.
Forcer un cheval (claquer, crever, fatiguer).
Venaison : Forcer un cerf, un lièvre à la course, les épuiser par une longue poursuite jusqu’à ce qu’ils soient aux abois.
Soumettre à un exercice ou à un rythme excessif.
Forcer son talent.
Chanteur qui force sa voix.
Coureur qui passe en tête pour forcer l’allure (accélérer).
Forcer un moteur (pousser).
Horticulture : Forcer des fleurs, des plantes fourragères, en hâter la floraison et la maturation, les faire produire hors de saison (forçage).
Participe passé adjectival : Cultures forcées.
6. Dépasser (la mesure normale) (augmenter, exagérer).
Forcer la dose.
Forcer la note.
Forcer le trait.
7. Altérer, déformer par une interprétation abusive (dénaturer, solliciter).
Forcer la vérité.
– Citation de l’écrivain et poète français Charles Pierre Péguy (1873-1914) : « Je ne veux pas forcer ce vers de Corneille. Je ne veux pas en forcer le sens ».
II) Verbe intransitif :
1. Maritime : Forcer de voiles, de rames, de vapeur : aller vite en faisant agir les voiles, les rames, etc., le plus possible (Faire force de…).
Forcer sur les avirons : ramer le plus vigoureusement possible.
La brise force, devient plus violente (forcir, fraîchir).
Technique : Fournir ou subir un effort excessif (pièce, mécanisme).
Familier : Forcer sur quelque chose, en user sans modération.
Le cuisinier a forcé sur le sel (abuser -de-).
– Citation de l’écrivain français Daniel Pennac (né en 1944) : « Un bombardier palestinien qui aurait forcé sur les amphétamines ».
2. Aux cartes, Monter.
3. Fournir un gros effort, se dépenser.
Il a gagné sans forcer.
Prends ton temps, ne force pas.
III) Verbe pronominal : Se forcer : Faire un effort sur soi-même (se contraindre, se dominer).
Mange, force-toi un peu !
Il n’aime pas se forcer.
Se forcer à : s’imposer la pénible obligation de (s’obliger).
– Citation de l’écrivain français Stendhal (1783-1842) : « Il faut donc se forcer à travailler tous les jours ».